Christophe Guilluy fait partie de ces identitaires de gauche qui, à l'instar des Indigènes de la République, tentent de remplacer la lutte des classes par la lutte des races et des « cultures ». Parce que le débat fait rage autour de la notion d'identité et d'insécurité culturelle ou identaire, et qu'un certain nombre d'interventions me semblent manquer cruellement de profondeur d'analyse, voici un extrait de mon livre à paraître consacré au paradigme identitaire, dont j'ai récemment publié ici même le projet, tel qu'il a été sélectionné par le Centre National du Livre en 2014 

Géographe et consultant, Christophe Guilluy a de la constance. Il livrait déjà dans des tribunes pour Libération au début des années 2000 ses analyses de la relégation périurbaine des classes populaires au-delà des banlieues, aux confins des métropoles. Détaillant le processus de remplacement par les « bobos » en centre-ville, dont le « multiculturalisme, souvent affiché, trouve ainsi ses limites dans des arrondissements à forte population immigrée où les pratiques d'évitement et de contournement de la carte scolaire n'ont jamais été si fortes »[1], Guilluy fait partie des chercheurs qui prennent très au sérieux cette étiquette, « bobos », qui a depuis fait florès. La lecture attentive de différentes publications de cet auteur permet de retracer son parcours vers la définition de ce que l’on peut appeler son paradigme identitaire de gauche, à travers l’évolution du sens de mots comme « culture » dans son discours.

 La découverte de la « France périphérique »

À quelques semaines du séisme électoral du 21 avril 2002, Guilluy expliquait à propos des votes pour Arlette Laguiller et Jean-Marie Le Pen que le consensus des partis de gouvernement masquait « l'avènement de très violents clivages politiques reposant non plus sur l'échelle droite-gauche mais sur les lignes d'une fracture socio-culturelle. »[2] Le mot « culturelle » dans cet article semble alors établir un diagnostic sur un processus d’éloignement entre les classes bourgeoises et les classes populaires reléguées géographiquement, et ce n’est qu’au vu de l’évolution ultérieure de l’auteur que l’on pourra le raccorder à sa critique du multiculturalisme de façade des bobos. On peut pourtant noter au passage ce branchement entre violence et culture qui va s’avérer une des constantes du discours de Guilluy. 

En 2003, Guilluy publie une dernière tribune dans Libération, intitulée « La "France périphérique" délaissée »[3], et y détaille encore un peu plus cette « fracture sociale et culturelle ». Il parle du « poids politique et culturel » des centres-villes où a lieu une « ghettoïsation par le haut », qui efface de la « sphère politico-culturelle » les zones de relégation périurbaines dont les habitants « subissent tous une forte insécurité sociale, mais aussi le sentiment diffus d'une relégation culturelle. » À nouveau, le lecteur de l’époque ne pouvait lire dans le mot « culturel » que cette question de rapports de classes à l’intérieur des pratiques et des représentations culturelles ou médiatiques, au sens commun, comme dans « Ministère de la culture ». On apprend donc qu’absentés des discours et des œuvres, les prolétaires relégués développent selon l’auteur « une véritable "contre-culture" » à travers par exemple le vote LO ou FN, dans la mesure où ce « "vote de classe" d'un nouveau genre semble peu à peu structurer culturellement les couches populaires ». Ici Guilluy commence à avancer une nouvelle hypothèse avec cette notion de « contre-culture », approfondissant l’idée de séparation à l’intérieur même de l’ensemble « culturel » hexagonal. C’est, nous allons le voir, un des pivots de son argumentation. Cependant dans ces textes relativement anciens, nulle part n’apparaît alors de connexion entre ce « culturel »-là et la question du multiculturalisme évoqué autour de la figure des bobos.

 « Culturel » ou « identitaire » ?

C’est plus tard, dans un entretien publié dans la revue Vacarme en 2008[4], que Guilluy articule la notion de « culturel » avec « l’identitaire ». Et cela commence dans un paragraphe particulièrement étrange où ce mot de « culturel » change subrepticement de sens. Tout le début de l’entretien reprend les thématiques précédentes, et « culturel » renvoie aux réalités évoquées précédemment, en les détaillant, en affirmant par exemple que « la voiture symbolise bien la rupture culturelle entre les gens de la ville et les autres. Dans ces espaces [périurbains], on ne peut pas s’en passer ». On est ici toujours à l’intérieur d’un même univers de pratiques et de représentations, certes de plus en plus divisé, mais non sur des bases nationales, ethniques (donc également religieuses) ou raciales : il s’agit toujours d’une analyse sociale et géographique des rapports de classes au sein de la société française. Puis vient ce moment où se situe le glissement de sens :

« Derrière tout cela, se pose une question culturelle très forte. La gauche est soutenue par les gens qui bénéficient le plus de l’ouverture, qui la vivent très bien, y compris la question de l’immigration, question qui permet à l’habitant des centres-villes d’évacuer la lutte des classes. Il est plus difficile pour un bobo de se retrouver devant un prolo blanc — avec la question de la différence salariale, de la conflictualité entre un ouvrier et un bourgeois — que devant un immigré, où jouera en priorité la question du rapport à l’autre, la question culturelle. Ce rapport à l’autre — avec des formes de solidarités réelles et positives — est plus facile à gérer pour l’habitant des centres-villes, parce qu’il ne se sent pas en concurrence. Il est plus complexe pour le prolo qui vit relégué au loin et qui subit les effets de la mondialisation comme des salaires à la baisse, à la fois parce qu’il est en concurrence avec l’ouvrier chinois mais aussi parce que la présence de travailleurs immigrés tire les salaires vers le bas. »

En quelques lignes, la « question culturelle » bascule de la classe à la race dans un dispositif que nous allons essayer de débrouiller. Bien sûr, il s’agit d’un entretien, mais les revues ne publient que des textes relus et validés. Or ici Guilluy décrit trois rencontres successives et les rapports qui en découlent, en effectuant un étrange retournement :

1. Le bourgeois de gauche de centre-ville rencontre un prolétaire relégué du périurbain. On apprend que ce dernier est « blanc » (apparition de la notion de race), et si on ne sait pas de quelle couleur est le bourgeois, par contre leur rencontre est rendue difficile par les rapports de classes. Il y a de la « conflictualité ».

2. Le bourgeois de gauche de centre-ville rencontre un immigré (le lecteur est tenté de comprendre que ce dernier n’est pas « blanc », par opposition au prolétaire relégué), et là leur rencontre est facilitée par le fait que le bourgeois voit dans l’immigré un « autre » avec lequel « il ne se sent pas en concurrence ». La « question culturelle » est ici radicalement différente de ce qu’elle était dans les précédents textes, elle est expressément définie comme « rapport à l’autre », à l’étranger, à l’immigré, au non-« blanc ». Guilluy change sans crier gare de définition. En fait il se contredit en partie en retirant au mot « culturelle » la fonction explicative des rapports de classes qu’il avait jusque-là dans ses écrits. D’espace de confrontation et de division, lieu conflictuel mais commun au bourgeois et au prolétaire, le culturel devient brutalement une donnée propre à chaque individu, exclusive de l’autre. Dans cette deuxième rencontre, le bourgeois et l’immigré sont pour chacun un « autre », ils n’ont pas la même culture au sens d’une appartenance à un ensemble national ou ethnique, même s’ils ont des « solidarités réelles ». Rappelons que pour Guilluy, le bourgeois du centre-ville et l’immigré de banlieue ont plus en commun, par le fait d’habiter au cœur de la métropole, qu’avec le prolétaire relégué dans son périurbain. Mais ça, dans ce nouveau dispositif, ça n’est pas du « culturel », car désormais le culturel, c’est justement ce qui les différencie, ce qu’ils n’ont pas en commun : la nation, l’ethnie ou la race.

