À 25 000 socialistes de gauche, nous prendrons nos décisions ensemble

Ce matin Sud radio me réveille et au pied levé me demande de remplacer un intervenant défaillant sur le thème « les frondeurs ont ils un avenir ? » et subsidiairement « êtes vous pour le retour d’Arnaud Montebourg » ? Je n’ai jamais aimé le terme « frondeur ». Notre motion B avait tenté de le remplacer par le terme « éclaireur » ce qui est nettement mieux. Mais évidemment, avec le vote du jeudi 21 mai, une page est tournée...

Ce matin Sud radio me réveille et au pied levé me demande de remplacer un intervenant défaillant sur le thème « les frondeurs ont ils un avenir ? » et subsidiairement « êtes vous pour le retour d’Arnaud Montebourg » ? Je n’ai jamais aimé le terme « frondeur ». Notre motion B avait tenté de le remplacer par le terme « éclaireur » ce qui est nettement mieux. 


Mais évidemment, avec le vote du jeudi 21 mai, une page est tournée...

Le PS qui n’en avait plus depuis deux ans, a retrouvé aux forceps une légitimité majoritaire. Oh certes faible : seulement 40 000 votants sur seulement 75 000 votants. Mais le « centre » du parti,  a majoritairement suivi les appels pressants de l’aile droite du parti à ne pas créer la crise avec le gouvernement Valls Macron, pourtant mal aimé.

La gauche du parti – frondeuse et éclaireuse – rassemblée a obtenu 25 000 voix. Ce n’est pas mal quand même ! Avec ça on peut faire beaucoup de choses.

Moi je nous croyais proche de 40 000 voix, 40 à 45 %, pas loin de la motion A. Je sentais cela dans les AG militantes. Mais ceux qui sont venus voter n’étaient pas dans les AG militantes. Exemple l’Aude, grosse et ancienne fédération : nous estimions gagner entre 30 et 40 %, (contre 15 % a Toulouse) dans les AG ça se sentait, ça se disait, ils ont envoyé deux fois Valls et une fois Hollande, (il a même dit « le temps de la redistribution est venu » !) il a ressorti son discours du Bourget, parlant en plein sur le débat de congrès, et Cambadélis a envoyé des textos personnalisés aux candidats aux instances de l’Aude, « je jugerais selon tes résultats ». Avec la motion B on a obtenu 23 % seulement, soit une progression de 8 % par rapport à Toulouse. A Limoux où je suis allé devant l’AG, on a approché pas loin de 50 %. Mais du fond du département ceux qui ne militent pas sont venus voter pour la « A ».

25 000 voix c’est aussi positif : D&S pour sa part existe depuis 23 ans et en traversé, pas mal, 15 ans de droite, 8 ans de gauche, de Jospin à Hollande, des luttes (janvier 1994 l’école publique, mars 1994, CIP, Novembre décembre 95, les retraites de 2003, le CNE en 2006, les retraites en 2010) et des élections (victoires en 1997, en 2004, 2005, 2008, 2012 – défaites en 2002, 2014, 2015). Certains moments nous avons eu  en interne au PS, 13 000 voix, 15 000 voix, 18 000 voix, jamais jusqu’à 25 000 voix, jamais autant que le 21 mai 2015  - surtout quand il n’y avait que 50 % de votants.


Sud radio me demandait ce matin  « qu’allez vous faire ? »

D’abord voter pour Christian Paul jeudi 28 mai pour le poste de Premier secrétaire bien sur, ai je répondu.

Puis nous consulter, nous réunir, échanger, pour décider le plus collectivement possible ensemble.

Sud radio m’interrogeait : « Oui mais est ce le retour d’Arnaud Montebourg » à Mont-Beuvray ? Franchement, non, nous n’avons pas besoin de chefaillon ni d’escalader le mont truc ou machin truc » ai je dit. Nous avons besoin de consolider un collectif militant qui a fort bien fonctionné pendant la campagne du congrès. Arnaud Montebourg était allié avec Henri Emmanuelli, jusqu’à jeudi soir, pourquoi mettre un terme à cette alliance ? Nous étions tous ensemble de Laurent Baumel à Christian Paul,  de Daniel Goldberg à François Kalfon, de Benoit Hamon à Emmanuel Maurel, de Guillaume Balas à Pouria Amirsahi, de Marie Noëlle Lienemann à moi, pourquoi ne pas continuer,  forts de 25 000 voix ? Ce n’est pas le temps des primaires ! Nul ne sait exactement ce qui se passera d’ici là.  On verra collectivement en temps voulu.

Evidemment il faut continuer autrement. Formellement on ne peut plus prétendre pour le moment être la majorité réelle des socialistes, mais nous pouvons et devons à nos électeurs, préparer la relève quand inéluctablement ce gouvernement ira dans le mur. Et préparer l’unité de la gauche puisque la motion A a cru bon, elle aussi, s’en faire le porte parole officiel.

