Femmes tunisiennes: persévérance jusqu'à la victoire

Du printemps à l’hiver ? Non. Le 26 juillet, le parlement tunisien a adopté le projet de loi contre les violences faites aux femmes. Historique !

Petit rappel : tout a commencé en Tunisie le 17 décembre 2010 mais on parle de « printemps ». Le monde arabo-musulman est devenu le théâtre de soulèvements populaires et de révolutions auxquels observateurs et commentateurs « court-termistes » impatients se sont empressés de  donner le qualificatif de « printemps arabes ». Croyaient-ils aux miracles ? Ignoraient-ils vraiment la pluralité, la complexité, l’hétérogénéité des pays de cette partie du monde ?

A peine sept ans plus tard, on déchante et on parle d’hiver. La déception est grande et les espoirs de démocratie sévèrement refroidis. On se focalise, avec raison, sur le chaos provoqué par Daech et son « pseudo-état » islamique,  résultat collatéral  inattendu de l’opération  un peu partout dans le monde musulman et en Occident. Répressions au Yémen, guerre interminable en Syrie, le « bordel » en Lybie et son incidence sur le phénomène migratoire….  les dégâts sont immenses, les pertes en vies humaines innombrables. Quel gâchis et que d’espérances brisées!

Echec total ou espoir renaissant?

Nul ne sait, même si les analyses et leurs interprétations se multiplient. Certains continuent à espérer tel le journaliste franco-tunisien Zyad Limam   » …, on peut juger en bloc et se détourner du chaos. Ou s’accrocher aux indices positifs… Les idées du printemps sont là. Elles se diffusent…Une génération formée par les révolutions est là, elle reviendra sur le devant de la scène… L’Europe, si tant est qu’elle ait encore vraiment une pensée extérieure devrait massivement soutenir cette frontière sud si proche et si essentielle »

Les femmes qui ont  participé, nombreuses, souvent en première ligne, à ces révolutions, se sont emparées des réseaux sociaux pour émettre leurs revendications égalitaires. Bien malin qui réussira à les en priver.

En Tunisie, elles n’ont pas échoué. Comme le suggère  le communiqué de presse suivant :

Strasbourg, 31 juillet 2017

Le Conseil de l’Europe prêt à aider la Tunisie avec sa nouvelle loi contre les violences faites aux femmes

http://bit.ly/2webCnw 

Depuis que le Parlement tunisien a adopté la semaine dernière une nouvelle loi contre les violences faites aux femmes, le Conseil de l’Europe se tient prêt à faciliter sa mise en œuvre.

« Nous nous félicitons de l’adoption de cette loi qui constitue un pas en avant considérable, tant pour la Tunisie que pour l’ensemble de la région, s’agissant de faire cesser les violences faites aux femmes », a déclaré William Massolin, Chef du Bureau du Conseil de l’Europe en Tunisie.

Le défi que représente la lutte contre les violences faites aux femmes est une priorité pour le Conseil de l’Europe, en particulier depuis l’entrée en vigueur en 2014 de sa Convention d’Istanbul, traité unique en son genre visant à prévenir de telles violences, à poursuivre les auteurs et à protéger les victimes.

Le Conseil de l’Europe poursuivra sa coopération avec la Tunisie pour l’assister dans sa mise en œuvre de la nouvelle loi, en tenant compte des normes établies par la Convention d’Istanbul et de l’expérience pertinente des Etats membres confrontés à des problèmes analogues.

La loi tunisienne adopte une approche d’envergure pour lutter contre le problème, avec notamment des mesures préventives, des services de police et des parquets spécialisés, la création d’un institut national pour lutter contre les violences faites aux femmes, et des services d’assistance juridique pour les victimes.

Grâce à ses nombreux accords de coopération avec la Tunisie, le Conseil de l’Europe travaille quotidiennement avec le gouvernement et la société civile pour mettre à leur disposition ses compétences spécialisées en matière de défense des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit. 

Un « partenariat de voisinage » entre la Tunisie et le Conseil de l’Europe

La commission européenne pour la démocratie par le droit dite commission de Venise, organe consultatif du Conseil de l’Europe (CoE), est composée d’experts indépendants en droit constitutionnel. Née en 1990 , suite à l’effondrement de l’Union soviétique, elle avait pour mission de fournir une assistance juridique aux pays de l’Europe de l’Est dans leur transition démocratique.Quand les Etats et leurs gouvernements sont désemparés, maladroits, impuissants ou que leurs intérêts primordiaux sont ailleurs l’Europe a un rôle à jouer.

Depuis, de 18 états-membres du CoE, à l’origine, elle est passée à 61  (les 47 Etats membres + 14 Etats non européens dont la Tunisie depuis 2010).

Forte de l’appui du CoE, la Tunisie s’est dotée d’une nouvelle constitution en janvier 2014. Puis, elle a organisé des élections parlementaires et présidentielles, tout à fait réglementaires, fin 2014. Transition démocratique réussie ! On peut l’ espérer tout aussi contagieuse que la révolution née ici et qui s’est propagée dans les pays voisins, même si elle n’a pas toujours accouché de tous les effets attendus.

L’Histoire ne se fait pas du jour au lendemain… C’est une affaire de long terme, évidemment.

Gervaise Thirion

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