3. Le prolétaire relégué du périurbain, toujours « blanc » suppose le lecteur, rencontre l’immigré de banlieue. Et là le « rapport à l’autre », donc en fait la « question culturelle », si on suit Guilluy, « est plus complexe » car le prolétaire relégué sait que l’immigré fait partie des « effets de la mondialisation » qui portent atteinte à son niveau de vie. Or pour l’auteur « l’immigration est un rouage de ce qu’est le libéralisme aujourd’hui. Les économies modernes se servent de cette main-d’œuvre, qui permet de maintenir les salaires au plus bas. Le grand patronat souhaite évidemment que les frontières restent ouvertes. » Le prolétaire relégué a donc selon lui raison de ne pas vouloir avoir de « solidarités réelles » avec l’immigré, car ils sont en « concurrence réelle ». Guilluy n’apporte rien de vraiment nouveau ici à la l’idée courante de la mise en concurrence, mais il valide de façon claire l’idée qu’il y a une différence fondamentale entre les deux travailleurs, qui semblent irréconciliables. Ils ne vivent pas selon lui aux mêmes endroits, et mènent des vies séparées, et étonnamment l’immigré est plus proche du bourgeois de gauche de centre-ville, y compris même politiquement, ce qu’il appuie en citant le vote massif des cités en 2007 pour Royal, en lui opposant le vote Sarkozy du périurbain. En quelques phrases Guilluy a assigné à chacun une place particulière dans un dispositif  à la fois spatial – il est géographe – et ethnique ou racial qui remet complètement en cause les conceptions courantes sur lesquelles s’appuyaient en partie son discours d’avant 2008 : les classes populaires ont volé en éclat, et leur définition par la distinction sociale, les rapports de classes dans la société capitaliste française, tout cela est remplacé par une grille de lecture qui plaque sur chaque acteur des trois rencontres une catégorie ouvertement raciale. Guilluy ne s’embarrasse même pas ici d’euphémismes tels que « français de souche » ou « européen ». Non, il pose que le prolétaire relégué du périurbain est « blanc », puis sous-entend que le bourgeois de centre-ville voit l’immigré de banlieue comme un « non-blanc ». Puis il valide comme une évidence le fait qu’il y a rejet de la part du prolétaire « blanc » face à l’immigré parce que celui-ci est une menace économique. Guilluy n’expose pas des représentations qu’il voudrait ensuite critiquer, non, il les légitime complètement en leur donnant même une sorte d’onction antilibérale : le travailleur français a raison d’être opposé à l’immigré que le patron a fait venir avec l’appui du bourgeois de gauche…

Guilluy cite alors le PCF de Georges Marchais et le « Produisons français ! » de la fin des années 1970, à l’appui d’une critique de cette mise en concurrence des travailleurs français avec l’immigration. Son argument est qu’en dehors de cette campagne, la gauche a rejeté les appels à plus de protection contre l’immigration lancés par les travailleurs français, indiquant au passage le fait qu’il s’agissait bien d’un cours très nationaliste de l’histoire du PCF, non seulement protectionniste mais bel et bien xénophobe[5]. Pour le reste, selon Guilluy, le discours de la gauche serait du style « "l’arrivée de l’immigré, c’est une richesse et tu vas le comprendre, tôt ou tard, toi aussi prolo français". » La gauche, bourgeoise et parisienne pour notre auteur, aurait un problème de compréhension des attentes et des frustrations des classes populaires, expression qui signifie pour lui, on vient de le comprendre, prolétaires « blancs » relégués. Elle a « caricaturé le prolo en Dupont-Lajoie raciste ». Guilluy livre alors le fond de sa pensée : « Les catégories populaires demandent depuis vingt ans de la protection, et la gauche de gouvernement est soutenue par les gens qui veulent l’ouverture, la mondialisation, l’immigration ». 

Vingt ans, cela correspond donc à l’élection présidentielle de 1988, et aux 4 376 742 voix de Jean-Marie Le Pen, soit 14,38 % des exprimés du 1er tour, première grande percée du FN après les législatives de 1986.

Un parti « idéologique »

L’enjeu des prises de position de Guilluy est bien de critiquer les fondements des discours de la gauche de gouvernement, le PS et ses alliés, face à la montée du FN dans les classes populaires, du moins celles qui l’intéressent, à savoir celles qui sont « blanches ». Il s’agit bien pour lui d’amener cette gauche-là à parler à ces « blancs »-là. On peut alors mieux comprendre une déclaration antérieure de l’auteur dans un courrier adressé au Monde et publié en 1996, où il affirme que « Le FN est d'abord une question sociale : si la gauche n'y répond pas par un discours idéologique, et non exclusivement moral, le pire est devant nous ».[6]  Le sens du mot « idéologique » a dû sembler peu clair aux lecteurs du journal à l’époque, même si Guilluy expliquait dans le même texte que les électeurs FN « votent pour le seul parti idéologique capable de déstabiliser une société à laquelle ils ne croient plus ». Le terme devient a posteriori avec l’entretien de Vacarme beaucoup plus compréhensible, même s’il a disparu pour laisser place au véritable sens de la pensée de l’auteur, à travers le mot « culturel », qui signifie en fait « identitaire ».

En 2008, Guilluy fixe à nouveau ce qui est selon lui l’enjeu pour la gauche : « Comment récupérer les voix de gens situés dans une logique culturelle opposée à la sienne ? ». Les classes populaires « blanches » et reléguées ont leur logique « culturelle » propre, et là le mot ne désigne plus rien qui ait à voir avec les pratiques et productions culturelles, mais avec « l’idéologique » du texte de 1996, c’est à dire avec « l’identitaire », qui apparaît à la fin de l’entretien avec Vacarme : « la droite a parfaitement su déplacer l’enjeu politique du social vers le culturel et l’identitaire ». La suture est faite. Guilluy décrit voire approuve le déplacement opéré par Sarkozy sur les thématiques « idéologiques » du FN, qui lui-même avait su capter les attentes « culturelles » des classes populaires « blanches » : une protection, une véritable défense, au moins en paroles, de leur « identité », face à l’immigration.

