LAISSE FOLIE COURIR vient d'être publié aux éditions Mémoire d'encrier...

Depuis la parution de mon roman LAISSE FOLIE COURIR aux éditions Mémoire d'encrier en novembre 2020 au Canada et en février en France, Belgique et Suisse, j'ai déjà eu deux émissions RFI et TV5, des articles dans des journaux...

ENTRETIEN

1.Laisse folie courir, pourquoi ce titre ?

Sur les conseils de mon éditeur Rodney St-ÉLOI Directeur des éditions Mémoire d’Encrier, j’ai commencé à feuilleter mon manuscrit pour repérer d’éventuels titres. En effet, j’en ai trouvé une trentaine. Puis, Rodney ST-ELOI et son équipe ont vôté pour LAISSE FOLIE COURIR. Un titre qui donne le ton du roman. Par folie, il faut entendre une folie en liberté, une folie qui court, la folie de la vie elle-même qui met les humains dans des pétrins, c’est la vie elle-même qui enserre les êtres de plusieurs tours de malheurs. Des êtres qui se débattent avec cette vie d’une folie abondante, de tant de tribulations. Et les êtres luttent, la lutte pour la vie. Car la vie est sacrée! Ça vaut la peine de se battre pour elle! LAISSE FOLIE COURIR signifie en langue Créole laisse folie passer son chemin. C’est-à-dire, reprends-toi. Courage Courage Courage, ne te laisse pas entraîner que dire entamée par la folie.

 

2. Laisse folie courir met en scène une femme et sa grand-mère qui lui raconte son

histoire, celle de sa famille et des habitants de Guérot, son village natal à l’Artibonite.

Est-ce un roman de retour aux sources ?

Oui, c’est un roman de retour aux sources. J’ai commencé à écrire pour ma descendance née à Paris. Pour que ne s’efface pas la mémoire de Guérot mon village de naissance, pour que ne s’efface pas la mémoire de mes ascendants, pour que mes enfants sachent d’où viennent certains de leurs aïeux. C’est ainsi qu’est né le roman LAISSE FOLIE COURIR.

Guérot m’avait fabriquée, je lui devais au nom de mes ancêtres, mon grand-père Raphaël, ma tante Da, de lui rendre cet hommage. Ce travail me revenait aussi, moi qui ai eu la chance de m’asseoir sur les bancs de l’école du collège du lycée de l’université. Et puis, écrire sur Guérot est un geste qui mêle mon âme à celles de mes ancêtres. C’est un besoin intérieur, un besoin vital. Je ferme les yeux à Paris devant mon ordi, et je revois Guérot, mon grand-père Raphaël Cadostin que je n’ai pas connu, mes tantes, ma tante Da. Ce n’est pas sans souffrance ce retour aux sources. Je me sens mieux maintenant. Je dirais même que j’ai rempli ma mission. Mais, il y encore tant à raconter sur Guérot.

 

3. Si oui, dans quelles sources avez-vous puisé ?

J’ai puisé dans l’histoire d’Haïti qui m’a donné entre autre le personnage Sang Cochon, en référence à la cérémonie du Bois-Caïman en 1791.

J’ai puisé dans les histoires de tant de femmes que j’ai vues se débattre avec une vie dure mais qu’elles affrontent avec courage et parfois avec hardiesse. Elles osent.

J’ai puisé dans mes souvenirs d’enfance à Guérot, à Petite Rivière de l’Artibonite, quelques souvenirs de la ville de Saint-Marc. Je suis portée par l’histoire de Guérot. Cette histoire qui résonne en moi comme le tambour dans la nuit. Ma tante Da et ma mère m’en ont beaucoup conté sur mon grand-père Raphaël, sur Guérot, sur la branche Estimé. J’ai puisé quelques clins d’œil dans ma vie en France.

 

4. Vous êtes aussi dans le livre comme personnage. Qui est Gerda Cadostin ?

Gerda Cadostin est une femme qui vit en France depuis 40 ans. Depuis qu’elle a quitté Haïti son pays d’origine. Elle a soixante-deux ans. Le temps est venu pour elle de réveiller la mémoire de Guérot son village natal, de son grand-père Raphaël Cadostin mort quand elle avait 22 jours mais dont le souvenir est tenace. Gerda Cadostin était une enfant dans ces lieux, ses souvenirs sont hachurés et c’est son aïeule Sang Cochon qui va lui raconter l’histoire de sa famille des vivants comme des morts, des habitants de Guérot.

