Mon Président et le Péril jaune

Un nouveau Péril jaune menace aujourd'hui notre beau pays. Heureusement que nous avons mon Président pour nous en protéger !

Ah, mon Président ! Nous voici, comme à la fin du XIXe siècle, face au risque de voir notre belle Nation livrée à des hordes déchaînées. A l’époque, le Péril jaune était liée au danger que représentait un possible expansionnisme chinois puis, à partir du début du XXe siècle, japonais. Evidemment, vous pourriez dire que les Chinois sont réellement en train de devenir la première puissance économique de la planète, mais nous vous faisons toute confiance pour les stopper à nos frontières par quelque leçon de morale ou conseil bien senti.

 Néanmoins, ce n’est pas ce danger qui nous menace aujourd’hui, mais bien celui de citoyennes et citoyens jamais satisfaits, toujours prêts à créer cette « chienlit » dont se plaignait déjà notre bon Général de Gaulle, revendiquant tout et n’importe quoi et bloquant les routes parce qu’ils ne savent pas quoi faire de leurs week-ends. Ils trouvent que la vie est chère, que les aides de l’Etat sont insuffisantes, que le Gouvernement, votre Gouvernement mon Président, ne les écoute pas ou ne les comprend pas. Combien, parmi eux, ont fait l’effort d’entrer dans le club des plus riches, de ceux qui bénéficient de votre bienveillante attention ? Aucun ! Combien ont traversé la rue pour chercher les emplois faciles que vous leur aviez indiqués, vous qui avez donné l’exemple en vous faisant recruter par Tartine et Chocolat, en face de l’Elysée ? Très peu probablement, car il est plus facile de se plaindre que de se donner du mal. Combien ont compris que les véritables baisses d’impôts dépendent des comptes offshore qu’ils auraient pu ouvrir dans des paradis fiscaux ? Quasiment personne, car les gens pensent qu’il faut être nanti pour en bénéficier, ce qui est inexact, même si une évasion fiscale basée sur un SMIC déduit du loyer et de la nourriture mensuelle ne rapportera peut-être pas grand chose. Voilà bien l’ingratitude de ce peuple incapable de profiter de vos clairvoyants enseignements, qui vous reproche votre silence face aux mouvements de contestation alors que lorsque vous vous exprimez, ce même peuple vous reproche les saillies dont sont émaillés vos si affectueux propos à son égard.

Comme je le disais dans mon précédent billet, les gens ne comprennent pas votre humour, mon Président. Ils ne savent pas que vous avez été formé par Groucho Marx, qui a dit : « La politique, c'est l'art de chercher les problèmes, de les trouver, de les sous-évaluer et ensuite d'appliquer de manière inadéquate les mauvais remèdes. » Et par la sagesse africaine, à travers ses proverbes : « Un mensonge qui renforce les liens vaut mieux qu'une vérité qui les détruit. »

 Ils sous-estiment gravement la portée de votre vision novatrice, vous qui avez su donner au parti que vous avez créé le nom choisi neuf ans avant votre naissance par les étudiants du Comité d’action de Censier, lors des affrontements de Mai 68 : Nous sommes en marche (NSEM) ! Ses bulletins, publiés jusqu’en 1972, renfermaient déjà ce qui allait devenir certaines de vos préoccupations prioritaires : « Avant-projet d’une révolution sociale et culturelle », « Autogestion et Planification », « Nous les scientifiques de l’idéologie obscurantiste » ou « Des illusions de la vie communautaire »..Certes, avec le recul, on pourrait se demander si le choix de ce nom ne risquerait pas d’induire ce que vos prédécesseurs de 1968 n’avaient pas vu venir : un grand “flop” lorsque les évènements ont été rangés au rayon des souvenirs et que les combattants se sont transformés, au mieux, en bobos “hyper-cools”. Mais hyper-cool, vous l’êtes déjà mon Président, ce qui est rassurant. Et comme vous êtes notre premier de cordée, vous saurez nous éviter crevasses, à-pics et risques de dévissage. Ne ralentissez donc pas, mon Président, vous êtes sur la bonne voie. Et sachez, dès maintenant, que les Français vous regretteront, mais un peu tard.

 Vous remerciant de votre amicale attention, je vous adresse mes patriotiques pensées et vous prie de saluer de ma part notre Première dame et vos collègues de Tartine et Chocolat.

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