Dans cet entretien avec une revue classée très à gauche, Guilluy se montre peut-être encore un peu hésitant, il ne se situe pas complètement du côté de l’identitaire, au sens où il validerait l’idée que celui-ci serait l’enjeu unique de la politique. Il semble même se tirer dans le pied en affirmant que la « question culturelle et identitaire vient se surajouter à la question sociale, sans qu’elle disparaisse, mais comme tout le monde donne l’impression d’avoir renoncé à y répondre, on se concentre de plus en plus sur les enjeux identitaires, ethniques, religieux, culturels ». Il fournit là, comme nous allons le voir, une des clés de la critique de son propre diagnostic : c’est sans doute cette impression générale de renoncement qu’il faudrait questionner. Cependant Guilluy expose dans Vacarme le cœur de son projet politique dans une superbe dénégation : « La solution pour la gauche n’est bien sûr pas de plonger à l’extrême droite. Mais comment proposer quelque chose pour protéger les plus faibles et les précaires, confrontés au quotidien avec la mondialisation et l’immigration qui en fait partie, sans renier l’universalisme, la république, la laïcité ? » Brancher directement la gauche sur l’identitaire et le racial, en somme, et tel sera dès lors l’objectif de Fractures françaises, publié fin 2010.

Comment Guilluy a découvert la race

Dans ce livre, Guilluy introduit dès les premières pages le mot « culturel », qu’il utilisera constamment par la suite. Il ne définit pas immédiatement ce qu’il entend par là, et de fait l’adjectif semble avoir une série de sens différents sur lesquels il va jouer pour articuler une conception raciale et nationale de la « culture » qu’il voudrait rendre lisible et acceptable pour un lecteur de gauche. Cela a lieu sous la forme d’une inversion, sorte de jeu de miroirs sémantique. Le mot arrive dès la toute première page, dans la narration d’événements survenus à Belleville en 2010 : « Sommes-nous à Los Angeles, à Chicago ou à Londres ? Dans une ville anglo-saxonne ? Dans un pays où le communautarisme serait la norme, où les individus seraient définis par leur appartenance ethnique et culturelle ? »[7] Ici Guilluy semble mettre à distance de lui-même et du lecteur « français » cette définition de « l’appartenance culturelle », comme étrangère au cadre hexagonal, qui serait donc différent du communautarisme anglo-saxon, qu’il oppose à « l’idéal républicain ». Puis très rapidement vient la phrase « Il faut dire qu’en France, le multiculturalisme et ses effets ne sont pas débattus ». En dehors de son aspect faussement provocateur (peut-on vraiment dire qu’il n’y a pas de débat sur cette question depuis les années 80 au moins ?), cette affirmation couple l’usage de l’expression « appartenance culturelle » avec le mot « communautarisme ». On est d’entrée de jeu dans un espace de sens où « culture » renvoie à l’existence de plusieurs cultures différentes, des façons distinctes de parler, de manger, de s’habiller, etc., et où la culture française serait raccordée à l’existence de cet « idéal républicain ». Pour mieux comprendre ce qui suit, appelons cela culture 1.

Quelques lignes plus loin, Guilluy explique que les « couches populaires » ont disparu des discours politiques et médiatiques, après les avoir définies comme les « victimes de la mondialisation et les pratiquants (contrairement aux croyants) de la société multiculturelle »[8]. Dans un raccourci théorique, il rabat les difficultés de ces « victimes » dans le concept « d’insécurité sociale », puis affirme que « Tout se passe comme si le retrait de la sphère médiatique, culturelle et politique des premières victimes de la mondialisation assurait la pérennité du système ». Ici le mot « culturelle » désigne non pas la culture au sens de « appartenance culturelle », mais une « sphère » de représentations que l’on peut comprendre comme l’ensemble de la production littéraire, musicale, cinématographique ou autre en tant qu’elle est médiatisée, par exemple par la télévision ou les discours qualifiés de dominants. À nouveau pour bien comprendre, appelons cela culture 2.

Guilluy pose donc que les tenants du « système » ne parlent plus des couches populaires dans leurs productions culturelles (sens 2) ou leurs discours politiques. Il ajoute ensuite que « la disparition culturelle et politique des catégories populaires souligne la crise démocratique », qui selon lui « permet surtout d’installer durablement l’image en trompe-l’œil d’une société apaisée, moyennisée et consensuelle ». Dans cette phrase, « culturelle » est bien encore utilisé au sens 2. Puis immédiatement après, l’auteur assène que « La conflictualité sociale et culturelle ne fait plus partie du champ politique »[9], et c’est un des points de bascule de cette introduction, qui règle tout le reste du livre sur sa longueur d’onde propre. Par ce glissement sémantique, Guilluy enchâsse l’idée d’une « conflictualité culturelle » dans celle de conflictualité sociale en même temps qu’il fait passer le sens du mot « culture » du 2 au 1, de la production culturelle à l’appartenance culturelle. L’apparition de l’expression de conflictualité culturelle est ici centrale, elle résume toute l’entreprise, qui est d’affirmer qu’il y a, et même d’une certaine façon qu’il y a toujours eu (puisque c’était prétendument présent auparavant dans le champ politique) du conflit dans la culture (sens 1 ou 2 ? là est la bascule), ou plutôt, entre les cultures (sens 1). Entendez entre la culture française et les cultures étrangères.

Le fait est que s’il y a tension entre culture 1 et culture 2, cette dernière est en général envisagée comme universelle, ou plus précisément comme un apport à la culture universelle d’un « génie » particulier, en l’espèce français. Guilluy essaie de faire passer l’appartenance culturelle pour quelque chose de logiquement en conflit avec les autres cultures (sens 1), que la culture (sens 2) fabriquée par les élites ignorerait volontairement. On peut remarquer que cela ressemble beaucoup à des thématiques comme celle de Maurras sur le pays réel par opposition au pays légal, et c’est une première approche de la vision politique à l’œuvre dans ce livre.

Haro sur la « société métissée »

Dès lors pour notre auteur tout s’enchaîne : « La conflictualité culturelle est aussi [comme la conflictualité sociale] occultée par la représentation idéalisée du multiculturalisme, celle d’une société métissée »[10]. Le thème du livre est dès lors visible : la race, qui, c’est important à noter, arrive masquée, non immédiatement nommée, grâce à la figure bizarre (on serait presque tenté d’écrire queer) du métis. Et comme le racisme est toujours un combat, il faut pour Guilluy situer l’intensité de la lutte, or c’est bien pour lui de violence qu’il s’agit : « L’invisibilité culturelle [sens 2] des catégories populaires met ainsi à l’abri le politique de la violence sociale et culturelle [sens 1] qu’elles subissent de plus en plus dans la réalité ». Diable, des pauvres en France subiraient une violence culturelle, outre le fait d’être de plus en plus pauvres ? De quoi peut-il bien s’agir ? Des caricatures de Groland.con ou des Deschiens ? Non bien sûr, puisqu’il s’agit de culture 1, Guilluy ne parle pas des productions culturelles conçues par et pour les dominants qui ignorent les pauvres, mais de confrontations avec d’autres appartenances culturelles, celles des étrangers.

La quatrième de couverture de l’édition de poche[11] parle d’une France « minée par un séparatisme social et culturel » et de « nouveaux antagonismes qui travaillent la société », de « fractures sociales et culturelles  qui risquent de faire exploser le modèle républicain», mais passe sous silence ce sur quoi s’ouvre le livre, à savoir ces questions d’appartenance culturelle au sens le plus excluant du terme, c’est-à-dire la xénophobie, voire le racisme. Nulle trace de mots tels que « blancs », « natifs » ou « autochtones », qui sont pourtant des éléments saillants de l’ouvrage. Était-ce trop osé pour le promouvoir ? Gageons que sa réputation, établie entre autres par le polémiste Éric Zemmour qui le cite continuellement, est déjà faite : Fractures françaises est un livre qui plaît à certains racistes, et ce n’est pas sur la base d’un malentendu. Bien au contraire.