 

5. On connait bien la Petite Rivière de L'Artibonite, une région qui fait partie de la

mythologie d’Haïti. Parlez-nous de Guérot que l’on connaît peu…

En effet, Petite Rivière de l’Artibonite est l’une des villes les plus importantes dans l'histoire de la révolution haïtienne. Le département de l’Artibonite n’est pas seulement détenteur des traditions religieuses ancestrales de l’Afrique.

Guérot situé à moins de 5 km de Petite Rivière de l’Artibonite est un petit village en général de paysans qui travaillent dans les champs. La terre de Guérot est divisée en lakou. Le lakou est une portion de terrain sur lequel chacun construit sa maisonnette. Chaque lakou est transmis à la descendance. Par exemple mon grand-père a son lakou appelé lakou Raphaël transmis ensuite à ma mère, puis à moi, puis à mes enfants. En principe, on ne vend pas son lakou. On le laisse à ses héritiers ou à défaut à d’autres héritiers de Guérot qui se sentent d’ailleurs bien légitimes pour les occuper.

 

6. Dans le roman, deux jumelles choisissent de marier le même homme... Quelle place

et quel sens prend ce geste pour vous dans le récit ?

Je suis née à Guérot. J’en ai vu des femmes en tribulations, des femmes que la vie n’a pas arrêté de saccager mais j’ai aussi toujours vu ces femmes libres. Libres dans leur choix. J’ai trouvé cela fascinant d’être aussi bouleversées par l’existence, et en même temps de garder la main sur sa liberté. La religion Vaudou permet cela : la liberté de choisir son homme ou ses hommes. Le corps s’il le désire, peut s’exprimer. Les femmes aussi draguent les hommes. Ma mère, mes tantes ont toujours été des femmes libres.

 

7.Le roman est une traversée de générations. Un personnage semble pourtant

constant : Sang Cochon défie le temps et le cycle de vie d’un être humain. Que

représente pour vous Sang Cochon dans le roman ?

Sang Cochon représente pour moi mon histoire à Guérot, mon histoire mêlée à d’autres histoires, mon histoire de l’Afrique à nos jours. Une histoire qui cherche toujours à rafistoler ses morceaux éparpillés.

Sang Cochon, c’est la force vitale de chaque femme et chaque homme qui luttent au quotidien. Sang Cochon, c’est aussi une nostalgie du temps et des morts passés, une nostalgie de la distance et de la séparation avec mon village natal. Sang Cochon, c’est la force d’avancer malgré tout. Il me reste l’écriture.

 

8. Les thèmes des pères invisibles revient régulièrement dans le roman... Pourquoi ?

« La plus grande confrérie haïtienne » celle des pères invisibles. Enfant, j’ai vu mon père pour la première fois à 7 ans, juste un instant. J’ai grandi sans père. Ou presque. Ce qui explique d’ailleurs mon attachement à mon grand-père Raphaël Cadostin mort quand j’avais vingt-deux jours mais qui m’avait accueillie à ma naissance comme un cadeau du ciel et qui m’a donné le nom de sa grand-mère à lui. Heureusement que mère, tantes et oncles m’ont comblée d’affection. Mais à l’âge adulte, j’en ai terriblement souffert. D’avoir été et d’être définitivement une enfant sans père. Il est mort. Et j’ai commencé à écrire pour essayer de m’en délivrer.

 

9. La place des hommes semble elle aussi difficile... Pouvez-vous nous parler des hommes dans votre vie, comme écrivaine et comme femme ?

La place des hommes est difficile. Oui. Si les femmes sont en difficulté avec les hommes, les hommes aussi sont en difficulté. Différemment certes. Une femme va utiliser toutes sortes de subterfuge pour coincer un  homme. Par coincer, il faut entendre pour l’avoir, le posséder et le summum, ce serait de l’avoir pour soi seule. Pur fantasme.

