Education : les pistes inexplorées du protocole sanitaire

Alors que le gouvernement français est le seul à contraindre tous les personnels et usagers de l’éducation à porter un masque toute la journée dans l’établissement et sur tout le territoire, nombreux sont les enseignants à se demander si cela est vraiment la seule solution à permettre de lutter contre la contamination au Covid-19.

Je suis enseignant mais pas médecin. Je suis pédagogue mais pas ministre. Puis-je tout de même me permettre d’avoir une opinion sur cette rentrée des classes sous haute tension sanitaire ?
Est-ce qu’on peut arrêter avec cette mascarade ?

Le protocole sanitaire mis en place par à-coups cet été permet - à première vue - de protéger la population française de la contamination tout en garantissant une rentrée à tous les élèves de notre pays. Soit. Mais à quel prix ? Et avec quelle efficacité? Soyons honnête, quelle enseignante, quel élève, quelle agente de l’Education nationale peut se satisfaire de la situation ? Bien sûr, il est nécessaire de prévoir un dispositif permettant de désinfecter les classes, de faire respecter la distanciation, d’intervenir en urgence en cas de contamination, cela n’est pas à remettre en cause. Mais les masques, pour tous, tout le temps, sur tout le territoire, jusqu’à en faire régner le monde de l’absurde, est-ce vraiment nécessaire ?

Otons, toute forme de doute : je ne suis pas anti-masque. D’ailleurs, ce curieux débat entre anti-masques et pro-masques me semblent faussé voir délirant. De l’occupationnel. Tentons d’y voir plus clair.

Ailleurs en Europe

En Italie, le gouvernement a prévu de recruter 84 000 enseignants ou auxiliaires grâce à une enveloppe de 977 millions d’euros, il a investi dans un nouveau type de mobilier pour les salles de classe. En Allemagne, il n’y a pas de protocole national, les Länders responsabilisent les établissements afin de favoriser les apprentissages des élèves tout en invitant à respecter un protocole considéré comme efficace. De nombreuses heures de cours se font également en dehors des murs de l’établissement. A noter que dans ces deux pays, le masque est obligatoire mais seulement jusqu’au commencement de l’heure de cours. Un protocole sanitaire peut donc exister sans contraindre les élèves et les enseignants à porter le masque tout le temps.

La pédagogie étouffée

Est-ce que le Ministre ou l’un de ses fidèles conseillers a déjà essayé de faire cours avec un masque sur le nez et la bouche, que ce soit en tant qu’enseignant ou élève ? Concrètement, comment un enseignant peut-il faire la connaissance avec des élèves masqués ? Comment savoir s’ils comprennent, s’ils baillent, s’ils rigolent, s’ils s’ennuient ? Comment mettre des prénoms sur des visages ? Comment faire agir la communication non verbale pourtant essentielle à la pédagogie ? Combien de temps un enseignant va-t-il perdre à demander à ses élèves de bien vouloir remettre le masque sur son nez ?

Un "bon sens" absurde

Le port du masque dans les écoles, tout le temps et par tous, sur tout le territoire est absurde. Cela ne correspond à aucune réalité locale. Le président de la République lui-même avouait dans un de ses discours de confinement qu’il fallait cesser de tout décider à Paris. Absurde car déconnecté donc mais aussi hypocrite. Les élèves mangeront ensemble à la cantine sans masque, se retrouveront après l’école sans masque, se toucheront, se serreront dans les couloirs, autant que les professeurs et les personnels de direction. Absurde aussi car autoritaire et perçut comme tel. Cette règle ne sera donc pas bien appliquée : combien auront réellement deux masques propres pliés dans une pochette individuelle chaque jour et ne le toucheront pas après l’avoir positionné correctement sur le haut du nez ? Enfin, ce dispositif est absurde car un moyen de facilité. Rien n’a été fait pour réfléchir aux vrais solutions.

Des pistes inexplorées

Recruter des enseignants, favoriser les classes en plein air à l’instar de nos deux voisins mais aussi faire confiance (le mot était pourtant seriné par M. Blanquer jusqu’alors). Des horaires décalés, des salles de classes remodelées, des rythmes décalés, des activités nouvelles, des intervenants extérieurs financés et plus nombreux, un système hybride pour les cours, des aérations de classes plus régulières… Combien d’autres idées auraient pu germer si les établissements prenaient le temps d’associer les élus de la communauté éducative pour discuter ? Tous les cadres existent pour cela, et elle serait peut-être là, la solution. La démocratie n’a pas besoin d’être réinventée, il faut l’appliquer, l'améliorer, la faire vivre et surtout, la financer. On s'y met quand ?

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