Les intentions de Christophe Guilluy sont claires, particulièrement dans ses interventions médiatiques : il veut expliquer pourquoi les « classes populaires françaises ou d’origine européenne » (c’est la typologie qu’il établit dans son livre) votent pour le Front National : 

« Il y a une question d’ordre presque philosophique que je vais poser là : pourquoi est-ce qu’un ouvrier d’Hénin-Beaumont, au chômage, avec 600 euros de revenu par mois choisit Marine Le Pen plutôt que Besancenot ou une liste d’extrême-gauche, qui met en avant des possibilités, par le social ? Là, il y a une vraie question de fond, que la gauche ne peut pas ou ne veut pas traiter, qui est une question d’ordre identitaire. Et c’est une question terrible. Parce que à gauche on se dit "il suffit de tenir un discours social pour que le peuple revienne à moi", or depuis vingt ans, on se rend compte que ça ne marche plus comme ça. Ce qui clive aujourd’hui c’est la question de la mondialisation. Et l’immigration est une dimension de la mondialisation. Montebourg, c’est très sympathique mais c’est un peu du protectionnisme chic : je mets des frontières, mais sur la question des flux migratoires, je ne régule pas, parce que là, on est sur des sujets trop sensibles. Mais bien évidemment, les gens dans la vie réelle pensent que la question du protectionnisme et de la régulation, ça inclut aussi la question de la régulation des flux migratoires. Et on est sur le nœud gordien pour la gauche. »[12]

Cette longue citation d’un entretien radiophonique a le mérite de résumer en quelques phrases l’objectif politique de Guilluy. Il s’agit de faire voir à la gauche qu’elle rate un aspect essentiel des attentes des classes populaires si elle n’adopte pas une politique clairement restrictive vis-à-vis de l’immigration. À propos des hauts cadres du Parti socialiste qui n’ont pas voulu l’entendre, il a lancé ailleurs : « ça va disparaître, de toute façon si ces gens ne disparaissent pas du PS c’est le PS qui va disparaître ».[13]

Le privilège autochtone

Un des aspects les plus intéressants du livre est son approche des rapports raciaux entre les travailleurs « blancs » relégués dans le périurbain et les immigrés. Sans jamais citer les auteurs anglophones qui sont à l’origine de ces thématiques, Guilluy décrit un dispositif exactement semblable à celui du « privilège blanc » élaboré dans les années 1960 aux États-Unis par Theodore W. Allen et Noel Ignatiev. Cette théorie fait désormais partie du paysage intellectuel et politique dans les pays anglophones et dans d’autres sphères, mais reste assez peu connue du grand public en France. S’il est à peu près certain que Guilluy a pu y avoir accès, par exemple à travers le milieu autour de la revue Vacarme, il est en fait plus intéressant de comprendre comment son propre cheminement théorique l’a amené à penser de la même manière, que de déterminer s’il s’en inspire discrètement ou non.

Une première approche de cette théorie est donnée par le titre d’un des premiers ouvrages où elle est exposée : le point aveugle blanc, White Blindspot[14]. Les « blancs » ne se rendraient pas compte qu’ils bénéficient dans la société d’avantages sur les personnes « non-blanches », « noires » en l’occurrence, dans leurs conditions de travail, l’accès au pouvoir ou à la reconnaissance, etc. Ils auraient un privilège qui leur permet de se déplacer, d’acheter ce qu’ils veulent ou de parler librement sans avoir à se justifier en aucune manière. Les « blancs » selon cette théorie ont même une tendance à universaliser cette situation en lui attribuant le statut de la normalité, d’où l’idée de point aveugle. Une telle vision critique de la « blanchitude » est devenue à travers la critical race theory (« théorie raciale critique »), un mouvement de vaste ampleur dans la vie intellectuelle des pays anglophones et dans les groupes de gauche. En France, elle demeure pour le moment très minoritaire, et parmi ses introducteurs se trouvent un certain nombre d’animateurs du courant des Indigènes de la République[15]

Christophe Guilluy n’utilise pas le terme de « privilège blanc » et ne s’appuie pas sur des auteurs étasuniens, mais Fractures françaises contient dans son dernier mouvement une théorisation en miroir, qui reprend exactement cette thématique, depuis l’autre côté. Dans un long chapitre intitulé « Vivre ensemble séparés »[16], il met en place successivement les éléments d’une véritable théorie du racisme en milieu populaire, dont le but est visiblement de légitimer les prises de position des prolétaires « blancs ». Le premier élément est la notion « d’autochtone », dont on verra plus loin comment elle répond à celle « d’indigène » dans la critique « décoloniale ».

« En effet il ne s’agit pas d’évoquer les descendants d’un peuple indigène ou les représentants de la "France blanche", mais de comprendre la relation entre "ceux qui sont nés là", et "ceux qui arrivent là". Tout se passe comme si, à l’heure de la mondialisation, il fallait effacer la figure du "natif", et surtout celle du "sédentaire". Dans une société où la mobilité est devenue un horizon indépassable, l’évocation de "celui qui est originaire du territoire sur lequel il vit" devient impossible. L’autochtone est irréconciliable avec l’idéologie dominante. Inerte, replié sur son territoire, l’autochtone s’oppose a priori au métissage. »[17]

Les prolétaires relégués « blancs » (c’est Guilluy qui parle de couleur de peau dès l’entretien de 2008) ne sont pas la « France blanche », mais « ceux qui sont nés là », qui sont « originaires ». En décrivant ainsi ce qui serait l’idéologie dominante, il parle de « fascisation du "natif" », en établissant ainsi que ce processus de rejet des « autochtones »,  qu’il a définis ailleurs et à de nombreuses reprises comme « blancs », est une sorte de construction d’une figure négative par les représentations « culturelles » (sens 2) produites par les bourgeois de gauche de centre-ville. Le multiculturalisme « infantile »[18] des élites rend les « autochtones blancs » fascistes, et le lecteur a du mal à établir si Guilluy en reste au niveau de la représentation ou si l’engendrement est pour lui bien réel, si la gauche produit littéralement les électeurs du FN.

Il y a donc pour Guilluy des « autochtones » dont la définition s’oppose à celle des immigrés, qu’ils soient nés dans l’Hexagone ou non : « Il y a seulement quelques dizaines d’années, les banlieues et les quartiers populaires des grandes villes étaient pourtant essentiellement peuplées "d’autochtones", les immigrés y étant minoritaires. » Cette notion d’autochtonie comprend une forte composante territoriale : «  L’attachement à un territoire, à une cité, participe alors à une construction identitaire ». Dans cette description, les « blancs » et les immigrés sont clairement en compétition autour de la notion de majorité ou de minorité, et du « statut » qui en découle. C’est ici que Guilluy rejoint la théorie du « privilège blanc », en lui ajoutant une intéressante variante « française ». Il définit la situation d’avant ce qu’il appelle l’immigration familiale des années 1970-1980 comme une période où l’autochtone « était une figure "référente" à laquelle l’immigré pouvait s’identifier ». Cette dynamique d’assimilation était rendue possible par le fait que les immigrés étaient appelés à « se fondre dans les milieux populaires des pays d’accueil, souvent par le mariage », et elle « contribuait aussi à valoriser l'autochtone ». Guilluy pose que dans cette situation aujourd’hui révolue, ce « "statut-référent" permettait à l’autochtone d’accepter l’immigration comme un processus naturel et sans danger pour la culture dominante ». Même si ce n’est évidemment pas écrit ainsi, on lit ici que les prolétaires « blancs » bénéficiaient d’une sorte de privilège qui leur assurait un statut dans le cadre d’une domination plus vaste.

