Pour le droit de cité du fichu arabo-judéo-berbère autant que du béret basque

 

 La secrétaire d'État aux droits des femmes, à la faveur de l'ouverture de la semaine du même nom (nous ne vivons que de semaines dédiées à telle ou telle cause ou à tel ou tel malheur,  parce que notre respiration doit tout entière être conditionnée par les grands mythes du temps) s'est crue politique intelligente et militante féministe (ce qui, on le sait, va de pair) en laissant entendre qu'elle était contre le droit des femmes à porter le voile à l'Université.

Puisqu'on est dans un moment électoral de binômes, je suggère  à l'intéressée, qui serait de gauche,  de faire bise nounours avec Éric Ciotti afin qu'ils puissent, dans une campagne commune, chacun draguer pour leur parti  tous ces sympathiques électeurs allergiques à tout ce qui peut évoquer l'Islam.

C'est déjà un mauvais coup qui a frappé l'enseignement secondaire comme bien des espaces publics de faire confondre le voile islamique couvrant tout le visage (mais, à la différence de la burka,  mettant encore en valeur les yeux)  et le fichu arabo-judéo-berbère (celui du Maghreb, dont des modèles comparables sont également portés dans les pays de l'Est, des Balkans, des pays du Nord ou du continent sud-américain) entourant le visage et le mettant en valeur tout en protégeant la tête; mais on appelle ce foulard , ce fichu,  "voile traditionnel" pour pouvoir le proscrire en voulant décider à la place des intéressées ( que l'on stigmatise du même coup)  de ce qui leur convient.

On prétendra que ce sont leurs hommes ou leurs familles qui leur imposent. Est-ce bien vrai ? Moi, je suis très favorable à ce que les jeunes filles (et les femmes de tous âges) qui le souhaitent puissent décider de cacher un peu leurs "attraits", de se rendre ainsi mieux protégées ou plus désirables, puissent avoir la liberté de ne pas s'offrir dans les emballages courants simplifiés d'objets d'intérêt sexuel comme bien des militants  "droits des femm'istes"   aimeraient peut-être que, le moins couvertes possibles, elles se laissent  apprécier. Car reconnaissons que tous ces interdits (par exemple du voile) et en parallèle ses absences d'interdit (par exemple de tel ou tel tenue très sexy et provocante à l'extrême) sont aussi des formes de ce "deux poids deux mesures" bien équivoques et qui pourraient bien expliquer les crises d'adolescence de quelques jeunes femmes fascinées par des aventures qui leur sont présentées sous l'angle d'une conversion vers  plus de décence et plus de spiritualité qu'il n'en existe dans les goûts et les pratiques de notre société occidentale. Ah, si  le droit au voile pouvait  faire vaccin contre le djihad !

En tout état de cause, ne soyons pas injuste. N'interdisons pas plus d'être pudique que d'être impudique . Pas plus qu'il n'y a d'outrage aux moeurs, il ne doit y avoir d'outrage à la laïcité. Soyons cohérent dans la conception et l'application de la liberté.

Pourquoi faire droit à quelques profs un peu malades qui ne veulent pas voir un voile - pas plus que les vieux laïcards n'auraient voulu voir une cornette -  un  fichu, pas plus qu'un foulard, ne dépasser ou ne couvrir quelques nuques ou oreilles,  ne dépareiller l'uniformité mixte de leurs amphis ? Ne font-ils partie de ceux qui ont oublié que la première vertu des Universités fut le multi culturalisme ?

Ce sont des empêcheurs de vivre en rond, de vivre chacun selon nos moeurs, goûts et désirs, alors que si ce n'est relevé comme une provocatiion, cela ne dérange pas grand monde, mais offre tout au contraire le plaisir du spectacle des diversités; ce sont des ayatollahs de l'uniformité qui - au nom de je ne sais quelle image de l'homme ou de la femme universelle (un  peuple de clones comme n'en ont jamais connu nos sociétés) -  viennent à tout propos et hors de propos mettre de l'huile sur le feu des relations entre les groupes divers et variés qui constituent la France d'aujourd'hui, pas plus hétérogène que ne le fut la France d'hier. A défaut d'y pourchasser les Musulmanes, ont y pourchassait les Bécassines, à défaut de goûter les  strings on adorait les Alsaciennes, on s'y moquait des Auvergnats, mais on adoptait la baguette des Parisiens et le béret des Basques pour faire  notre image chauvine de synthèse.

Et bien, ce fichu des femmes du Maghreb, pareil à celui des femmes de la Bible, à celui des paysannes des pays de froid  ou de soleil,  de  brume ou de vent, à celui de toutes les aïeules qui durent se couvrir les oreilles et les cheveux pour mener leur vie et qui ont eu parfois aussi à se protéger du brutal désir des hommes, ce fichu je demande qu'il ait droit de cité sur la tête de leurs héritières : qu'il ne soit, où que ce soit, pas plus interdit que n'est interdit le béret basque !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.