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Billet de blog 13 avr. 2015

Un Journal de la libération de Buchenwald - XI- jeudi 12 avril 1945 soirée

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vendredi 12 soirée

Sur notre route nous rencontrons un poste de campagne de la « military police » 

Nous entrons. Dans la cour, quelques voitures et des soldats.

Un d’entre-eux, un chef, parle Français. Il nous reçoit correctement et s’occupe de nous trouver un abri pour la nuit.

La porte d’un des bâtiment est fermée par un cadenas, le militaire sort son revolver. Il tire Pan!

Mais néanmoins le cadenas résiste. Enfin il cède avec un bon vieux levier.

Nous pénétrons dans un petit local. C’est la réserve d’un grainetier. C’est suffisant pour passer la nuit. Des coussins, deux édredons s’ajoutent à nos couvertures et nous assurent un lit moelleux. Charles a encore un peu de pain et de margarine. que nous partageons avec un peu de sel.

Dans la cour des soldats Allemands arrivent à tout moment. Ils sont fouillés et débarrassés de leur couteau, ciseaux, rasoirs etc. Puis il sont regroupés dans une remise pour attendre les camions qui les conduiront vers leur nouvelle destinée.

Un fort en gueule, parlant Allemand et Anglais discute avec les américains et fouille aussi les soldats Allemands. Je discute avec lui. Ce type prétend être un des plus anciens internés de Buchenwald. Dans sa poche j’aperçois, ce que je prends d’abord pour une éponge, du pain blanc en réalité. C’est du pain blanc Américain. Oh mon Dieu ! blanc comme neige. Mes yeux sont éblouis. Mon envie doit être visible. Le type m’en donne un morceau. Vite, je vais retrouver Charles qui est resté dans notre abri. Nous le dégustons sans tarder. Quel délice. Nous sortons dans la cour.

Les soldats mangent des mets posés sur le capot d’une voiture. Dans leur assiette il y a de la choucroute, des petits pois et de la viande. Devant leur assiette se trouvent différentes boîtes en fer, en carton un bocal plein de bonbons sans oublier la miche de pain blanc. L’eau nous vient à la bouche. Nous nous tenons près d’eux sans bouger. Dans notre situation, après des années de privation, on du culot. 

J'interroge Charles « on leur demande à manger ? »

« Attends un peu » répond-t-il

Toujours aussi calme. Avec leur choucroute, leurs petits pois, leur viande, il mangent des tranches de pain sur lesquels ils étalent de la confiture, du beurre ou bien mélangent mélangent directement dans l'assiette le beurre et la confiture. Est-ce possible ?

Nous finissons par avoir droit au repas nous aussi nous étalons de la confiture et du beurre sur le pain. Que c'est bon ! Le beurre que nous mangeons est blanc. Il y a également dans un petit pot de carton un autre beurre, me semble-t-il, mais jaune, un peu comme le beurre salé de Brest, je n'y touche pas, pensant que c'est du beurre de qualité inférieure. Charles essaye d'y goûter, il me fait part de sa découverte : c'est du miel ! Attaque en règle vers ce produit si souvent souhaité par nos imaginations d'affamés. Et comme boisson ? Du chocolat. Que c'est bon et onctueux. Je suis persuadé que je me souviendrai toute ma vie de ce premier casse-croûte à l'américaine. Quelques temps après un soldat viens vers nous porteur de vêtements. Il remet a Charles un costume deux pièces. Quant à moi j'ai droit à une veste en cuir et un pantalon de velours. Puis pour l'un et l'autre un tricot un caleçon une chemise des chaussettes et une serviette de toilette. Nous quittons nos costumes rayés. Nous voici donc en civil. Nous avançons de plus en plus sur le chemin de la Liberté. Nous avons également obtenu du tabac des cigarettes, chacun a un paquet de 30. Ce sont des saisies du français qui a participé à la fouille des prisonniers allemands. Hélas je ne pourrai pas fumer au cours de la nuit. Le briquet de Charles n'a pas d'essence. Nous nous couchons. Notre lit est vraiment doux. Charles s'est endormi. Moi je ne dormirai pas ou très peu. Je suis comme dans toutes les grandes occasions trop énervé pour pouvoir dormir. Néanmoins le temps ne me semble pas long au cours de la nuit. Que de pensées roulent dans ma tête.

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