Alors il faut éviter le retour de tous les désespoirs : certains, sans consulter la motion B prennent des postures, là un militant fait un appel à signer pour « quitter le PS », d’autres qui en étaient convaincus depuis longtemps re saisissent l’occasion de dire « il est mort », c’est « fini ». Sans parler de ceux qui redisent la même bêtise sans se rendre compte qu’elle les isole : « c’est un parti de droite ».

A tous les militants socialistes qui s’interrogent, je dis « décidons ensemble de nos choix » ! Ensemble !  S’il vous plait : pas de débandade individuelle. Nous sommes 25 000 c’est une force, ne la laissons pas perdre.

Prenons le temps de réfléchir, de nous  réunir, de débattre, collectivement. Celui appelle à sortir c’est pourquoi faire ? Aller ou ?

Celui qui veut partir, veut cesser de militer, pas nous. Pas de découragement.

S’il renonce à défendre ce que nous avons défendu ensemble, pas nous. On a une ligne !

S’il change de strategie, pas nous.

Pas pour le moment en tout cas.

Voyons comment au mieux nous pouvons continuer à défendre nos idées communes, celles qui, à défaut de l’être dans le PS, sont majoritaires dans la gauche unie.

La gauche socialiste existe et lutte : peut elle gagner ou bien est ce impossible ? Peut elle aider, servir de point de rassemblement a gauche ? C’est la question à laquelle il faut répondre ensemble.

Après tout, Cambadelis au lendemain du 25  janvier quand je revenais de rencontrer Alexis Tsipras victorieux à Athènes avait osé dire « nous sommes Syriza ».

On peut construire un Syriza dedans-dehors ?

 

Pour cela il ne faut pas que des militants du parti de gauche et certains gauchistes recommencent leur bashing : « sortez, quittez, rompez » etc.  Ils l’avaient mis en veilleuse, le temps du congres. Ils ne nous ont pas aidé. D’avance le journal Politis avait conclu qu’il n’y avait rien à attendre du congrès de Poitiers, qu’il était joué et plié d’avance, donnant un sérieux coup de main à Valls et Cambadélis !

Il faut aussi arrêter ceux  qui somment les autres, tous les autres, nous gauche socialiste inclus, de rompre toute idée d’unité de la gauche avec « ce PS traitre »… et qui croient que c’est la condition préalable pour agir. Ils se trompent, il n’y aura pas de rupture préalable par la dénonciation permanente, brutale et sauvage du PS,  il n’y aura de changement de la gauche que dans un mouvement d’ensemble qui entrainera et changera le PS. Il ne faut pas faire de la dénonciation, ça démoralise, ça divise, ça use, ça aigrit, ça échoue. Il faut au contraire, faire de la bataille pour l’unité une arme centrale.


Pour cela il faut encore et encore redire ce qu’est la nature de classe du PS. Elle est inchangée depuis un siècle. Ce n’est pas le parti démocrate US, ce n’est pas le « bipartisme », ce n’est pas l’odieux « UMPS » du FN, car en fait de façon déformée derrière l’affrontement droite-gauche, il y a un affrontement de classe.

Il  faut encore une fois mettre les points sur les « i » : nous ne sommes pas membres d’un parti de droite, c’est nous faire injure ! Les 25 000 voix de la gauche socialiste en témoignent. Le PS – par sa genèse, son histoire, sa continuité, depuis un siècle, son nom, ses références générales, sa base sociale, ses liens syndicaux et électoraux – est un parti de gauche. C’est même encore le premier parti de gauche. Sa direction actuelle fait une politique libérale – même pas sociale libérale, mais cela ne change pas la nature de ce parti, ni encore totalement son lien avec les masses. Certes il décline, il suit une courbe comme le Pasok mais loin derrière, il ne gouverne pas (encore ?) avec la droite, il met certaines limites à l’austérité (même si elles sont toutes relatives et totalement insupportables), il perd les élections, son électorat s’abstient mais il bénéficie encore du soutien officiel du deuxième syndicat du pays, il n’est pas rayé de la carte, comme certains, sans culture historique, sans théorie, sans vision d’ensemble du salariat ne cessent en vain, de le crier.

Le salariat est la puissante base sociale de la gauche : 93 % des actifs. Il est divers, pluriel. Il existe 17 partis de gauche, 30 orientations en leur sein et 8 syndicats. Pour agir, il faut gagner sa majorité. Ce que seul un Siriza dedans-dehors peut réaliser.

Pour cela il faut convaincre, entrainer, pas dénoncer, ni épurer. Il faut une dynamique pas une démoralisation. Ceux qui disent que le PS est de droite démoralisent, car que reste t il a gauche ? Ils devraient se réjouir de l’action des 25 000 de la gauche socialiste et compter sur eux pour entrainer leur parti vers l’unité de toute la gauche, cela augmente illico les espoirs, les chances de gagner. Un seul salariat une seule gauche. La gauche est majoritaire en France,  elle PEUT donc s’unifier ! Elle PEUT donc gagner. C’est la bonne ligne !