Le « privilège blanc », version Guilluy, n’est pas une catégorie critique, au sens où elle chercherait à comprendre un dispositif de domination et ses effets sur les individus qui se trouvent pris dans ses rets — cela dit sans préjuger de la validité d’une telle analyse « raciale ». Non, c’est au contraire, comme symétriquement, la description du point de vue subjectif attribué par l’auteur à une partie des classes populaires, et force est de constater qu’elle produit les mêmes effets de sens « raciaux » qu’il faut tâcher d’analyser :

« L'intensification de ces flux migratoires a fait perdre à l'autochtone son statut de "prescripteur culturel". Dans le même temps, et tandis qu'on assistait sur certains territoires à un basculement démographique, les minorités devenant majorité, l'autochtone devait faire face non seulement à une modification de son cadre de vie, mais aussi à une modification de son statut : il n'était plus désormais celui à qui on devait s'apparenter, mais souvent celui à qui on ne devait pas ressembler. Dans ce contexte, l'immigration s'apparente à un lent processus de déclassement social mais aussi à une forme de déstructuration culturelle »

On retrouve encore et à nouveau cette notion de « culturel », dont on a établi qu’elle signifie chez Guilluy « identitaire ». Pour lui, le prolétaire « blanc » est donc passé d’un rôle prééminent au sein des classes populaires et des espaces où elles vivaient, à celui de repoussoir. Son identité était auparavant en partie celle d’un « maître », au double de sens de dominant et de professeur, ou plutôt un contremaître chargé par les dominants de dominer les immigrés au niveau local et de les intégrer à la société française, de les faire rentrer dans le rang. Ce que décrit Guilluy est moins un rapport de pouvoir ou d’oppression violente qu’une situation d’hégémonie, où tendanciellement tous les individus adhèrent au même système de valeurs et modifient leurs actes en fonction. Cette situation aurait été remplacée, du fait de l’inversion du rapport numérique entre « blancs » et immigrés, entre majoritaires et minoritaires, par une autre où « l’autochtone » aurait perdu ce privilège au point de devenir un contre-modèle. Mais si l’on suit Guilluy à la lettre, ce n’est pas l’inversion numérique seule qui en serait la cause, mais également les représentations dominantes véhiculées par les élites, car ce sont elles qui décident à qui on ne doit plus ressembler : la stigmatisation de Dupont-Lajoie, en somme. Pour lui le prolétaire « blanc » s’effondre « culturellement » sur lui-même parce que le bourgeois de gauche de centre-ville fait de lui un beauf repoussant, dans le même temps où les immigrés, devenus par la volonté mondialiste du même bourgeois cosmopolite et libéral plus nombreux que lui et ses semblables, le chassent de son territoire et lui dénient tout privilège, voire le toisent. Le vote pour le Front National serait donc l’expression de ce désir de retrouver ce statut d’autochtone, ce « privilège blanc ». Et le fait pour le PS de ne pas vouloir parler aux autochtones en tant que tels, en tant que « blancs déclassés », là serait la fracture entre lui et les classes populaires qu’il a lui-même délégitimées, ruinées et reléguées. On dirait presque sacrifiées. 

Le plus étonnant sans doute dans cette partie du livre du Guilluy est qu’il y affirme que ce qu’il décrit n’est pas de l’ordre du racisme :

« On attribue généralement la volonté de "ne pas vivre ensemble" au racisme supposé des couches populaires. Cette accusation erronée, qui relève en réalité d'une profonde méconnaissance des catégories populaires par les classes dominantes, interdit une analyse des causes, souvent rationnelles, qui conduisent au séparatisme. »

Le « séparatisme » que Guilluy entend décrire en expliquant les processus d’évitement scolaire et résidentiel des zones où vivent de fortes proportions d’immigrés par les « autochtones » est donc posé comme un choix rationnel. Sans entrer dans l’analyse complète des données factuelles, et en prenant pour argent comptant les schémas exposés dans ce chapitre, on ne peut qu’être troublé par certains raisonnements. Lorsqu’il explique que les prolétaires « blancs » auraient quitté les banlieues parce qu’ils y devenaient minoritaires, l’auteur feint de se poser une étrange question : « Faut-il y voir une poussée du racisme ou la réaction banale d'une population autochtone qui vit mal la disparition d'un univers familier ? » À nouveau, que ce white flight (« exode des blancs ») soit un fait avéré ou non historiquement parlant, quelle différence peut-il bien y avoir entre le racisme et une réaction « autochtone » ? On trouve ici une autre symétrie entre les vues de Guilluy et celles des tenants de la critical race theory (« théorie raciale critique »). De la même façon que ceux-ci refusent l’emploi du terme de racisme à propos du rejet des « blancs » par les « non-blancs », il semble vouloir contester l’idée d’un racisme populaire. Tout comme les uns affirment que le racisme ne peut être que « blanc » puisqu’il est l’expression d’un pouvoir, Guilluy entend démontrer que les « autochtones », victimes de la mondialisation et de l’immigration, ne sont pas racistes, mais faibles et désemparés face à un multiculturalisme imposé.

Dès lors, Guilluy peut continuer à dérouler la logique de l’inversion-qui-n’est-donc-pas-du-racisme, par exemple autour de la « guerre des yeux » :

« Les petits délinquants ont toujours cherché à marquer leur territoire en imposant à l' "étranger" de baisser les yeux. Elle s'est développée et complexifiée avec l'augmentation de la délinquance et l'émergence du multiculturalisme. L'enjeu de cette « guerre des yeux » n'est pas anodin : il s'agit de déterminer qui domine et qui est dominé, une question essentielle en milieu populaire, notamment pour les jeunes hommes. La question de la "domination territoriale" renvoie ainsi indirectement à celle de la maîtrise de son capital d'autochtonie. Dans un contexte multiculturel, cette question devient plus sensible et ce d'autant plus qu'avec le basculement démographique, l'ordre de la domination s'inverse. Une inversion qui explique [sic] pour partie par le ressentiment d'une partie des milieux populaires, et notamment des jeunes hommes, surreprésentés dans l'électorat du Front national. »

Cette explication du vote pour le Front National pour cause d’inversion de « l’ordre de la domination » n’aurait donc rien à voir avec le racisme. C’est juste une question de « maîtrise de son capital d’autochtonie ». Voilà le lecteur rassuré, il avait cru lire que de jeunes hommes se vengeaient de la perte de leur « privilège blanc » par un vote raciste. À force de vouloir expliquer en intériorité la révolte des prolétaires « blancs » relégués, Guilluy finit par accepter comme argent comptant les pires préjugés xénophobes. On le verra, il tombe ici dans le même panneau que ceux qui voudraient organiser la révolte des « non-blancs ». Il partage avec eux le même paradigme identitaire, la même vision raciste de la politique, qui ne veut pourtant pas dire son nom :  « La rencontre des cultures ne se traduit pas par une "négociation partageuse", mais par un rapport de force où les groupes les plus structurés s'imposent ». La lutte des races aurait remplacé la lutte des classes.

