Des feux croisés de l'actualité qui n'apprennent rien à ceux qui ne veulent rien apprendre

15 août 2015

En quelques jours,  les conjonctions de l'actualité illustrent combien l'autosatisfaction de nos pouvoirs (dont la division du travail entre le doucereux et le brutal a construit le couple exécutif paraissant à beaucoup le plus antipathique de la Vème république)  est dérisoire alors que s'épanouissent  les effets néfastes d'un ordre économique que personne ne songe à mettre en cause.

 

 C'est  avant tout celui  du libre échange , voulu dès l'époque de Monet pour casser toute société qui serait en avance sociale par rapport à d'autres capitalismes . Une leçon de choses élémentaire en est donnée par le marché du porc ( dont de longue date nous avions annoncé le dumping social par l'Allelmagne) .

Pour faciliter et entretenir cette casse sociale au moyen de la compétition par les prix,  la Chine démontre ce que la recherche du moindre coût peut produire comme catastrophe, mais aussi  que la liberté des manipulations monétaires appartient aux  grandes puissances indépendantes : la dévaluation du Yan va anéantir les petites chances de rétablissement de nos  échanges. A cet instrument de conjoncture qu'est une libre dévaluation,  le système mondial  ajoute le déséquilibre  fondamental de structures  entre pays dont la monnaie est, de fait gérée, par l'Etat, et au service de ses besoins (ce qui garantit une rapide reconstruction portuaire chinoise)  et situation européenne dans laquelle le mythe  d'une autorité bancaire indépendante fait que les liquidés peuvent abonder pour le secteur privé,  tandis que par principe antiétatique, les secteurs publics sont mis au régime sec; ce qui les contraint d'une part à essayer d'obtenir l'équilibre budgétaire, d'autre part à renoncer aux grandes actions de service public comme c'est le but des libéraux qui veulent mettre la main sur les marchés correspondants ( des transports, de la santé, etc.) , de la même manière qu'ils tiennent avant tout aux privatisations ( l'appropriation privée de tous les moyens de production, ainsi qu'un marxisme oublié l'enseignait clairement,  est le fondement mécanique  des inégalités, comme  la clef automatique du pouvoir) telles qu'ils les ont obtenues du gouvernement Jospin (dont règne aujourd'hui un conseiller de l'ombre) mieux encore que de Balladur ; telles qu'elles sont imposées à la Grèce dépecée pour faire rembourser les créanciers d'une dette largement indue, avec le refus de la moindre création monétaire pour traiter la question des dettes souveraines, sous le paravent de maintenir un faible taux d'inflation.

Lui-même mensonger : comme l'indique enfin quelques articles de presse , derrière le niveau zéro de l'inflation officielle française, tout augmente de l'électricité aux fruits de saison[1],  des transports à presque toutes les prestations de services qui ne sont pas sous le coup de menaces de délocalisations  , ce qui permet aux responsables d'entreprises bénéficiant du CICE comme d'un effet d'aubaine , d'augmenter évidemment leurs profits par rapport à ceux des titulaires de revenus fixes.. et bloqués.

Il ne faut  pas s'étonner alors de l'augmentation des inégalités. Mais ne sait-on  que les combattre est une utopie ! Tandis que voir augmenter le nombre et le niveau d'impôt des assujettis à l'ISF  est le signe d'une bonne société - de modèle yankee - puisqu'elle offre à des gens de plus  en  plus nombreux,  de  plus en plus de chances d'être moins pauvres, plus riches,  de faire (un  peu) fortune. Je suis étonné que le premier ministre ne l'ait pas déjà dit. Peut-être vais-je même l'inspirer.

