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Billet de blog 10 sept. 2017

FERNAND LEGER.LE BEAU EST PARTOUT. A ne rater sous aucun prétexte.

La rétrospective Fernand Léger, évènement phare de l’année anniversaire des 40 ans du Centre Pompidou (Beaubourg) est présentée à Metz jusqu’au 30 octobre prochain. En Lorraine ! Incroyable mais vrai !

Gervaise THIRION
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Le dernier grand « remembrement » qui vient d’accoucher des nouvelles régions ne s’est pas fait sans polémiques, on s’en souvient. Et la « pauvre » Lorraine, s’est retrouvée incluse, à l’insu de son plein gré, dans la nouvelle Région Grand-Est. Elle ne fut pas forcément bien acceptée par ses voisines (Alsace et Champagne-Ardenne) beaucoup mieux dotées qu’elle et, par conséquent, un peu méprisantes à son égard.

Il est bon de rappeler que c’est la ville de Metz a qui été choisie comme première expérience de décentralisation d’un établissement public culturel (le Centre Pompidou-Paris). Pourquoi pas Strasbourg ou Nancy ? ou Pétaouchnoque?

C’est sans doute le résultat d’habiles tractations politiques à l’époque, mais il ne faut pas négliger le fait que sa proximité avec le Luxembourg, la Belgique et l’Allemagne est un atout majeur et fait d’elle un carrefour culturel à prendre sérieusement en compte.

Pompidou-Metz, une réussite esthétique.

Centre Pompidou-Metz. Photo Eurolatio

Destiné à accueillir des expositions d’art moderne et contemporain, sous toutes ses formes, le bâtiment en lui-même vaut déjà le détour. Cette prouesse architecturale est un lieu superbe que l’on peut admirer tant de l’extérieur que de l’intérieur. Le volume impressionnant de sa grande nef permet de montrer des œuvres de grande taille impossibles à exposer à Beaubourg.

Les trois immenses galeries superposées en quinconce sont trois espaces d’exposition qui offrent également trois points de vue différents sur la ville de Metz.

Ajoutés à cela, des jardins, des terrasses, un studio de création, un auditorium, un restaurant etc… Tout est prévu pour y passer un moment plus qu’agréable.

Didactisme et beauté ne sont pas forcément antinomiques.

Cet « écrin » abrite actuellement une remarquable exposition consacrée à Fernand Léger. Deuxième excellente raison d’y aller.

La mise en scène, concoctée par Ariane Coulondre, Conservatrice au Centre Pompidou, rend la visite aussi émouvante qu’instructive. Un agencement judicieux de salles, abritant chacune un thème, permet de retracer cinq décennies de création. On assiste au choc des contrastes de formes et de couleurs si cher à l’artiste. Les pièces majeures du peintre, monumentales et colorées, sont là comme des jalons de son parcours artistique . Une centaine de documents et tableaux  (« La Noce« , « La couseuse« , « éléments mécaniques« , « les disques dans la ville« , « le mécanicien« ..) sont offerts à la vue du public. Tout ceci grâce au prêt exceptionnel effectué par le Centre Pompidou et de grandes collections publiques et privées internationales.

C’est l’occasion unique de (re)découvrir cette grande figure de l’avant-garde au demeurant très rarement montrée. A souligner la présentation des œuvres dans les trois langues européennes les plus usitées (français, allemand, anglais).

Les constructeurs, 1950. Photo Eurolatio.

Fernand Léger : Un peintre dans la cité.

 » Il n’y a pas le beau, catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur le mur blanc d’une cuisine, aussi bien que dans un musée » (F. Léger 1923)

De son expérience de fraternité dans les tranchées pendant la première guerre mondiale (la partie de cartes 1917) à son adhésion au parti communiste en 1945 (les constructeurs 1950) son désir était de faire entrer l’art dans la vie quotidienne et de permettre à tous « de jouir pleinement des nouveautés plastiques que leur offre l’art moderne »

La Partie de cartes, 1917. Photo Eurolatio.

Peintre cubiste, « tubiste »(L.Vauxcelles) , engagé, communiste. C’est ce que l’imaginaire collectif a retenu pour l’essentiel. Fernand Léger était bien plus que çà !

« Parfois réduit à quelques images lisses entrées dans la culture visuelle populaire , il appartient aujourd’hui au panthéon moderne, sans être aussi clairement identifié que Matisse, Picasso ou Duchamp. Car la figure de Léger résiste aux catégories… » Ariane Coulondre

Un artiste multiple et transdisciplinaire

L’exposition met en lumière, sous un angle nouveau, les multiples facettes de l’artiste. Elle révèle un touche-à-tout génial, témoin des mutations de son époque. Ouvert au spectacle du monde et de la société en plein essor, il s’est intéressé à bien d’autres domaines que celui de la peinture. Le cinéma, le cirque, la danse, la poésie, la photographie , l’architecture, le monde industriel… l’ont attiré.

Cette immense curiosité lui a permis de tisser des liens serrés avec les plus grands noms de la création : Le Corbusier , Charlotte Perriand, Abel Gance, Darius Milhaud, Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire… Fabuleuse époque !

Il a peint des décors et imaginé des costumes pour les ballets suédois, réalisé des films, illustré les textes de poètes  (Liberté de Paul Eluard), expérimenté la céramique et même composé des vitraux pour l’église du Sacré Cœur d’Audincourt (Doubs), lui le communiste !

Vitrail pour l’église d’Audincourt. Photo Eurolatio.

On prend la mesure de sa dimension internationale à la découverte des nombreux extraits de lettres et de textes qui dressent la cartographie de ses nombreux voyages en France ou à l’étranger.

Toujours soucieux de développer des relations et des collaborations, Fernand Léger enseigna, pendant trois décennies, au sein de différentes écoles et à l’Académie de l’Art Contemporain, son propre établissement ouvert en 1933. Il entraînait même ses élèves dans des réalisations collectives. Ils sont des centaines à avoir fréquenté son atelier tels Maria-Elena Vieira da Silva, Louise Bourgeois, Nicolas de Staël, Aurélie Nemours…

De Verdun à Metz

Plus qu’une « expo » classique de tableaux, la rétrospective Fernand Léger illustre la vie et l’oeuvre d’un homme singulier et libre.

C’est  à Verdun, dans les tranchées, qu’il exécuta ses premiers dessins. Non loin de là, c’est à Metz qu’il est enfin exposé. Retour en Lorraine dans cette région marquée par l’histoire industrielle qui l’a tellement fasciné et inspiré. On ne pouvait faire mieux.

Gervaise Thirion

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