Là où en 2008 Guilluy semblait encore hésiter à ce sujet, il déploie dans son livre de 2010 une vision quelque peu catastrophiste : « L'avenir ne ressemblera pas à la société métissée et apaisée rêvée par les élites ».[19] Où l’on retrouve à la fin du livre le thème du métissage comme prescription des élites sur le peuple. L’auteur en rajoute sur la peur de l’avenir : « Si les affaires publiques et la démocratie ne parviennent pas à mettre au clair, discuter et reconnaître les vrais antagonismes de la société, alors, et parce que "la guerre est la simple continuation de la politique par d'autres moyens", la situation deviendra ingérable ».[20] À nouveau le pays réel et ses « vrais antagonismes »…

On a vu qu’à plusieurs reprises Guilluy reproche aux classes dominantes, bourgeoises, confortablement installées en centre-ville avec quelques immigrés en banlieue pour les servir, d’avoir imposé le multiculturalisme aux classes populaires. Il ajoute que ce « "multiculturalisme d'en bas" n'a pas grand-chose en commun avec la vision infantile des élites pour qui le multiculturalisme se résume à un brassage culturel "au sommet" qui ne peut évidemment qu'être positif ». Or on peut lire quelques lignes plus bas que « les classes dominantes imposent aux catégories populaires, "autochtone" ou "immigré", la réalité concrète du multiculturalisme… en s'en préservant ». Il y a donc bien pour lui deux multiculturalismes, comme il y a deux mondialisations, l’une bourgeoise et heureuse, et l’autre populaire et violente. Guilluy insiste sur le fait que les classes populaires dans leur ensemble, « blanches » et immigrées, sont « minées par une grande insécurité sociale », mais son diagnostic se concentre sur « l’insécurité culturelle » des « autochtones », des « blancs » dont il entend réaffirmer le statut majoritaire effacé par les représentations dominantes centrées sur les métropoles.

Une gauche « populaire » ?

Mais à qui Guilluy parle-t-il ? À qui s’adresse son diagnostic ? Et quel genre de politique appelle-t-il de ses vœux ? À relire ses interventions antérieures, et même ce livre, on comprend qu’il ne s’adresse pas directement aux « autochtones » eux-mêmes. Il prend leur discours, tous leurs discours au sérieux, mais à aucun moment il n’envisage une expression autonome des classes populaires dont il entend expliciter les points de vue. L’expression propre des « autochtones » ou des autres, ce sont les partis politiques existants, ou feu le PCF, et uniquement à travers le bulletin de vote. Guilluy n’évoque presque pas les mouvements sociaux, et se concentre sur les questions de vie quotidienne, essentiellement de logement et de carte scolaire, et sur les résultats électoraux. Il est de notoriété publique qu’il travaille en tant que consultant pour des bailleurs sociaux et qu’il fait partie d’un regroupement autour d’une fraction du PS appelée Gauche populaire[21]. S’il tape dur sur la bourgeoisie de gauche de centre-ville, c’est pour mieux l’alerter sur les effets électoraux désastreux de sa politique pro-bobos. Pour Guilluy, la question est de savoir qui va représenter les classes populaires, « blanches » en premier lieu. Le FN est pour lui « un péril fasciste qui n’existe pas »[22] et par ailleurs nous avons vu que ce n’était pas un vote raciste mais simplement « autochtone ». Mais il voudrait tout de même que le PS « prenne conscience qu’il existe un espace considérable pour qui souhaiterait répondre à la demande de protection des classes populaires ; une demande qui revêt une dimension sociale mais aussi culturelle »[23]. Répondre à une demande, voilà une définition de la politique selon Guilluy, fabriquer un « récit protecteur » qui les « replace au cœur d’une histoire nationale »[24], comme le candidat Sarkozy a su le faire en 2007. Siphonner les voix du FN en reprenant des slogans tels que « La France, on l’aime ou la quitte » qui appartiennent au répertoire des identitaires de droite, voilà ce que Guilluy propose comme nouveau cours pour le PS et ses alliés, menacés selon lui de disparition.

Il n’est pas très étonnant dès lors que Fractures françaises soit d’abord lu et cité à droite. Il correspond à ce que l’on a appelé la ligne Buisson, du nom du conseiller de Sarkozy qui a influencé les campagnes présidentielles de 2007 et 2012. S’il est un parti politique qui a visiblement un problème de positionnement électoral vis-à-vis du FN, c’est bien l’UMP, et les partisans de la ligne Buisson continuée comme Éric Zemmour ont fait du livre leur vadémécum, au point que ce dernier cite le nom de Guilluy, en l’écorchant, dans presque un numéro sur deux de Ça se discute sur la chaîne i-Télé. Mais tel n’est pas en fait l’objectif de l’auteur. En mettant de côté l’aspect biographique et sa jeunesse chevènementiste, Guilluy laboure avec opiniâtreté son sillon « idéologique », pour reprendre ce terme qu’il utilisait dès 1996, et s’adresse à la gauche, et plus précisément à la gauche de gouvernement, au PS, et reste très à distance de Mélenchon ou de l’extrême-gauche. Le tribun du Front de gauche est pour lui inconsistant dans sa critique de la mondialisation, puisqu’il refuse d’en envisager la composante « culturelle », à savoir « identitaire », et donc de parler aux « blancs » en tant que « blancs », de les protéger contre l’immigration-invasion reléguante. Le NPA est carrément décrit comme ayant adopté un cours identitaire pro-immigrés sous l’influence d’une gauche « islamo-gauchiste »[25], et échoué. Cela fait sans doute référence à l’affaire de la candidate voilée aux élections régionales de mars 2010, et exagère franchement l’influence sur ce groupe trotskiste de ces autres identitaires de gauche dont nous parlerons plus loin. Lutte ouvrière a disparu des écrits de Guilluy en même temps que de la scène électorale, ce qui est une autre preuve du fait que son intérêt est centré sur celle-ci.

