Non, le trône de France n'est pas disponible

Depuis la mort d'Henri d'Orléans, le Comte de Paris, des prétendants aimeraient pouvoir revendiquer à leur tour le trône de France. Mais celui-ci n'est plus disponible depuis 1958.

Le Comte de Paris, Henri d’Orléans, s’est éteint le 21 janvier 2019. Trois prétendants au trône de France se trouvent aujourd’hui en lice : Jean d’Orléans, fils du précédent, Louis de Bourbon et Jean-Christophe Napoléon.

 Il faudrait, évidemment, que la République française décidât de céder sa place à une restauration de la royauté ou de l’empire. Mais ce que ces héritiers n’ont pas l’air d’avoir compris, c’est que la France est redevenue, de facto, une monarchie grâce à la Constitution du 4 octobre 1958. En particulier si l’on considère le statut juridictionnel du président de la République à travers les articles 67 et 68, (très) légèrement remaniés en février 2007 suite aux propositions de la commission Avril :

  • l’article 67 confère une irresponsabilité perpétuelle pour les actes accomplis en qualité de chef de l’Etat. Pour les autres actes, il bénéficie d’une immunité pendant le seul exercice du mandat, les tribunaux ordinaires redevenant compétents un mois après la cessation des fonctions ;
  • l'article 68 ouvre la voie à une procédure de destitution du chef de l'Etat en cas de « manquement aux devoirs de sa charge manifestement incompatibles avec l'exercice de son mandat » (et non plus de « haute trahison », comme précédemment). Le déclenchement de cette procédure requiert des votes à la majorité des deux tiers des deux assemblées séparément, puis par les deux assemblées réunies en Haute Cour (qui n’est plus « de justice »).

 N’oublions pas que la première expérience d’un régime libéral en France a été la Constitution du 3 septembre 1791, instituant en pleine période révolutionnaire une monarchie constitutionnelle. Si certains auteurs ont pu considérer qu’il s'agissait d’une « monarchie constitutionnalisée », d’un « régime à exécutif monarchique » ou d’une «  monarchie républicaine », et si les prérogatives du Roi deviennent celles de la Nation, il est bien stipulé que « le Roi est considéré comme irresponsable et sa personne inviolable ».

 Nous avons donc, depuis plusieurs décennies, un président de la République qui dispose, lui aussi, d’un pouvoir largement « monarchique ». Souvenons-nous que de Gaulle a toujours été représenté par le Canard Enchaîné en Louis XIV et ses ministres en courtisans. Constatons aussi que les présidents qui lui ont succédé ont accepté sans problème d’endosser ce costume, à l’exception d’un François Hollande trop « normal » pour être compris, voire simplement écouté.

 Emmanuel Macron a heureusement renoué avec la tradition. Sa morgue, son mépris des gens, sa certitude de tout savoir sur tout, cette supériorité affichée même face à des intellectuels et scientifiques de haut niveau en font un digne successeur de nos « monarques présidents ». Mais les temps ont changé, les moyens de communication ont créé un monde nouveau et ce Peuple décrié n’est plus composé que des « veaux » dont parlait notre Général. Nicolas Sarkozy a su, de son côté, suffisamment dégrader la fonction présidentielle pour que l’on n’ait plus beaucoup de confiance ou de respect pour celui qui assure ce rôle. L’actuel occupant de l’Elysée finit donc par apparaître comme ces rejetons de grandes familles qualifiés de « fins de race » tant ils semblent en être les derniers héritiers. Ce qui montre combien il est urgent et indispensable de sortir d’une Cinquième République rongée jusqu’à l’os par la corruption et les scandales, et de retirer à son chef les incroyables prérogatives que nous avons eu la faiblesse de lui accorder. Nous savons bien que le pouvoir pervertit et qu’il monte à la tête de ceux qui en sont investis, finissant par les assurer qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent et sont au-dessus des lois. En préservant la santé mentale du président et en le ramenant les pieds sur terre, nous aurons aussi la chance d’échapper aux Le Pen, Mélenchon et autres Wauquiez qui s’engraissent sur notre dos et cherchent juste à profiter un peu plus du gâteau en se faisant élire à la magistrature suprême.

 Exit la Cinquième, plusieurs options s’offrent pour assurer le futur de notre pays. Une Sixième République en partie, au moins, sur le modèle de la Troisième ? Peut-être. Mais pourquoi pas, plutôt, une monarchie parlementaire ? A l’exemple de celles que nous voyons en Belgique, en Espagne ou au Danemark. Les Français, comme la majorité des peuples du monde, adorent les rois, reines, princes et princesses. Et lorsqu’ils n’en ont pas chez eux, ils se délectent de magazines et émissions de télévision leur montrant ceux des autres.

 Nous pourrions, grâce à cela, être représentés par des personnes, à la différence d’un Sarkozy ou d’un Macron, non seulement bien nées, mais aussi bien élevées. Qui sauraient redonner à la France une image et un rang largement écornés depuis un certain temps. Qui développeraient harmonieusement culture, arts et sciences. Et qui, contrairement aux roturiers qui nous gouvernent, seraient enfin légitimes à habiter dans un palais.

 Chers Jean, Louis et Jean-Christophe, ne perdez pas espoir. Vous pourriez bientôt reconquérir ce trône de France qui vous tient tant à cœur !

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