En ce qui me concerne, tout au début, j’avais des rêves de mariage, de vie de famille. Mais visiblement poussée inconsciemment peut-être par mon histoire, je n’ai pas pris le chemin de la vie de famille. J’en rêvais pourtant. J’étais en seconde au lycée Frank Etienne le grand écrivain haïtien, un camarade de classe m’a lu les lignes de la main. Je n’ai jamais voulu croire à ses prédictions. Car pour moi, il était hors de question que je fasse comme ma mère. J’avais au moins cette conscience-là. Résultat : ma vie de femme s’est entamée comme ma mère. Sauf que ma mère, c’est moi qui l’ai aidée à poser sa vie. Tandis que moi, c’est Christian SPILLIAERT mon mari depuis vingt-deux ans qui m’a aidée à poser ma vie. Comme écrivaine, les hommes ne sont pas bien différents que dans ma vie de femme. Il y a des dragueurs, des invisibles, des dragués, des tourmentés, des volontaires, des innocents qui sont les jouets des femmes.

 

10. Parlez-nous de la place du vaudou et des esprits dans le roman.

Le département de l’Artibonite où se trouve Guérot est la région d’Haïti détentrice des traditions religieuses ancestrales de l’Afrique. Le vaudou comme toute autre religion consiste en une multitude de rites, de rituels, de petites cérémonies et de grandes.

Comme toute religion, il y a des personnes pour qui ça finit par être davantage culturel que cultuel. C’est probablement mon cas avec le Vaudou.

Dans le cultuel, certains pratiquent modérément le vaudou. Comme les rituels quotidiens : signes de croix, prières, demandes de faveur pour ou contre, par exemple pour la pluie, pour un enfant malade, contre un mauvais sujet, contre les insectes qui ravagent une récolte… Ceux-là vont parfois porter une robe en bleue de vœu comme une prière en continu.

Il faut savoir que même à Guérot, ces traditions religieuses ancestrales de l’Afrique, quoique si bien gardées ici et là dans l’Artibonite, sont souvent mélangées avec des traditions catholiques. Durant la période coloniale, comme il était interdit aux esclaves de pratiques leurs rites, ils avaient trouvé la parade. Quand ils disaient St-Jacques, ils s’adressaient du plus profond de leurs êtres à l’Esprit de Ogou Feray… Chaque Saint de la religion catholique est représenté par un Esprit dans le Vaudou.

D’autres pratiquants du vaudou, en plus des rituels quotidiens, vont dresser dans une assiette une petite portion de chaque mets pour les Esprits. Voire même organiser de petites cérémonies pour les Esprits, pour s’attirer leurs faveurs, pour que les Esprits se rendent bien compte qu’on s’occupe d’eux aussi. Ces petites cérémonies consistent à rassembler quelques familles et amis autour d’une table bien dressée pour l’occasion, un  hounsi ou un mambo pour présider la petite cérémonie, mangeaille et danse à gogo. Petites dragues. Des rendez-vous d’amour. Souvent une ou deux personnes peuvent être chevauchées par des Esprits et les personnes chevauchées parlent en langues inconnues d’ici. Parfois, en Yoruba langue parlée au Bénin et dans d’autres lieux en Afrique.

D’autres pratiquants du vaudou vont plus loin. Avec de grosses cérémonies qui peuvent durer des jours. On sacrifie des animaux… On mange, on danse, on prie, on est chevauchés par les Esprits. Probablement que plusieurs familles et amis d’ailleurs (même des absents qui espèrent une grâce sont parties prenantes financièrement.

Chez les paysans à Guérot, le vaudou fait parti du quotidien du paysan : un geste, une parole, un rêve, un partage de café, de nourriture, de clairin, d’un petit rhum fort…  la nourriture est en général déposée dans une assiette dans un coin caché de la maison. Parfois, certains dressent des petits autels pour déposer objets de culte, assiette-manger, bouteille montée,… Au petit matin, le paysan boit un café, il en jette un peu au sol pour les Esprits, et ce geste du café ou du clairin est répétitif. Presqu’un amusement pour le clairin Aux-noms-de-tous-ceux-que-je-vois-pas! et 3 giclées de clairin au sol! Une fois l’an, le paysan organisait parfois une cérémonie vaudou qui ressemble beaucoup à un grande fête de famille et d’amis avec mangeaille et gogaille.

Les Esprits, vous l’avez compris, sont là comme protection.

 

11. Et vous ? Quelle est votre relation au vaudou ?

Le vaudou est une partie de mon héritage. Tout en étant ouverte au monde, j’habite à Paris, j’ai des petits enfants à Londres qui sont à peu près africano-haïtiano-franco-irlando-anglais (sans oublier les Indiens, les Espagnols…), sachant que dans africano-haïtiano-franco-irlando-anglais chaque groupe est un composite de quantité d’autres.

