Une défense de la psychanalyse par quatre membres de la FEP

Le 23 octobre au soir, nous sommes au Congrès de Palerme après une belle journée de discussion. La veille, nous avons été informés de la Tribune de Sophie Robert publiée dans Le Nouvel Observateur du 22 octobre. Le soir même, après un bon dîner, nous nous retrouvons à quatre dans le hall d’un hôtel, Aspasie Bali, Gorana Bulat-Manenti, Jeannette Daccache et Gérard Pommier. Nous avons appris dans la journée que plusieurs de nos collègues parisiens d’autres associations hésitaient pour demander des comptes au Nouvel Observateur, comme si ce texte n’était pas une grave diffamation à l’égard de toute une profession. Nous pensons qu’il ne faut pas perdre de temps pour convaincre les uns ou les autres. Nous rédigeons et nous envoyons un « droit de réponse » au magazine qui le publie dès le lendemain.

Le 30 octobre, le Figaro reprend la tribune du Nouvel Observateur en aggravant son caractère diffamatoire. Nous avons à nouveau demandé un « droit de réponse » au Figaro. A ce jour il est refusé. Pour des raisons légales, seuls ceux dont les noms propres sont explicitement mentionnés sont habilités à demander un droit de réponse. Nous allons le faire par la voix de notre avocat. Sophie Robert n’est pas si importante. Il faut considérer que derrière elle, il y a notamment Franck Ramus, membre du CSEN gouvernemental.

 

Droit de réponse au Figaro

Le 29 octobre, Le Figaro publie un article intitulé : « Des psychiatres et des psychologues appellent à exclure la psychanalyse des tribunaux ». Il s’appuie sur une Tribune publiée dans le Nouvel Observateur du 22 octobre, signée par soixante psychiatres et psychologues. Conscient de la gravité de ces accusations, Le Nouvel Observateur a publié sur le champ un « droit de réponse ». Sans en tenir compte, la journaliste Mme Thibert aggrave les arguments à charge. Elle introduit des intertitres diffamatoires. Elle lance une alerte… « Aux escrocs de la médecine ». Les insultes pleuvent : « fantaisistes »… « obscurantistes »… « sectaires. » Elle laisse passer que : …les expertises des tribunaux seraient faites « en violation complète avec le code de la santé publique ». Où et quand y aurait-il eu la moindre plainte à ce propos ? Elle prête ensuite à des psychanalystes des propos très graves. Elles leur fait dire : « Qu’un enfant serait consentant à un inceste »… « qu’un crime sexuel n’aurait pas de conséquence sur sa victime ». Madame Thibert peut-elle dire quel psychanalyste aurait prononcé ces phrases ? Et si l’un d’entre eux l’avait dit, peut-elle s’en servir pour accuser toute une profession ? Et pourtant elle écrit que ces propos :… « reflètent une certaine réalité ». L’article appelle ensuite à la délation des Présidents d’université qui - selon elle - « continuent d’accorder des postes de Maître de conférences et de professeurs aux filières qui affichent une orientation psychanalytique ». Comment laisser passer pareille contrevérité, cette fois-ci diffamatoire pour les présidents d’université ? Ils ne sont pas chargés de nommer. C’est le rôle de « comités de sélection » indépendants, dont les choix sont suivis d’audition des candidats, selon une procédure stricte. L’article se conclut sur un nouvel intertitre accablant : « Gare aux dérives sectaires ! ». Tout à la fin, les quatre dernières lignes citent un tout petit argument du droit de réponse publié par le Nouvel Observateur. Elle note en commentaire… : « la difficulté des psychanalystes à se justifier ».


Mais rien de plus facile que de se justifier de ces allégations simplement inexactes ! Les experts auprès des tribunaux ne sont jamais sélectionnés au titre de psychanalystes. Il est sans objet de demander leur exclusion : ils n’y sont jamais es qualité. Le prétexte de cette inquisition serait l’absence de scientificité de la psychanalyse. Mais c’est une science ni plus ni moins exacte que la médecine ! Ses diagnostics résultent de la mise en série de nombreux cas cliniques. Elle peut ainsi faire des pronostics et envisager une thérapeutique. Elle inclut aussi dans ses calculs la singularité du patient et du clinicien. Ses résultats sont corroborés par les innombrables témoignages de ceux que leur psychanalyse a permis de vivre.


Depuis la tribune du Figaro, quarante-six professeurs des universités ont publié un texte en faveur de la psychanalyse. A ce jour il a recueilli plus de 28 000 signatures.


Le lecteur finit par s’interroger. Pourquoi cette demande d’autodafé des livres de Freud à l’université. Pourquoi ce recours constant à la génétique alors que rien ne prouve à ce jour que telle serait l’origine de la souffrance psychique ? L’extension des « neurospécialités » est un triste signe de notre époque. Qui peut oublier les ravages de l’eugénisme, bien avant 1933 ? Les « neurospécialités » s’inscrivent dans l’air du temps. La montée en puissance de la preuve génétique est corrélative de celle du racisme, et de partis politiques qui peuvent prétendre gouverner. Notre perspective est celle de la civilisation, en ne demandant qu’un abord pluridisciplinaire, qui n’exclura aucun chercheur.

Aspasie Bali, Psychologue PhD ; Gorana Bulat Manenti, Psychologue PhD ; Pr Jeannette Daccache ; Pr Gérard Pommier

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