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Billet de blog 19 oct. 2017

Naître fille ou garçon, a-t-on le choix? Et naître « intersexe»?

« Promouvoir les droits humains et éliminer les discriminations à l’égard des personnes intersexes » Le Conseil de l’Europe y travaille et l’Assemblée parlementaire vient de consacrer une séance à l’étude de l’excellent rapport de la Commission sur l’égalité et la non-discrimination, exposé par le député Piet De Bruyn (Belgique)

Gervaise THIRION
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’objectif est triple : Lever un tabou. Reconnaître que l' »intersexuation » n’est ni une pathologie, ni une aberration mais un phénomène naturel. Mettre fin aux pratiques traumatisantes de « normalisation » et réparer les erreurs.

En avril 2015 Nils Muiznieks, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe publiait un document thématique intitulé « Droits de l’homme et personnes intersexes » :

« Les européens sont encore très peu sensibilisés au vécu douloureux des personnes intersexes et aux violations des droits de l’homme auxquelles ces personnes doivent faire face. En raison des préjugés et des normes qui reposent sur la classification binaire féminin-masculin, des nourrissons intersexes subissent des interventions chirurgicales et des traitements médicaux non nécessaires et il règne dans la société un climat d’incompréhension. Il est temps de s’atteler à résoudre cette situation inacceptable » Tout est dit ! Mais encore…

Ce qu’il faut savoir

Chaque jour, des enfants naissent avec un corps dont les caractéristiques sexuelles ne sont pas exclusivement masculines ou féminines. La nature fait ce qu’elle veut ou ce qu’elle peut… Il est difficile de connaître le chiffre exact de ces personnes intersexes. La différence, l’étrangeté étant souvent sources de sentiment de honte, s’installent alors le secret et le mensonge sous la pression sociale.

La dernière évaluation date de 2016, elle émane des Nations Unies : Il y aurait environ 1,7 pour cent de personnes intersexes dans le monde. On ne peut parler de partie négligeable.

Une terminologie précise

Le terme « intersexe » fait débat tant il est difficile de trouver le mot le plus neutre possible. Rien à voir avec l' »hermaphrodisme », mot un temps utilisé, mais qui ne reflète pas la réalité biologique. Hermaphrodite, personnage de la mythologie grecque, était pourvu des organes sexuels à la fois mâles et femelles pleinement fonctionnels, ce qui n’est pas le cas des personnes intersexes.

Les militants intersexes rejettent tout autant les qualificatifs empruntés par le corps médical qui parle de « troubles », d' »anomalies », de « désordres » donc de « défauts » à corriger.

Il s’agit seulement de « variations des caractéristiques sexuelles » expression purement descriptive. Cependant les termes « intersexe » ou « intersexué » restent les plus couramment employés même par les personnes directement  concernées.

Une affaire de biologie

Il existe une infinie variété de situations mêlant les caractéristiques sexuelles primaires (chromosomes, gonades, hormones, organes génitaux externes,…) et les caractéristiques sexuelles secondaires (seins, barbe, masse musculaire…). Toutes les combinaisons sont  possibles, multiples et inattendues. En tout cas, bien loin du « paradigme de la normalité ».  La personne intersexe n’est ni complètement femme, ni complètement homme, mais un être humain tout naturellement. l’Organisation internationale des intersexués (OII) a été créée en 2003 pour revendiquer l’égalité des droits sans être obligé de choisir.

En parler pour que les choses changent

Le sujet est peu ou mal connu, et, on le sait bien, l’ignorance et la méconnaissance ouvrent toujours la porte aux préjugés et aux discriminations.

Pendant des décennies, des parents mal informés, démunis, ont été persuadés d’avoir mis au monde des « monstres » non conformes aux standards. S’en remettant au seul avis de médecins également mal informés, ils ont permis  des opérations chirurgicales intrusives et irréversibles sur le corps de leurs nourrissons. Ils ont accepté pour eux des  traitements hormonaux dévastateurs. Les personnes intersexes naissent, comme tout le monde, pour la plupart en excellente santé. Des interventions sans aucune utilité thérapeutique ont été pratiquées, dans l’urgence, au lieu d’attendre que ces enfants deviennent suffisamment matures pour participer à la décision.

Des années cinquante à maintenant combien d’enfants ont été victimes de ces « mises aux normes » traumatisantes ?

Vers la fin des années 1990 des personnes intersexes ont commencé à témoigner des lourdes conséquences physiques et psychologiques que ces méthodes de (ré)assignation sexuelle ont eu sur leur vie d’adulte : infections chroniques, cicatrices douloureuses, déséquilibres hormonaux, ostéoporose, troubles dépressifs…  Et la révélation d’exemples célèbres tels que la mannequin belge Hanne Gaby Odiele a permis un début de sensibilisation de l’opinion publique.

Hanne Gaby Odiele mannequin des grandes maisons de couture

Arrêter d’urgence les dégâts.

Au niveau international, il est désormais reconnu que ces pratiques sont contraires aux normes des droits de l’homme.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et six autres agences des Nations Unies ont dénoncé une atteinte à l’intégrité physique et prôné le recours à un consentement libre et éclairé

En 2007 un groupe de 29 éminents experts en droits de l’Homme venus de 25 pays de tous les continents a posé « les principes de Jogjakarta » concernant l’application du droit international aux questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre.  Le principe 18 concerne la « protection contre les abus médicaux »

Plusieurs Etats européens ont déjà légiféré sur la question. Malte est le pays le plus avancé dans le domaine, viennent ensuite la Suisse et l’Allemagne. Le Portugal est en phase d’élaboration d’une législation calquée sur celle de Malte.

En mars 2017 le sénat français a rendu public un rapport réclamant une étude sur les préjudices causés par ces pratiques et la mise en place d’une indemnisation des victimes.

La cause avance à pas mesurés. Il reste encore des détails épineux à régler pour que les personnes intersexes obtiennent la reconnaissance juridique de leur identité de genre.

Cela ne peut se faire qu’avec une plus grande prise de conscience des responsables politiques, de la société civile et des professionnels de santé.

Gervaise Thirion

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