A propos de la Grèce, au jour le jour

Quand on a pour idéologie "l'Europe, l'Europe, telle qu'elle est, quelle qu'elle soit", on se livre pieds et poings liés à la folie sadique ultralibérale

 

F. Hollande,  loin d'aider Tsipars,  a facilité que ses adversaires, sous houlette allemande,  majoritaires en Europe fassent à celui-ci des conditions méchamment aggravées pour lui tenir peut-être un peu la tête hors de l'eau par un plan d'aide qui reste au demeurant tout à fait conditionnel.

En effet la France, à son accoutumée,  s'est affichée en position  de faiblesse en redoutant l'implosion de la zone euro (alors qu'elle aurait du menacer d'une implosion si on ne l'écoutait pas convenablement) . Dès lors que son but déclaré a été,  non de trouver un compromis équitable,  mais avant tout que la Grèce reste dans la zone euro, ses partenaires ont bien compris qu'elle accepterait n'importe quoi pour assurer ce résultat. Elle a cru, dans une belle répartition  des rôles se donner le plus sympathique, conforme au souhait de l'européen Tsipars, le rôle des méchants revenant aux autres, mais Hollande a tellement fait pression sur le Grec pour  pouvoir le féliciter  de "ses choix courageux" qu'il a permis de faire payer très cher l'obtention de son obstination : une eurozone inchangée :  de le faire payer à Tsirpas qui, a du se soumettre sur le fond  à des conditions beaucoup plus dures que celles refusées par le referendum, sur la forme à une mise sous tutelle en faisant un "incapable" gouvernemental  ; de le faire payer à la France , en démontrant que c'est l'Allemagne qui avec deux fers au feu ( le grexit ou la capitulation ) avait toujours de dernier mot, qu'elle était le patron en Europe et que la France baladée devait dire merci : " nous sommes un couple indestructible ".

Or le "grexit" utilisé apparemment comme moyen de chantage, aurait bien pu être, tous comptes faits, plus avantageux que la mise en coupe réglée et sous tutelle avec des garanties pour les créanciers de se payer sur la bête si celle-ci  n'honore pas ses échéances,  en tirant sur un fonds monstrueux  (dont la gestion, à Luxembourg ou, aux dernières nouvelles,  non)  échappera à la Grèce,   de biens publics non précisés (!) à privatiser ( on sait que la privatisation est le gros plat préféré des libéraux et de leurs opérateurs du capitalisme financier mondial et qu'y obliger est, de plus,  une victoire idéologique contre la gauche, ce qui donne un vrai plaisir doctrinal).  

Mais ce "grexit",  il a surtout servi pour manœuvrer Hollande. Il n'était même pas nécessaire vis à vis des Grecs qui avaient  - et ont toujours -  un sac d'étouffement sur la tête : l'asphyxie du système bancaire et, en conséquence,  la fermeture de ses établissements paralysant tout le fonctionnement économique déjà mis à mal par les plans d'austérité.  

Il faut savoir que le problème d'une  sortie (volontaire)  de l'euro c'est moins le problème de la gestion sur la durée d'une nouvelle donne politique et monétaire, que le problème pratique quasi insoluble du fonctionnement du système bancaire pendant un certaine période de transition et que, si l'on s'est mis dans le cas grec,  on se trouve totalement infirme pour sortir sans catastrophe de l'euro, ce qui ne serait  concevable que si la BCE elle-même ne torpille pas cette transition.  Et en conséquence, autant que le maintien dans l'Euro, pour obtenir ce consensus, une sortie aurait un  prix sans doute d'autant plus élevé que la dette du sortant n'aurait guère de chance d'être bien honorée sur la durée. La leçon c'est qu'il faut toujours se trouver prêt à faire fonctionner sans besoin de la BCE, un shadow système bancaire également prêt à émetttre une monnaie de transition. Sinon, toute négociation de sortie est biaisée, et perdue d'avance.