Ce n’est pas la première fois, hélas, dans l’histoire qu’un parti de gauche fait une politique de droite, il y a même eu des moments ou il trahissait, faisait la guerre, écrasait les colonies, gouvernait avec la droite, bloquait les luttes. La classe dominée, le salariat, aussi puissant et massif qu’il soit, aujourd’hui, est attaché à ses organisations traditionnelles et ne peut les dépasser que de façon extraordinaire, rare, exceptionnelle, en parvenant à les remplacer physiquement et majoritairement. Sinon elles renaissent toujours. Et vous voterez touts encore PS en 2022.

On nous a affirmé sans cesse que le PS (parfois avec des trahisons bien « supérieures » à celle d’aujourd’hui)  était mort : en 1958, en 1969, en 1983, en 1993, en 2002, en 2005 ou 2007, et chaque fois cela s’est révélé faux. On nous dit que c’est consommé, décisif, mais on ne voit pas encore la coupure épistémologique, la rupture spectaculaire et irréversiblement consommée. Et puis les « astres morts » envoient de la lumière des millions d’années après. Ceux qui disent  que le PS est « mort »…  d’ailleurs ne savent pas situer la date et se disputent en pleine contradiction. S’il est mort en 1983, pourquoi ont ils vote pour un parti donc de…  droite en 1997 ? S’il est mort en 2005 pourquoi ont ils voté pour lui en 2012 ?

Le Parti de gauche annonçait 12 000 militants lors de son congrès précédent. Il en annonce 1700 avec 1200 votants pour son dernier congrès. Du haut de ces 1200 militants au bout de six ans, ils disent aux 25 000 de la gauche socialiste « sortez » rejoignez nous » Ont ils raison ? Que proposent ils ?

Allions nous dans l’action !

Faire de l’anti socialisme au lieu de batailler pour l’unité de la gauche n’est décidément pas payant. Il n’y aura pas une partie de la gauche qui l’emportera en écrasant l’autre. Seule une vaste bataille durable et continue pour l’unité de toute la gauche peut minoriser l’aile droite, tandis qu’une bataille contre le PS tout entier, renforce Valls et affaiblit sa gauche.   A la fin ça se résume par des incantations sempiternelles genre « quittez », sortez » « rompez » « scissionnez » « si vous ne quittez pas vous trahissez aussi » « caution » … et ce sont des enfantillages ridicules et nuisibles. Chaque attaque contre le PS ce sont des voix en moins pour ceux qui les portent. Ca se termine par la haine de ceux qui sont les plus proches, au lieu de rapprocher les efforts. Du coup les millions d’électeurs du PS ne vont pas vers le FDG mais ils s’abstiennent, manifestant leur mécontentement sans rompre.

Surtout qu’en France, s’il n’y a ni Siriza, ni Podemos, c’est parce que la division fait rage : a cause de la politique de Valls-Macron bien sur mais aussi à cause de la symétrie aveugle d’une partie de l’autre gauche qui passe son temps à faire de l’anti socialisme primaire au lieu de chercher à construire une dynamique d’unité de la gauche.  Siriza a rassemble 19 groupes en 2004 et puis a unifie, unifié, unifié, pas dénoncé, dénoncé, dénoncé…

Le Front de gauche est divisé gravement à cause de cela, certains reprochant même à Pierre Laurent de chercher à limiter les dégâts et de vouloir reconstruire l’unité. Pourtant il a raison !

Cette guerre interne à la gauche, a affaibli les possibilités de luttes communes : ainsi il est frappant de constater que le PG et aussi le FDG n’ont pas mené de réelles campagnes unitaires avec la gauche socialiste quand l’occasion s’en offrait contre l’ANI au printemps 2013, pour les retraites à l’automne 2013, contre le projet de loi Macron en 2015. Alors que la bataille contre l’ANI démarrait en mars 2013, JL Mélenchon a appelé à manifester contre le gouvernement le 6 mai 2013, « coup de balai ». Alors que le projet de loi Ayrault contre les retraites démarrait à l’automne 2013, JL Mélenchon a déclaré que c’était foutu, qu’il passerait et a appelé à manifester encore contre le gouvernement et la TVA ( !) le 1er décembre. Et là, depuis six mois, pas un seul appel central à manifester contre le projet de loi Macron… sauf heureusement par 4 syndicats le 9 avril 2015.

C’est pourtant par des mobilisations unitaires communes, sur des thèmes sensibles précis, que la vapeur peut se renverser. Nous pouvons, mais décidons le ensemble, travailler à des actions et campagnes communes, un collectif de la gauche unie que Valls et Cambadélis ne réussiront pas à faire sur leur ligne actuelle… Qui croit qu’il y aura une « belle alliance populaire » avec Macron…

Il faut recréer une aspiration à l’unité, une volonté d’unité, des actions unitaires de masse…

Et il faut le dire : nous, socialistes de gauche, avons fait le maximum pour construire des mouvements de masse contre l’ANI, pour les retraites, contre la loi Macron. Nous avons fait aussi le maximum avec la motion B dans la bataille interne, 25 000 voix sur 75 000, mais on ne peut gagner en interne contre un appareil sans mouvement de masse social en externe. C’est ce qui manque manifestement.

Oeuvrons y en commun.

 

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