Lettre à mon Président, en marche… vers la sortie de la Vème République

Message pour rassurer mon Président sur l'affection des Français à son égard et le soutenir dans sa marche héroïque vers la sortie de la Vème République

Bonjour mon Président.

 Je vous écris cette lettre pour vous assurer, dans cette période où la grogne augmente, que des Français vous aiment bien et vous soutiennent. Les autres, comme vous l’aviez très justement dit, descendent des Gaulois et ne sont jamais contents !

 Des esprits chagrins vous ont reproché les cadeaux que vous faites aux plus riches. Mais cela montre simplement que vous êtes un homme fidèle, qui a su renvoyer très rapidement l’ascenseur à ceux qui l’ont fait élire. Car nous savons tous qu’une campagne présidentielle menée tambour battant ne se finance pas à coups de rabais et ristournes. Et puis, avoir des amis très riches, tout le monde en rêve ! Il ne s’agît donc là que de jalousie de la part de ceux qui n’ont pas votre chance.
Les mêmes esprits chagrins vous ont fait grief d’achat de vaisselle ou de construction de piscine. Là encore, quelle mesquinerie ! J’ai moi aussi acheté récemment des assiettes neuves. C’était chez Ikea, mais où est la différence ? Et franchement, une piscine dans le cadre austère du fort de Brégançon, ce n’est pas du luxe… Il est essentiel que notre Première dame (que je salue au passage) se sente à l’aise dans sa nouvelle vie.
D’aucuns se plaignent (car les Français aiment bien se plaindre) que le coût de la vie augmente et que le pouvoir d’achat diminue. Ils font remarquer que l’on s’en prend à ceux qui ont le moins de moyens, chômeurs, retraités et autres handicapés. En fait, je pense que nos concitoyens ne comprennent pas votre humour. Ils ne savent pas que votre maître à penser est l’immense Alphonse Allais, qui avait écrit : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve : chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup, mais ils sont si nombreux ! » Et vous, mon Président, vous avez su mettre en pratique ce sage conseil.

 Mais, au-delà, vous êtes aussi un homme qui sait donner l’exemple. Vous avez expliqué à tous ces fainéants, qui préfèrent profiter de la charité publique, qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du travail. J’ai donc cherché où vous aviez réussi à vous faire embaucher. En face de l’Elysée, de l’autre côté de la rue du Faubourg Saint-Honoré, se trouvent diverses boutiques de luxe qui n’auraient certainement pas demandé mieux que de vous offrir un poste. J’ai néanmoins, sachant que vous regardez vers l’avenir et êtes attentif au développement de nos jeunes générations, opté pour Tartine et Chocolat, cette entreprise qui « préserve avant tout l’innocence des enfants, en dessinant des collections pleines de délicatesse, dans un style chic et élégant. » Je vous félicite donc d’avoir accepté ce surcroît de travail, vous qui n’en manquez déjà pas entre les nombreuses commémorations aux Invalides, au Panthéon, un peu partout, et les voyages pour porter la bonne parole à l’Etranger.

 Et justement, en parlant de commémorations, d’aucuns ont été heurtés par votre annonce, bien mal comprise et bien mal défendue par les membres de votre Gouvernement, de rendre hommage au Maréchal Pétain. Bien sûr, il a participé avec le Général Franco à gazer des rebelles durant la guerre du Rif, entre 1921 et 1925. Et, bien sûr aussi, il a connu un peu plus tard une période un peu plus discutable que la magnifique bataille de Verdun. Mais, comme vous l’avez si joliment souligné, mon Président, il a été « un grand soldat », tout comme les autres maréchaux de la Première Guerre mondiale que l’Armée désire tant honorer. Reste néanmoins cette question un peu épineuse : faut-il vraiment saluer la mémoire d’hommes qui traînent derrière eux (pour ne parler que de notre Nation) 1 400 000 militaires et 300 000 civils tués, ainsi que 4 266 000 soldats blessés, la plupart à vie ? Faut-il vraiment admirer ceux qui ont dirigé l’une des pires boucheries de l’histoire de l’humanité ? Et ne vaudrait-il pas mieux mettre en avant le souvenir d’un autre grand humoriste, Anatole France, qui disait : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels » ?
Et les industriels, mon Président, vous en connaissez beaucoup. Pour leur faire plaisir, pour les aider en toute amitié à développer leurs entreprises, vous nous avez prévenu que nous sommes probablement entre deux guerres, ce qui annonce une prochaine pas trop éloignée. Notre jeunesse va enfin trouver de vrais défis à relever ! Et ça règlera le problème des inscriptions à l’université. Mais, contre qui nous battrons-nous cette fois-ci ? Certainement pas contre les Panzerdivisions de Madame Merkel ou les troupes de Madame May, vu les efforts que vous déployez pour nous faire croire que l’Europe existe vraiment, avec ou sans Brexit. Alors, peut-être contre les cosaques de Monsieur Poutine ? Ou des hordes barbares venues de Chine, des Emirats Arabes Unis, d’Inde, d'Egypte ou d'Arabie Saoudite, qui nous attaqueraient avec les armes que nous leur avons bêtement vendues depuis des décennies ? Peu importe, nous vous faisons entièrement confiance pour nous défendre en tant que Chef des armées, même si vous n’avez pas fait de service militaire. Nous n’avons pas peur, car vous aviez tellement fière allure dans votre uniforme de pilote de chasse !

 Je suis persuadé, mon Président, que nous avons bien fait de vous choisir, vous qui n’êtes ni de droite, ni de gauche, ni du centre, ni de nulle part, mais toujours en marche. Nous emmenant d’un pas décidé vers la sortie de la Vème République.
Ne voulant pas vous prendre plus de temps, je vous adresse, mon Président, mes chaleureuses pensées patriotiques et vous prie de saluer de ma part vos collègues de Tartine et Chocolat.

 

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