En Grèce, malgré la réalisation du référendum dans des délais très brefs,  la clef du rapport de forces a été dans la faculté pratique d'asphyxie bancaire, ce qui a été aussi permis par le fait, que depuis des mois, les"faucons" ont joué la montre pour que le pays soit à bout. De plus, le supplément exigé de la Grèce en punition du referendum a bien été facilité par les proclamations françaises qu'il ne fallait surtout pas la voir sortir de l'Euro, car cela  nuirait gravement à l'Europe!

L'addition actée, la reddition faite, rien, pour autant,  ne garantit l'avenir puisque en plus de la soumission à confirmer du gouvernement grec, il faudra obtenir l'approbation de quelques parlements européens hostiles. Une bonne occasion  de relancer les enchères et les dés.

 

De toutes façons, les comptes de cette affaire sont loin,  bien loin d'être réglés avant qu'on n'en mesure, comme du Traité de Versailles, les effets pervers de "la Grèce paiera" ....

.... d'autant que l'on vient  de sanctionner très injustement une nation qui, piégée par l'impact de l'euro sur ses inégalités,  a certes eu des défauts de gestion  , mais que, depuis la fin de la seconde guerre mondiale,  on n'a jamais  autant économiquement puni d'autres nations ou communautés qui furent pourtant  - elles - plus porteuses encore de drames et de crimes que de légèretés et de dettes , mais qu'au contraire on les a plusieurs fois aidées à se relever.  

Faut-il comprendre - oui bien sûr - que c'est pour faire un exemple de fusillé - s'il apparaissait d'autres Syriza.  

 

 

 

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Published by Gérard Bélorgey
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12 juillet 2015

Sur la Grèce, ce n'est pas une négociation, c'est une mise à mort

Il ne s'agit pas d'une négociation. Il s'agit d'une mise à mort. La Mittel Europa allemande  ne veut en aucun cas de la victoire politique d'un homme issu de la gauche : leur adversaire idéologique qui l'a défiée et qui  doit payer. Cette volonté de le tuer est habillée du langage - diplomatique et insultant en même temps - de "déficit de confiance". Tout autre gouvernement grec obtiendrait un accord et l'un des objectifs est bien qu'il y ait changement de pouvoir à Athènes, la Mittel Europa se moquant des risques de guerre civile  de la même manière qu'elle n'a rien à faire de la justice sociale.

Le gouvernement grec a presque tout cédé en matière de programme  et n'a rien obtenu en ce qui concerne les perspectives d'une dette largement indue imputable à la contradiction même de la position grecque  dans la construction européenne. L'abdication économique et sociale et l'humiliation politique auxquelles est soumis le gouvernement grec traduit qu'il est impossible à une économie faible encore marquée par toutes les contradictions du développement intermédiaire sous rémanence  rurale et prégnance capitaliste traditionnelle  de se développer d'une manière satisfaisante sous une devise trop forte et dans  un régime de liberté des échanges des biens, des services et des capitaux avec des puissances économiques dominantes. C'est bien pourquoi la Grèce n'aurait pas dû être dans l'euro;  mais  dès lors que, par complaisance d'autorités européennes que seule intéressait l'expansion géo-politique de l'eurozone, il en a été ainsi,  toutes les solidarités des capitalismes financiers internationaux et des intérêts ploutocratiques locaux se sont unies pour faire fonctionner le piège selon lequel, pour les Grecs,  vouloir rester dans l'eurozone à des conditions draconiennes ou être jetés dehors revient aux mêmes désastreuses perspectives de toute nature.

 

Sous le supplice bancaire de la baignoire créant cette vulnérabilité absolue que nous subirions si nous trouvions dans une situation comparable,  l'infirmité diffusant la panique à tous les membres du corps social est qu'au sein de l'euro aucune collectivité nationale, ne peut plus se servir d'un système bancaire autonome; il se trouve à la merci d'une paralysie de celui-ci et  ne  dispose pas  immédiatement d'une devise de rechange.  C'est le garrot qui maintient sous l'euro les pays dominés ou permet d'en jeter le cadavre.