Le pouvoir a en effet pris l'habitude de transformer des échecs en réussite . Ainsi de la réforme territoriale qui a satisfait à la double idéologie de l'Europe et de la décentralisation au bénéfice de trop grandes régions,  mais qui n'a fait disparaître aucun niveau d'administration, tout en ayant , dans un  cas sur deux, éloigné les pouvoirs régionaux des administrés, en repassant aux gestionnaires le mistigri d'avoir à déplacer sans doute les lieux de travail  de près de quinze mille fonctionnaires (dès lors qu'il faudrait compter et ceux de l'Etat et ceux des collectivités territoriales) dont les bureaux devraient faire mouvement pour un minimum de rationalité. Qu'importe au fond, puisque leurs patrons pourront être plus satisfaits nous dit Francaouis Hollande. Il est convaincu que ses réformes territoriales « dureront». « Les vainqueurs de décembre prochain voudront rester sur leurs grandes régions, plus intéressantes à gérer que les anciennes », croit savoir le chef de l'État. De la même manière que - pourquoi donc renoncer aux Lapalissades lorsqu'elles paraissent si logiques -   « les présidents de département se satisfont d'un mode de scrutin qui leur a permis d'être élus ». Quant aux compétences des différentes collectivités locales, « ce sont les budgets qui vont les déterminer », estime le chef de l'État. Longtemps considérés comme riches, les départements voient leurs finances fragilisées. « Ce qui ne devrait pas les inciter à se battre pour des compétences que les régions peuvent exercer », estime Hollande. Quelle manifestation d'incompréhensible  ignorance de la part d'un  ancien président de conseil général  : c'est l'aide sociale qui est la principale compétence départementale que régions autant que grandes villes ont rejeté  comme " boulet financier", ce qui a conduit à la laisser, avec d'autres boulets  financiers,  comme les routes et les collèges, aux pauvres départements.  

Quant aux régions tant promues par le verbe, qu'elles se disent bien qu'elles doivent pourtant  rester à leur place. Leur place d'infirme fiscal, puisque dans la conception française aucune collectivité territoriale ne peut s'imaginer, se concevoir, réclamer  un impôt,  mais que toute ressource fiscale est un kit défini et attribuée avec mode d'emploi obligatoire par l'Etat central   (tandis que, ce qui eut été tout à fait concevable,  changer cela aurait  bien plus fait avancer la décentralisation  que fusionner par exemple Rhône Alpes et Auvergne). Leur place d'infirme stratégique puisque tout ce qui est définition  d'une ligne politique appartient à l'Etat, les Collectivités étant des supplétifs de gestion et parfois d'accompagnement  en matière de pansements économiques et sociaux ou de faire valoir (et devoir payer) culturel.
 

Aussi pas question que l'éco taxe revienne par la fenêtre des régions.   Le brutal Niet sans explication de M. Valls a renvoyé dans sa case le pauvre Cuvellier pourtant compétent en la matière en tant qu'ancien ministre des transports. Nul n'est prophète en son pays de l'ancien socialisme.  

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PS /Mais comment est-il possible qu'un ancien haut  fonctionnaire, comme moi et sans engagement politique, critique autant des pouvoirs qu'il a servi et avec lesquels il devrait partager une espèce de culture publique commune ?  Encore d'abord faudrait-il que les titulaires et entourages de ces pouvoirs fassent eux mêmes preuve un peu de la supposée culture en question plutôt que de la morgue ou de la rouerie  politiciennes.  Et lorsqu'il arrive à certains, ce qui n'est pas toujours exclu,  d'être attentifs  .. je leur en sais gré .

De toute façon, aussi longtemps que l'on se trouve  en responsabilité de fonctions, le devoir du métier est de rendre l'application  de toute politique supportable pour chacun et de contribuer à la faire évoluer si cela semble pertinent. Une fois hors du système, le même homme dont le devoir fut de faire le moins mal possible - fut-ce sous des options lui paraissant inadéquates - recouvre la liberté, s'il estime mauvais le système ou les options mises en œuvre (et les gérants en place trop sourds pour faire place à des échanges de points de vues ) a le  devoir d'en dévoiler ce qu'il en considère comme les ressorts ou les objectifs malvenus , de dénoncer les voies qui mènent à ses yeux dans le mur et de chercher à contribuer à faire changer des lignes de conduite.
C'est la continuation d'un même esprit de service public, mais à mode d'emploi inversé.   

 [1] Les fruits font partie des produits agroalimentaires dont les prix ont le plus augmenté en quinze ans... et, paradoxalement, à mesure que la production française baissait , le différentiel de prix d'achat à la production ayant contribué à tuer notre agriculture (j'ai vécu cela comme conseiller de groupements de producteurs ruinés par l'ouverture des marchés français)   mais n'ayant pas bénéficié à nos consommateurs.

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