Comme un Irlandais, je ne viens pas de nulle part. Je viens aussi de ces femmes et de ces hommes noirs, ceux-là même traversant de force vomissant à fond de cales. Ces aïeux Noirs m’ont laissé le Vaudou en héritage. Le nier, c’est me nier. Même si on fait le choix d’une autre pratique religieuse. Je viens aussi d’un Blanc sûrement Français que j’identifie comme un Bordelais. Allez savoir.

Le Vaudou pour moi représente un soutien, une force, un ultime recoin où je jette un œil quand mon âme fléchit, quand mon être ne peut plus porter seul la vie. Alors j’appelle au secours mon grand-père Raphaël mort quand j’avais vingt-deux jours. Ou d’autres morts que j’ai beaucoup aimés de leurs vivants comme ma tante Da. Mais je dois être assez solide comme ma mère. Je dérange rarement les Esprits de mes morts préférés. Et quant aux Esprits du Vaudou, je n’ai aucune pratique. Même si l’homme à cheval est le protecteur de ma mère. Et je suis sûre de moi aussi. Mais on ne s’est jamais rencontrés en rêve.

 

12. C'est un roman où l’on entend beaucoup la voix des femmes. Est-ce un aspect que

vous vouliez souligner ? Est-ce qu’on peut considérer ce roman comme un roman

féministe ?

Comme je l’ai écrit dans Laisse Folie Courir : « Je suis née de femmes et de femmes ». Il n’est surtout pas question pour moi d’éloigner les hommes. Mais, ma vie s’est passée avec les femmes. Ce sont les femmes qui me parlent. Ma mère Vierge, mes tantes Viergira, Da, Odamise, Elizena, Mézine, Alice, et mes tantes de coeur Rosita, Rose… Ce sont elles qui m’ont aimée, fortifiée, secourue, donné un certain esprit de grandeur d’âme et de hardiesse. Dans ma vision de femme, je vois des femmes.

Et j’ai eu un père invisible. Ce qui n’arrange pas les choses.

J’adore les femmes et surtout celles dans ma famille maternelle. Au vu de mon histoire, j’ai développé un esprit matriarcal, et il m’a fallu tant de temps pour faire une petite place aux hommes et… à la condition qu’ils soient comme-il-faut… Est-ce un roman féministe ? En tout cas, c’est un roman écrit par une femme Gerda Cadostin et qui parle beaucoup de femmes mais aussi d’hommes.

 

13. Le lecteur ou lectrice est immédiatement happé par la langue dans ce roman qui

puise dans l’imaginaire et la langue créole. Pouvez-vous nous parler de ce choix.

Je suis née à Guérot, au milieu de paysans qui parlent un Créole authentique, un Créole-pays,  pas un Créole en français à grands mots de latin des citadins savé. Et cet imaginaire créole me traverse dans leur langue à eux. J’écris sur ces paysans qui sont aussi ma famille que j’adore. J’ai fait le choix d’écrire certes en français mais dans un français en créole paysan. Pour rendre tout le jus, l’essence, la quintessence de leurs êtres, de leurs habitudes, de leur vie et faire passer toute l’émotion que j’éprouve. Souvent, j’ai fait le choix de restreindre le vocabulaire en français quand il ne correspondait pas aux expressions et mots dans ce créole paysan.

Les mots en créole paysans sont parfois des mots tirés d’un mot français du 19ème siècle qui ne s’utilise plus trop aujourd’hui mais qu’on retrouve encore dans certains dictionnaires. Alors quand dans les dictionnaires, je ne trouve pas un mot en français qui ressemble au créole, de temps à autre, devant cette impossibilité de trouver le mot qui fait sens pour moi en créole paysan, je compose moi-même un mot avec d’autres pour trouver sens, sonorité et poésie que je recherche.

 

14. Que représente pour vous la langue créole comme écrivaine ?

J’écris dans un Français en Créole, dans un Français sauce Créole. C’est la sauce qui donne le goût, n’est-ce pas. Ma langue créole est entachée de Guérot mon village natal. J’adore Guérot et ma famille paysanne, mes sources d’inspiration. Ce Créole est la langue de mon imaginaire, celle qui m’inspire, qui me porte à un point tel que je suis souvent transportée loin de moi-même. Et cela donne cette langue qui happe, qui fait écarquiller les yeux et le reste.

