Pour le marché du porc, une organisation communautaire de marché (OCM) ?

 

Les "Organisation Communautaires de Marchés"  se sont installées au cours des années 60 dans la PAC lorsque celle-ci était encore fondée sur la "préférence communautaire", puis se sont spécialement développées à la fin des années 80 au bénéfice des agriculteurs des "régions ultrapériphériques" (DOM français  et iles portugaises et espagnoles) pour permettre la continuation de productions tropicales ( sucre et rhum, bananes)  fortement concurrencées par l'ouverture de l'Europe à des pays tiers (Africains et de la Zone Dollar,  soutenus par l'OMC d'alors  et les multinationales américaines ) à très bas coûts salariaux et, parfois, bien faible prise en compte de l'environnement.  Ces OCM sont également concerné des productions soit un peu marginales en Europe  (riz), soit concernant des bassins géographiques spécifiques (olives, tabac, asperges, etc.) Il en avait même été prévu pour faire face à des phénomènes erratiques et passagers de détérioration  des cours de certains vins ou fruits et légumes et pour la  viande bovine, ce qu'en la matière la nouvelle PAC a fait plutôt devenir moyen de fond de la politique de l'élevage.   

Pouvant être assez complexes avec des combinaisons de prix de seuil d'intervention , de contingents d'imports de pays tiers et de productions européennes à prix garantis, de surfaces et de références prises en compte (etc.)   les OCM mettent en fait toutes en œuvre un  mécanisme de base dont le principe est très simple, commode et pervers en même temps : si des agriculteurs ne peuvent pas écouler sur le marché à un  prix minimum leurs produits ( par exemple 1,40 euro pour le porc) , ces agriculteurs  , dans certaines limites quantitatives, sont subventionnés d'autant : ce ne sont ni les industriels transformateurs, ni les négociants distributeurs qui font les frais du différentiel , ni même les consommateurs, puisque ce sont en définitive les contribuables alimentant les ressources du fonds d'intervention (ce fut souvent le FEOGA) qui, paient la note. Celle-ci a donc longtemps été imputée au budget européen; mais rien n'interdit de penser que l'U. E.  pourrait tolérer un  tel mécanisme dès lors qu'il serait surtout financé par le pays en ayant besoin pour son apaisement social.

 

Hélas, tout un pan d'activités agricoles peut ainsi (comme la culture bananière, car c'est indispensable à l'emploi des Antilles),  vivre plus de subventions que de prix de marché, ce qui le met à la merci progressive, non pas d'un  endormissement parce que les contrôles sont sévères, mais de changements de rapports de forces et de réductions budgétaires,  tout en permettant des  actions de pansements qui ne résolvent pas vraiment les distorsions de concurrence et protègent mal des dumpings.  Telle est néamoins  la voie que les Européens (dont les Français) ont préféré à celle  - que j'ai plaidée en vain autrefois, correspondant un peu à des préconisations de "protectionnisme altruiste"  de B. Cassens, (président d'honneur de Attac) -  d'instituer une taxe d'entrée sur les produits des pays à bas coût de revient, taxe dont la contrevaleur eut été versée à des fonds de développement social ou structurel pour ceux-ci.

 

Notons qu'un  tel mécanisme (à la fois protecteurs des uns et levier de progrès social pour les autres)  alternatif des subventions OCM parfaitement concevable,  bien qu'il n'a jamais été sérieusement examiné, dans des relations entre pays différents tant par leur niveau de développement que par leur appartenance à des ensembles douaniers et juridico économiques bien distincts, rejeté dans ce cas,   serait sans doute, a fortiori, inimaginable entre pays de l'Union ( on ne voit pas nos consommateurs payer un droit de douane ristourné  qui financerait un relèvement des salaires de misère versés aux immigrés dans l'agro-alimentaire allemand, ni aider de cette manière au développement de la productivité déjà très haute de l'élevage danois).

 

Toutefois nos consommateurs et/ou contribuables  vont certainement, comme ils devraient d'ailleurs tout simplement le faire en acceptant d'acheter un  peu plus cher pour consommer français, payer à coup sûr, pour une forme d'OCM pour le porc... en attendant que des mécaniques analogues s'appliquent aussi à d'autres de nos produits de l'élevage.

C'est dans le cadre européen - avec l'assouplissement (et le prix d'achat) que ce serait plutôt à notre charge qu'à celle d'un budget commun -  la seule sortie technique de crise qui semble exister aujourd'hui.
Il est bien certain que les services et les collaborateurs de Le Foll se souviennent bien de ces pratiques - salutaires et perverses - dont  il va leur rester à convaincre leurs collègues de Bercy et leurs interlocuteurs de Bruxelles.

 

Malheureusement cela ne fera pas changer d'Europe, mais tendra et tordra un peu plus les interprétations et les arrangements auxquelles l'U.E. est contrainte pour pouvoir continuer dans la fiction  et l'insécurité.

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