Guilluy n’est pour autant pas un commentateur médiatique ou un sondeur, même s’il partage avec eux une vision statistique et marketing de la politique en terme de « demande », et de « récits ». Il ne s’agit pas du tout pour lui d’articuler les principes d’une politique d’émancipation qui serait au cœur de l’organisation autonome des classes populaires « blanches ». Une telle organisation politique autour de la race est, nous le verrons, la thématique en miroir des Indigènes de la République, qui se pensent eux en opposition radicale au « pouvoir blanc ».  Et si Guilluy fait référence à des pratiques de base, spontanées, c’est à propos du football[26], qu’il signale lui-même comme étant le lieu de tensions raciales[27], et ce, juste après avoir mentionné des échauffourées à enjeu racial dans le nord et l’est de la France en 2009 et 2010. Mais cette violence spontanée n’intéresse Guilluy que dans la mesure où elle donne à voir les « tensions communautaires » dans les « zones de contact » du périurbain, aux frontières du « séparatisme ». Même s’il conclut son livre par un appel au peuple : « La question est désormais de savoir si cette "contre-culture", qui s'élabore par le bas, pèsera demain dans le débat politique », l’auteur consacre tous ses efforts à critiquer les choix des bourgeois de gauche de centre-ville comme s’il voulait en raisonner certains. Plaider aux côtés de petits pontes socialistes pour une « gauche populaire », c’est entériner le fait que le premier secrétaire du PS, bourgeois métis ou non, reste un personnage de pouvoir à la tête d’une structure qui compte encore. Or il faut bien faire tourner la petite entreprise de conseil de Guilluy, passer des contrats avec des bailleurs, des maires, etc., pour leur dire où ils en sont de la dégradation de « l’autochtonie » de leurs électeurs. C’est donc de ce point de vue de classe, depuis un bureau de la rue de Solferino où on l’écoute avec plus ou moins d’intérêt, qu’il faut entendre et comprendre son discours :

« Faut-il alors en conclure que « la question sociale » n'est pas au centre des préoccupations des catégories populaires ? Évidemment non, la question des revenus et du travail est au contraire de plus en plus prégnante. Le problème est que contrairement à ce qu'imaginent les technocrates, on ne peut répondre à la question de l'insécurité sociale sans la connecter à la question de la mondialisation libérale et à l'instabilité culturelle qu'elle génère. Les milieux populaires sont bien confrontés à une nouvelle précarisation sociale mais aussi aux défis d'une nouvelle société mondialisée et multiculturelle. En abordant la question sociale comme on le faisait dans les années 1970, la gauche montre qu'elle n'a pas pris la mesure d'une "insécurité culturelle" qui frappe l'ensemble des couches populaires d'origine française ou immigrées. »[28]

 Ce que Guilluy voudrait, c’est concurrencer le discours des autres conseillers, des « technocrates » à la Aquilino Morelle, faire comprendre à la gauche de gouvernement qu’elle doit se reconnecter avec les classes populaires, et surtout les « blanches », toujours majoritaires quoique reléguées, en leur donnant du récit national protecteur. Et de là viennent plusieurs questions. La première est celle de savoir si la gauche de gouvernement actuelle vit vraiment dans les années 1970, ou si elle pratique depuis les années 1980 un libéralisme de plus en plus brutal affectant en priorité les classes populaires, comme Guilluy le décrit lui-même longuement dans son livre. De quelle gauche parle-t-il donc ici ? Peut-être plus de Montebourg et Mélenchon, et de ce qu’il appelle leur « protectionnisme chic » face à la mondialisation, sans contenu « culturel », c’est à dire anti-immigration. Car il semble bien que, pour le reste, le PS ait depuis longtemps abandonné le discours, les théories et les pratiques des années 1970.

La seconde question, plus fondamentale, est de comprendre comment le discours de Guilluy fonctionne avec l’air du temps, avec l’idéologie dominante qu’il désigne lui-même comme telle. En comparant le paragraphe que nous venons de citer avec les phrases de la fin de l’entretien de 2008 (la « question culturelle et identitaire vient se surajouter à la question sociale, sans qu’elle disparaisse, mais comme tout le monde donne l’impression d’avoir renoncé à y répondre, on se concentre de plus en plus sur les enjeux identitaires, ethniques, religieux, culturels »), on voit comment l’auteur a radicalisé son propos. Tout le monde, même lui, a renoncé à répondre à la question sociale en tant que telle, et donc il accompagne ce mouvement en devenant spécialiste de la question identitaire de gauche, version « blanche » et gouvernementale. Mais ce que Guilluy promeut est-il si foncièrement différent de la réalité ?

Gauche réelle et immigration

La pratique du pouvoir par le PS — au gouvernement dix-sept ans sur les trente-trois années écoulées depuis le 10 mai 1981 — a-t-elle été si pro-immigration que les électeurs du FN veulent bien le croire ? Force est de constater que les luttes des immigrés pour l’égalité ou le droit au séjour jalonnent cette période d’alternance droite-gauche. Ceux de gauche qui militent à leurs côtés le savent aussi : le PS n’est pas, loin s’en faut, si différent de la droite avec qui il échange régulièrement les rênes du ministère de l’Intérieur. À en croire le Gisti[29], les pratiques sont sensiblement les mêmes derrière les déclarations politiques, et ce de plus en plus clairement avec les années. Dans la même période où Guilluy radicalisait son discours « idéologique » pour arriver à en faire un véritable discours anti-immigration, car c’est finalement bien là le fond de l’affaire, la gauche de gouvernement n’a cessé de glisser vers la droite sur cette question comme sur les autres.

Mais que veulent véritablement les prolétaires « blancs » relégués qui votent FN ? Comment regonfler leur « autochtonie » ? Comment rétablir leur « privilège blanc » perdu, puisque c’est au fond ce dont parle Guilluy, qui ne cesse d’avancer des chiffres sur le remplacement des populations les unes par les autres, sur des majorités qui deviennent minorités, etc. Ici se font jour des logiques que nous allons essayer d’expliquer plus loin en recherchant assez profondément dans l’histoire du continent européen, car notre hypothèse est qu’elles dépassent le cadre de l’Hexagone. Quelques évidences cependant : ce qui se cache, à peine, derrière le vote FN, c’est une logique territoriale et raciale que l’on peut raccorder à la notion de purification ethnique. Estimer que le décompte « démocratique » des individus d’une population selon leurs « identités » peut servir de base à la recomposition du pouvoir dans la zone considérée est une idée en fait relativement récente. Une idée plus vieille que les référendums qui ont précédé l’atroce guerre civile en Yougoslavie, mais pas vraiment plus que la Première Guerre mondiale, et qui mérite d’être analysée dans toute sa complexité, ce que nous allons tâcher de faire dans un chapitre spécifique.

Ce que Guilluy définit comme étant la réaction légitime et rationnelle des prolétaires « blancs » face à la violence du multiculturalisme, dont on a compris qu’il s’agissait de la simple présence des immigrés, c’est en vérité une sorte de rollback, une volonté de reprendre le terrain perdu, un peu comme ces « rapatriés » d’Algérie qui se définissent comme des « repliés ». Le fantasme de pas mal d’électeurs du FN, ce sont des bateaux pleins de « crouilles » et de « macaques » qui abandonnent les HLM et les usines aux « blancs » à qui elles appartiendraient. On peut essayer d’euphémiser tant qu’on veut ce type de délires criminels, c’est pourtant bien cela que contiennent les logiques identitaires. La situation telle qu’elle a été gérée par la droite et le PS depuis trente ou quarante ans serait devenue insupportable aux prolétaires « blancs », qui veulent non plus du contrôle aux frontières ou des centres de rétention, mais des rafles et des camps, une véritable évacuation. C’est cela qu’ils entendent lorsque le FN parle en langage policé « d’inversion des flux migratoires ».