Ajoutons qu'une sortie non préparée, non assistée, équivaut à une dévaluation non contrôlée,  étalée sur la durée, laissant tout le temps non seulement à la spéculation,  mais au réflexe protecteur de chacun et, surtout,  au jeu des prises de contrôle et délocalisations  d'actifs, de s'exercer tous azimuts, et c'est un pays vidé de son sang par des transferts de liquidités, de capitaux, d'actifs, de titres et de compétences qui sortira de cette affaire donnant aux Européens la satisfaction de ne pouvoir plus lui offrir que des missions d'aide humanitaire  (comme il a été expressément dit).

C'est dans cette méchante affaire que la présidence française vient de trouver le plus mauvais terrain d'une confrontation (qui est toujours indispensable mais qui est bien trop tardive, trop inspirée, hélas,  par des perspectives de campagne présidentielle  et tactiquement mal embarquée) avec l'Allemagne. D'abord parce que sur le fond de l'ultimatum de fin juin à la Grèce, le Président français a été d'accord avec les "faucons" et qu'il a joué pour le "oui" au referendum, sans rien, comme nous l'avons toujours dit, obtenir en échange de ses bons services de la part de la Mittel Europa allemande. En face de laquelle il est minoritaire en Europe; comme il est minoritaire en France :  nos concitoyens comprennent en effet mieux la position de Merkel que la sienne (tandis que s'il avait engagé, à l'époque du TSCG ou dans toute autre affaire  un  bras de fer pour défendre des intérêts français il eut été au moins peut-être soutenu par les Français). Ils ont en effet peur, comme les autres égoïstes européens (tous intoxiqués qu'ils sont par la règle d'or et par la lutte contre les dettes souveraines et   n'ayant aucune conscience des opérations magiques que peut faire une banque centrale si elle le veut)  d'avoir à payer pour la Grèce.

Ce que le président français et le premier ministre grec ont en commun, ce n'est certes pas de mêmes conceptions économiques, mais c'est, affiché au moins, une naïveté sans bornes envers la capacité européenne d'apporter des réponses correctes à des situations difficiles. Ils sont en train de se faire piéger tous les deux.  

 

C'est dire qu'il n'y a qu'une seule bonne voie - au lieu de toujours aller dans le sens d'un  modèle ordo libéral impérieux - comme le fait la politique française - en n'obtenant pour tout résultat que surenchère en ce sens de la droite européenne et de la droite française (celles - ci unies dans le culte de Thatcher et de Merkel appelant à de "vigoureuses réformes"),  montrer en en appliquant mieux toute la dose possible - qu'il existe un autre modèle de société faisant sa place aux régulations mondiales et nationales, à l'économie mixte , à la justice sociale, à la protection environnementale. Ce modèle mérite que nous sachions nous mêmes poser un ultimatum : l'Europe doit comprendre que si elle ne fait pas place à ces valeurs, parfaitement compatibles avec la capacité concurrentielle  d'une Nation, c'est la France qui n'y a pas sa place.

 

Mais la crise grecque n'est pas la circonstance où  on pourrait menacer d'une sortie de la France si l'Eurozone mettait la Grèce dehors : ce n'est pas, en effet,  au nom même de ces valeurs que le bras de fer a été engagé dans cette affaire, mais, comme l'explicite notre président,  pour défendre le périmètre de l'euro et de l'Europe, sans que soit, en fait, posée la question clef d'un changement de  cette Europe. Nous sommes bien dans une approche idéologique désaxée. C'est la naïveté européiste qui va conduire au désastre grec et à la perte de face de la France sans que pour autant ait été avancé d'une manière ou d'une autre le problème du rapport avec l'Allemagne actuelle (ainsi qu'avec ses séides) et  qui est celui d'un  véritable conflit de conception de société

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