Pour le CN du PS du 19 sept : adresse de la gauche du PS motion B

 

A GAUCHE POUR GAGNER /  Note d’analyse et de débat

Le 17 septembre 2015

Les conditions politiques du rassemblement

La récente lettre de Jean-Christophe Cambadélis « à la gauche et aux écologistes » a un mérite : elle interpelle l’ensemble de la gauche sur un processus d’émiettement lourd de conséquences. Elle décrit l’orage qui arrive.

On pourrait y voir une figure imposée du discours politique. Les défaites se sont accumulées, d’autres s’annoncent. L’injonction à resserrer les rangs vient naturellement… Nous prenons le sujet comme il doit l’être : au sérieux, pas simplement comme une tentative désespérée à la veille des élections régionales.

Il n’y a pour aucun parti à gauche de salut solitaire. Il n’y a pas non plus vers le centre de majorité de rechange. Enfin il (re)devient clair que le rassemblement de la gauche est indispensable pour retrouver les chemins de la confiance et de la victoire. Débattre de ses conditions est autrement plus urgent que de décider, seul, prématurément, de l’abandon de la stratégie de « front républicain », face au risque de voir le Front National s’emparer de plusieurs régions.  

Mais si la dispersion peut en effet conduire à la disparition, la dispersion a aussi ses raisons que le Parti socialiste ne peut plus feindre d’ignorer ou de minimiser. La déception crée la dispersion.

On doit bien sûr regretter que des élus qui ont travaillé ensemble à la tête de collectivités locales ne fassent pas le choix de défendre ensemble devant les électeurs leurs bilans honorables, ou s’enferment dans un sectarisme dangereux pour la gauche toute entière. Plus grave, les dernières élections locales l’ont démontré sans fard : la déception nationale balaie les beaux bilans de proximité. On ne peut plus nier que le basculement opéré pendant ce quinquennat vers une politique d’inspiration sociale-libérale, tournant le dos aux engagements de la campagne de 2012, aggravent les fractures profondes qui se sont creusées au sein de la gauche française, et entre la gauche de gouvernement et son électorat. 

Réduire ces débats sur la politique gouvernementale à des désaccords techniques et secondaires, ou les subordonner au combat commun sur les « valeurs » que la gauche doit mener face à la droite et l’extrême-droite, c’est passer à côté des conditions essentielles du rassemblement. Et probablement, se condamner à perdre aussi la bataille culturelle, car si le parti au pouvoir doit mener la bataille des idées, il est aussi jugé sur ses actes.

Personne ne nie aujourd’hui l’ampleur historique des problèmes posés par la réémergence du fondamentalisme religieux, par les désordres géopolitiques, par les grandes migrations et les nationalismes xénophobes. Mais ces enjeux sont inséparables de l’aggravation des inégalités, et d’abord des inégalités sociales. Au nom du présent, comme de l’histoire politique et intellectuelle de la gauche, il n’est pas concevable de renoncer à faire de la justice sociale le fondement principal de notre engagement. L’idée selon laquelle la question des valeurs constitue le clivage central de la vie politique française ne résiste d’ailleurs pas à l’analyse : la majorité des couches populaires et moyennes partage cette conviction que la politique de la gauche au pouvoir ne contribue pas à améliorer leurs conditions de vie et à résoudre leurs problèmes essentiels. C’est la raison principale des défaites récurrentes subies depuis mars 2014.    

Ajoutons qu’une offre de dialogue ne saurait être un ultimatum entre soumission ou marginalisation. Ceci vaut pour les partenaires du parti socialiste comme en son sein.

Disons-le sans détour : la confiance – gravement sapée aujourd’hui par l’exercice du pouvoir sur le mode autoritaire et par la discipline imposée sans débat à la majorité- ne pourra être véritablement rétablie sans que s’opère en préalable, à l’occasion du budget 2016, une réelle inflexion de la politique économique et sociale du gouvernement. Les propositions adoptées presqu’unanimement par le Bureau national du PS en juillet dernier constitue la base de travail opératoire d’une négociation utile avec le gouvernement et nos partenaires de gauche : redonner du pouvoir d’achat aux classes populaires en amorçant une vraie réforme de justice fiscale, relancer l’investissement des collectivités publiques, soutenir mieux les entreprises qui investissent et qui embauchent.

Si cette étape était franchie, il deviendrait possible, à nouveau possible, de reprendre le chemin du rassemblement des forces de gauche pour reconstruire un projet politique commun à vocation majoritaire, offrant aux Français une réponse crédible aux grands défis économiques, sociaux, écologiques, et européens de la période. Il deviendrait même à nouveau possible, pour incarner ce mouvement, de discuter d’un processus de primaires de tous les progressistes pour la présidentielle.