Or ces fantasmes et leur violence sont bel et bien liés à la violence sociale dont sont victimes tous les travailleurs depuis des décennies, « mais comme tout le monde donne l’impression d’avoir renoncé à y répondre, on se concentre de plus en plus sur les enjeux identitaires, ethniques, religieux, culturels ». Le Guilluy de 2008 indiquait avec lucidité qu’un renoncement politique collectif se trouvait à l’origine de cet effondrement vers l’identitaire, qui l’affectait également, du reste. L’incapacité du PS au gouvernement en 1981-86 à « changer la vie » et la démonétisation du PCF sont sans doute, pour rester à un niveau de compréhension historique hexagonal, des causes massives de la décrédibilisation de la gauche et de la politique d’émancipation collective. On pourrait même ajouter que l’échec est plus étendu, plus partagé si l’on y ajoute celui de la composante « sociale » du gaullisme que représentait la campagne de Jacques Chirac en 1995 sur la « fracture sociale ». Les discours « sociaux » suivis de l’absence totale d’effet réels sur les problèmes sociaux criants dûs à la mondialisation libérale ont effectivement ouvert le champ au FN et à son discours identitaire, mais non pas parce que droite et gauche auraient failli sur le social et auraient été en plus tolérants avec l’immigration. On pourrait plutôt se poser la question de savoir si ce n’est pas plutôt la continuité affichée entre les politiques de Charles Pasqua, Jean-Louis Debré et Jean-Pierre Chevènement qui a en partie validé les thématiques anti-immigrés du FN.

La « France d’en bas » et son identité

Lorsque Guilly affirmait en 2008 « La solution pour la gauche n’est bien sûr pas de plonger à l’extrême droite »[30], il se plaçait dans une aporie, sur l’air de « Comment faire de l’identitaire sans faire du FN ? ». À partir de 2010, son discours est clairement passé du côté de l’identitaire, prenant la fameuse question culturelle des « blancs » au sérieux, au premier degré. Critique des chercheurs enfermés dans la métropole et les banlieues immigrées, qui ne s’intéressent plus du tout à ses prolétaires relégués, il devient leur porte-parole. Face à un PS déconnecté et donneur de leçons, Guilluy devient une sorte de caisse de résonnance du vide politique dans lequel se retrouvent les classes populaires du début du 21ème siècle. Et perdu dans ce vide, saisi par les sophismes du paradigme identitaire, il finit par confondre les effets et les causes, les constructions récentes, « idéologiques », et la substance réelle attribuée aux individus qu’il croise. En 2012, quelques jours après le 1er tour de la présidentielle, il assène :

« Je pars d’en bas, c’est-à-dire des classes populaires. Or en partant d’en bas, on croise forcément la question identitaire. Soit on part en courant parce que quelqu’un vous a dit qu’il n’aimait pas les immigrés, soit on essaie de comprendre… »

« On est encore dans la condescendance, comme quand on dit "Ben c’est parce qu’ils regardent trop TF1". Après il ne faut pas écarter le racisme, on ne peut pas le nier. Mais il faut quand même réfléchir à ce que sont les flux migratoires et ce que ça suggère comme instabilité culturelle. »[31]

Le racisme est désormais pour lui une donnée identitaire du prolétaire « blanc », une essence « forcément » présente. Pour éviter la condescendance, il choisit de s’embarquer avec ses relégués et de justifier leur racisme en donnant du « il faut réfléchir ». Entre comprendre pourquoi de plus en plus de travailleurs votent pour un parti raciste, et attribuer une essence identitaire à des « blancs », il y a une différence de nature. Ce sont deux démarches intellectuelles totalement différentes, qui n’ont aucun lien logique entre elles. Entre comprendre pourquoi et comment un alcoolique bat sa femme et justifier ses actes en lui assignant une identité de poivrot, il y a une différence essentielle. Guilluy a glissé du statut de chercheur à celui d’idéologue identitaire.

 


[1] « Municipales : les bobos vont faire mal », Libération du 8 janvier 2001.

[2] « Arlette et Le Pen, incarnations du peuple », Libération du 25 mars 2002.

[3] Libération du 1er octobre 2003.

[4] « Lutte de places », Vacarme n°42, janvier 2008.

[5] Sur l’atmosphère au sein du PCF sur ces questions, on lira à profit l’article d’Étienne Balibar de mars 1981 « De Charonne à Vitry », repris dans Les frontières de la démocratie, La Découverte, 1992.

[6] « Le camp démocrate piégé », Le Monde du 25 septembre 1996.

[7] Fractures françaises (2010), Champs-Flammarion, 2013, p. 7.

[8] Idem, p. 8.

[9] Idem, p. 9.

[10] Idem.

[11] Paru d’abord en 2010 chez un éditeur relativement modeste (François Bourin), et victime de son succès au point d’être indisponible, le livre a été repris en poche par un grand éditeur (Flammarion) en 2013, dans une collection, Champs, qui lui confère un statut de livre de référence qui sera constamment réédité.

[12] Matinée de France Culture du 14 décembre 2011, entretien en compagnie de Hervé Algalarrondo du Nouvel Obs qui venait de publier La gauche et la préférence immigrée chez Plon.

[13] Zemmour et Naulleau, Paris Première, 14 avril 2012.

[14] Brochure publiée aux Etats-Unis à la fin des années 1960 au sein de l’association Students for a Democratic Society, contenant deux textes de Noel Ignatiev et TheodoreW. Allen et repris dans plusieurs livres.

[15] Voir par exemple les thématiques de Les féministes blanches et l’Empire, de Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani-Belkacem, La Fabrique, 2012.

[16] Fractures françaises, p. 141-167.

[17] Idem, p. 152.

[18] Idem, p. 159.

[19] Fractures françaises, p. 183.

[20] Idem, p. 184.

[21] Voir son intervention dans le recueil Plaidoyer pour une gauche populaire, sous la direction de Laurent Baumel et François Kalfon, Le bord de l’eau, 2011.

[22] Fractures françaises, p. 173.

[23] Plaidoyer pour une gauche populaire, p. 56.

[24] Fractures françaises, p. 179.

[25] Idem, p. 177.

[26] Vacarme n°42.

[27] Fractures françaises, p.166.

[28] Fractures françaises, p. 175-176.

[29] Groupe d'information et de soutien des immigrés, www.gisti.org

[30] Vacarme n°42.

[31] Slate, 27 avril 2012. 

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"Guilluy a glissé du statut de chercheur à celui d’idéologue identitaire"

 

Merci pour cette analyse critique fouillée d'une figure du néoconservatisme "de gauche", Germinal!

 

Par contre, le texte de Yann Kindo sur "l'islamo-gauchisme", cité positivement dans les commentaires, mêle confusément au moins deux plans : 1) une critique juste du paternalisme para-colonial de non-musulmans occidentaux qui font l'islam, de manière essentialiste, "la religion des opprimés", qui serait par là-même incriticable; et 2) la dénonciation illégitime, lorgnant vers un intégrisme laïcard, de la candidate à foulard du NPA aux régionales de 2010 en Avignon, comme si on ne pouvait pas porter un foulard et être anticapitaliste, féministe et laïc! Voir mon texte "Le NPA, le foulard et l'émancipation : avec Ilham Moussaïd", 12 février 2010, Mediapart.

 

Quant au Parti des Indigènes de la République, ses provocations répétées demanderaient une analyse critique et nuancée, dont j'espère pouvoir fournir un essai dans quelques semaines pour le site libertaire Grand Angle.