Qui pouvait croire les chiffres chinois après 30 ans de mensonges sur le sida ?

Alors que les médias français commencent aujourd’hui même à rapporter que les chiffres annoncés par la Chine sont douteux, il est temps de prendre conscience que ce sont bien ces mêmes autorités, qui ont menti avec obstination sur le sida, qu’il faudrait croire aujourd’hui sur la mortalité réelle du Covid-19.

À la fin des années 90, j’étais membre d’Act Up-Paris, et luttais contre l’épidémie de sida en tentant de défendre les droits des étrangers malades[1]. À cette époque, il était clair pour les activistes, et pour ceux qui voulaient bien les écouter, que les autorités de différents pays mentaient effrontément sur la situation de l’épidémie de sida au sein de leurs populations. Un des exemples les plus frappants était, et demeure, le mensonge persistant du ministère de la Santé chinois sur le nombre de personnes séropositives HIV et le nombre de morts chaque année. Une rapide recherche sur le Web apporte des éléments probants et recoupés[2]. Les autorités chinoises minimisent vraisemblablement en les divisant par 10 les contaminations et les décès, depuis des décennies. Cela, des milliers d’activistes de la lutte contre le sida le savent, depuis tout ce temps. Leur lutte pour les droits des malades à la vérité des chiffres, à la prise en charge et aux traitements, lutte qui a été menée d’abord contre la passivité ou la cécité volontaire de toutes les autorités sanitaires du monde, leur a appris à ne pas prendre pour argent comptant les déclarations des officiels de la santé, nationaux ou internationaux. La confiance réciproque entre les activistes de la lutte contre le sida et les autorités de santé a mis du temps à se construire, beaucoup de temps, et beaucoup de gens sont morts dans le processus. Cette confiance ne s’est jamais établie avec les autorités chinoises, qui continuent de mentir face à l’évidence.

Alors que les médias français commencent aujourd’hui même à rapporter que les images de files d’attente devant les crématoriums de la ville de Wuhan ne semblent pas correspondre au nombre de morts dus au covid-19 annoncés par la Chine pour tout son territoire, il est temps de prendre conscience que ce sont bien ces mêmes autorités de santé, qui ont menti avec obstination sur le sida, qu’il faudrait croire aujourd’hui sur la mortalité réelle de ce nouveau coronavirus. C’est absurde, et la situation en Espagne et en Italie le montre bien. L’OMS, dont le directeur a été nommé avec l’appui massif de la Chine, continue de répercuter des éléments d’information fournis par un ministère de la santé qui ment depuis trente ans sur une autre épidémie. En France, une femme médecin a admis qu’elle avait envisagé l’impact de l’épidémie à venir dès janvier-février, mais que malgré son titre de ministre de la Santé, elle n’avait pas pu faire valoir son point de vue, ni empêcher la tenue du premier tour des élections municipales en pleine envolée des contaminations[3]. On pourra établir très simplement la responsabilité de ceux qui ne l’ont pas écoutée en mesurant la mortalité chez les assesseurs des milliers de bureaux de votes, dans quelques semaines, par rapport à celle du reste de la population.

Ce sera peut-être l’occasion d’une nouvelle affaire du type de celle dite du « sang contaminé », mais comme à cette époque, il faudra essayer de penser au-delà des responsabilités individuelles, qui sont une affaire de justice, pour tenter d’agir politiquement et de défaire ce qui rend possible de telles tragédies, comme le ridicule goût du faux secret des cercles du pouvoir, en France comme ailleurs. Ce que cache ce secret des décisions gouvernementales, c’est que les décisionnaires n’en savent pas plus que le grand public, et parfois sont moins intelligents que lui dans leur compréhension de ce que la presse leur indique, particulièrement sans doute lorsqu’elle n’écrit pas en français. Le 27 janvier 2020, j’ai fait circuler autour de moi un article du New York Times rapportant que les médias sociaux chinois étaient saturés de vidéos terrifiantes d’agonisants et de morts, accompagnées de mises en cause des autorités autour de leurs mensonges[4]. Ces vidéos disparaissaient les unes après les autres, renforçant l’idée qu’elles posaient un réel problème au pouvoir, qui les censurait au fur et à mesure, mais avec retard devant le nombre. Il n’y avait pas besoin d’être un expert de la santé publique pour comprendre ce qui se passait. Il suffisait de se rappeler l’histoire récente et les mensonges du gouvernement anti-démocratique de la Chine sur le sida pour prendre la mesure de ce qui était en train d’arriver, commander en masse des masques, et surtout des respirateurs artificiels. Mais comme l’a avoué le Docteur Buzyn, rien n’a été fait. Pourquoi, comment, telles sont les questions auxquelles le pouvoir français aura à répondre, mais encore une fois pas pour achever de détruire la carrière politique de tel ou telle, mais pour que nous puissions réfléchir aux moyens de ne plus laisser la santé publique, la santé de tous, entre les mains de quelques-uns. Et cela vaut pour beaucoup plus que juste la santé, mais aujourd’hui la santé, la vie, nous fait redécouvrir le vrai sens du mot démocratie.

 

[1] Voir par exemple https://www.lemonde.fr/archives/article/2000/12/02/l-epidemie-de-sida-frappe-plus-les-etrangers-que-les-francais_3715056_1819218.html

[2] Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Sida_en_république_populaire_de_Chine

[3] Voir https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/17/entre-campagne-municipale-et-crise-du-coronavirus-le-chemin-de-croix-d-agnes-buzyn_6033395_823448.html

[4] Voir https://www.nytimes.com/2020/01/27/technology/china-coronavirus-censorship-social-media.html

 

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