Il n’y a pas de raccourci : tout autre chemin faisant diversion, toute tentation d’acheter « à la découpe » telle ou telle formation de la gauche seront – à juste titre - perçus comme des leurres et n’engendreront pas la dynamique attendue, face au « bloc réactionnaire » qui se consolide. Le pire est sûr : la crainte du Front national ne suffit plus à rassembler la gauche.

Oui, le PS doit se dépasser. Oui, il peut contribuer de façon majeure à la refonte d’un projet progressiste et majoritaire. Mais il doit pour cela sortir de sa torpeur et de sa passivité, retrouver son indépendance, renouer avec ses fondamentaux, rompre avec le conformisme libéral pour prendre à bras le corps les nouveaux défis. Il doit aussi se redonner une exigence démocratique, pas pour lui seul, pas dans le huis-clos dans lequel il s’est à nouveau enfermé. Mais pour rendre possible l’engagement du peuple de gauche, de syndicalistes, de militants associatifs, d’intellectuels ou d’artistes, et d’abord la participation de citoyens motivés, qui ne viendront pas au secours d’un appareil muré dans ses certitudes. Cette « grande gauche » n’a pas disparu, elle attend une offre crédible.

Notre première tâche sera donc de défendre sans relâche au cours des semaines qui viennent les orientations de politiques économiques et budgétaires qui nous ont réunis au cours des derniers mois. C’est un nouveau test en grandeur réelle du respect des engagements pris, et de l’utilité de notre parti quand le suffrage des citoyens lui confie l’exercice du pouvoir.

(Texte  de la motion B en contribution au débat du conseil national du PS du 19 septembre 2015)

 

 

 

edito de D&S n° 237 sept 2015

 

La désunion de la gauche fera perdre ! Pourtant l’unité reste possible !

C’est une chute en cascade : la politique droitière du gouvernement entraine une division de la gauche, qui entraine une abstention massive des électeurs de gauche. La déception crée la dispersion, la dispersion amène à la disparition. Ce qui suffit à faire le jeu d’une droite qui gagne en pourcentage, sans gagner de voix en chiffre absolus. Alors que le pays est majoritairement de gauche, c’est le FN qui arrive en tête... par défaut.

Il suffirait de ne pas se contenter de la lettre « à la gauche et aux écologistes » de J.C. Cambadélis qui appelle au secours, fait la morale, insiste sur « les valeurs », décrit la catastrophe imminente... mais ne donne aucun moyen de la conjurer.

Oui il faut accueillir les refugiés. Mais il faut remplir l’assiette de nos concitoyens. Il faut reprendre à la finance les centaines de milliards qu’elle détourne et redistribuer les richesses.

Il suffirait de prendre acte de la situation : le rassemblement de la gauche est fondamental pour sauver la fin du quinquennat et l’élection qui le termine. Pour cela, il faut en appeler à une conférence ouverte et non pas à un discours fermé. Invoquer les valeurs et la République ne suffit évidemment pas : c’est la question économique et sociale qui est décisive. Il faut dire qu’on « ouvre le débat ».

La victoire de Jeremy Corbyn témoigne que l'attente est à gauche en Grande Bretagne. Mais en France aussi !

Depuis 2012, il y a 1,3 million de chômeurs de plus, les inégalités se sont aggravées, la misère s’est accrue, les richesses se sont concentrées, il reste 18 mois pour changer la donne, ensemble.

Le Bureau national du PS le 27 juillet a ouvert la voie d’un autre budget 2016, cela pourrait être une base pour aborder la discussion avec toute la gauche, à condi- tion, bien sur, d’écouter nos partenaires et de prendre en compte équitablement, raisonnablement, démocratiquement leurs programmes.

Là où il y a une volonté d’accord, il y a un chemin. Ouvrir des réunions non stop avec la volonté d’aboutir et on aboutit. Et ca change tout. Une majorité rose rouge verte, créerait une dynamique nouvelle. Et ça remobiliserait nos électorats massi- vement dés les régionales, stoppant ce désastre des listes multiples, dispersées, rejetées. Il est encore temps !

Il deviendrait même possible, pour incarner ce mouvement, de discuter d’un processus de primaires de toute la gauche pour la présidentielle. Avec une plateforme de gouvernement commune, on stoppe la course aux candidatures : les électeurs départageront le ou la meilleure candidate pour défendre précisément cette plate forme - démocratiquement.

L’unité de la gauche est une volonté, elle n’impose rien à personne, ce n’est pas un alignement, ni un ralliement, mais la recherche et la construction d’un accord sur un programme qui ne saurait être libéral, ni marginal mais bâti au cœur de la gauche.

Pour que vive la gauche unie ! Pour une république sociale !

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