 

15. Quel travail sur la langue et l’oralité avez-vous opéré pour incarner cet imaginaire

créole ?

Un extrait du roman : « Mes yeux seront là pour les voir. Tôt ou tard, ils devront prendre homme! » lâche une langue insolente de fanm tripöt nan lakou Estimé. Une langue sans but et sans bon ange. Une langue sans vergogne de tribulations. Une langue sale sans espoir de plaisir. Qui au lieu de travailler les rizières à Guérot, a choisi rien oisiveté. Et du devant-jour à l’angelus, traîne ses pieds et sa bouche dans le voisinage, rapportant déformés mots et gestes des vivants et des morts, dans un mélange insensé insoluble vengeur »

Si j’analyse après coup cet extrait, je dirais :

Je traduis l’oralité des gens de Guérot presque mot à mot en français. C’est un choix qui donne la couleur locale et parfois poétique à la langue écrite dans le roman. Cette écriture montre une image nouvelle des mots utilisés, des sens compris. C’est une lecture qui se fait lentement afin de déguster jeux d’écriture français-créole. La langue dans le roman joue avec les mots, les sens, les sonorités, les intonations, les bruitages et les émotions.

Mais au-delà de ce travail sur la langue du roman, c’est aussi tout le plaisir que je prends à sortir la langue française de ses habitudes, à lui peindre les mots aux couleurs de Guérot.

 

16. C'est votre premier roman. À 62 ans, vous publiez votre premier roman.

Comment êtes-vous arrivée à l’écriture ?

Aussi loin que remontent mes souvenirs en Haïti, j’écris à Petite Rivière de l’Artibonite. J’écris mes devoirs. J’écris pour tous les parents sans alphabet de ma famille et des voisins. Le temps passe. J’écris même pour ceux qui pourraient écrire mais qui estiment que moi c’est mieux. Je suis au collège à Port-au-Prince, j’écris des poèmes pour moi, pour les amies en réponse aux poèmes reçus des garçons intéressés pour être les premiers de leurs cœurs. Je suis en seconde, je continue à écrire des lettres pour mon père Jérôme Beaubrun. Sans faute ce qui m’a valu la jalousie méchante de la destinataire : Suffit, tu ne paies plus le lycée pour Gerda, elle en sait assez comme ça et puis pour une il-lé-gi-ti-me, c’est déjà trop. Qu’à cela ne tienne. Haïti vit de l’entraide. Gratuit la suite.

Je suis en France, j’écris des lettres administratives pour les Haïtiens en France. J’écris. J’ai continué à écrire quelques poèmes. J’en ai publié un sur la guerre au Rwanda. J’en écris d’autres sur la Gare du Nord, le premier lieu qui m’a accueillie en arrivant en France. Depuis quelques années, j’écris en continue sur ma vie. J’ai 32 ans. J’écris. J’écris.

Écrire pour moi est une habitude. Alors j’écris même quand il n’y a rien à écrire. Je m’inscris à des cours de soir au CNAM. J’écris. J’écris.

J’ai découvert des ateliers d’écriture. J’écris. Je participe à des ateliers. J’ai rencontré Philippe Berthaut animateur en atelier d’écriture qui nous encourage à écrire un peu chaque jour. J’écris.

Enfin, en 2015, j’ai suivi un DU (diplôme universitaire) Écriture créative à l’université de Cergy-Pontoire. Une université un peu francophone aussi. Où j’ai découvert des œuvres d’auteurs haïtiens… J’ai rencontré une professeure Célia Houdart romancière qui apprécie mon écriture et m’encourage : j’aimerais continuer à vous lire, même si vous ne continuez pas l’université l’année prochaine. Chose dite chose faite.

Certains livres m’ont aidé à prendre courage en terme de conseils : Journal d’un écrivain en pyjama de Dany Laferrière ; en terme d’organisation des idées : la ballade du café triste de Carson McCullers, ou même de distance avec la langue dans la vie et demie de Sony Labou Tansi

D’un passe-temps, aujourd’hui j’écris un peu chaque jour. Je prépare un 2ème roman dont l’action se situe non loin de Guérot dans un autre village. Assurément, je passerai faire un clin d’œil à Guérot. C’est sans dire peut-être.

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