LETTRE DE RESILIATION A LA REDACTION DE MEDIAPART

A la rédaction de Médiapart,

 Je vous informe avec grand regret ma décision de résilier mon abonnement, contracté en juillet 2010. Je suis soulagé de savoir que vous n’avez plus besoin de mon soutien financier pour survivre, mais également profondément attristé de constater que je n’ai plus besoin de vous pour avoir une lecture critique de l’actualité telle qu’elle nous est présentée par le pouvoir médiatique.

Mon soutien en 2010 au moment où se déchainaient contre vous les sarkozystes lors des révélations de corruption par la famille Bettencourt m’apparut comme une nécessité. Plus tard, je fus estomaqué par vos enquêtes sur le Ministre Cahuzac – mais fier du courage de vos journalistes. Je reconnais aussi que vous avez été essentiel pour mon réveil politique et intellectuel.

Mais je ressens vos choix éditoriaux depuis la campagne présidentielle de 2017 comme une trahison. J’avoue ma complète incompréhension quand je compare votre écoute bienveillante des représentants de Podemos, et votre acharnement à ostraciser le mouvement de la France Insoumise. J’aurais au moins apprécié que vous critiquiez avec franchise leurs propositions, ou que vous exposiez clairement ce que vous reprochiez à ses représentants – plutôt que d’avoir à supporter les insinuations de certains de vos éditorialistes.

J’hésitais depuis plusieurs semaines à prendre cette décision, car je suis conscient qu’il est important de se nourrir de la contradiction. Mais l’article de Mathilde Mathieu et Anton Rouget paru il y a deux jours a servi de révélateur, et ma déception est trop grande pour que je puisse encore envisager de payer pour vous lire. Le parti pris anti-FI que vous n’avouerez jamais m’est devenu insupportable, au moment précis où la meute des médiacrates gueule comme un seul homme contre tous ceux que l’offensive ultra-libérale révulse.

J’espère modestement que ces quelques explications aideront les journalistes sincères de votre rédaction à prendre un peu de recul et comprendre l’exaspération profonde de certains de vos lecteurs. Je retrouve dans le consensus actuel, la petite musique de 2005 pendant les débats sur la Constitution Européenne. Je veux y voir malgré tout une raison d’espérer que mes concitoyens refusent avec le même entêtement d’alors, de se laisser berner par les ploutocrates de tout poil.

Hasta siempre.

 

Courrier adressé le 15 mars 2018.

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