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Billet de blog 7 juillet 2024

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Lettre ouverte au président Macron

Cette lettre plaide en faveur des droits légitimes du peuple palestinien pour une paix réelle négociée avec l'état d'Israël, sur un pied d'égalité. En condamnant à la fois les crimes de guerre de tous ordres.

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Lettre ouverte au Président Emmanuel Macron


Ma double appartenance (citoyenne française d’origine syrienne) m’incite aujourd’hui à vous écrire comme j’ai écrit au Président François Hollande, avant la destruction de la prestigieuse ville d’Alep, ma ville natale. Ma double culture, arabe et française, me rappelle toujours que j’ai des devoirs à assumer à l’égard de ma culture d’adoption où, depuis 1969, j’ai fait des recherches en Lettres françaises modernes, bâti une carrière dans l’enseignement, développé mon art de pianiste-compositrice et assumé des engagements associatifs.
Avec mon camarade de classe à la faculté de Lettres à Damas, devenu plus tard mon mari, nous avons choisi de quitter la Syrie parce que nous la voyions devenir de plus en plus la proie de prédateurs qui s’acharnaient à piétiner les droits et les valeurs dont a bénéficié notre génération grâce à une courte période démocratique (de 1946 à 1958) construite et élaborée par des hommes et des femmes de l’indépendance. Des hommes et des femmes en France aussi valeureux oeuvrent sans cesse afin de consolider notre démocratie et de l’assainir en veillant sur ses acquis. Or, Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans le savoir, qu’un grand nombre de citoyen.es français.es dont nous sommes, ont surtout voté pour vous afin de sauver l’Europe de ses détracteurs qui souhaitent anéantir le rôle important de la France dans sa construction. Une Europe qui, pour un grand nombre d’entre nous, est nécessaire, voire indispensable, surtout pour conjurer les conséquences graves qu’a eu la deuxième guerre mondiale sur l’Humanité entière. Nous sommes convaincus que cette Europe doit se distinguer de tous ses alliés par sa volonté infrangible de respecter le droit de tous les peuples à disposer d’eux-mêmes, pour construire leur destin dans la liberté et la dignité sans discrimination aucune entre un peuple syrien, ukrainien ou palestinien. Cette Europe doit pouvoir dire « non, tu te trompes » à un pays allié, comme elle a le devoir de discerner entre alliance et aliénation.
Monsieur le Président, si le 1er novembre 2016, j’avais écrit au Président François Hollande pour la Syrie, aujourd’hui je m’adresse à vous pour la Palestine. Je vous prie d’excuser la longueur de ma lettre, car les informations partielles qui laissent dans l’ombre certains faits ou certaines réalités génèrent souvent des jugements partiaux.
Tout pays du Moyen-Orient entraînera forcément dans sa chute les autres pays de la région. Leur destin commun n’est pas une fatalité aveugle, car à travers les siècles, dans la solidarité comme dans l’adversité, il s’est tissé entre eux des liens inextricables.
Depuis 1948, Israël ne s’est pas implanté en Palestine en ami, mais en ennemi arrogant et hostile. Comme tout colonisateur, il a construit son existence sur des mythes qui reviennent en force à chaque fois qu’il se heurte à la volonté ou à la résistance du peuple colonisé. Israël avait beau ignorer l’existence des Palestiniens en les expulsant, les massacrant ou en les assiégeant, il s’est toujours heurté à un peuple enraciné depuis des siècles sur la terre de Palestine, à un peuple qui a construit des villages et des cités, mais surtout une civilisation et une culture qu’il continue à transmettre à ses enfants et petits-enfants même en exil.
Israël avait beau construire des villages sur des villages palestiniens et des cités sur des cités palestiniennes, il n’a jamais pu empêcher des consciences israéliennes, comme celle de la réalisatrice Rachel Mezrahi1, de faire un documentaire avec des cartes géographiques à l’appui démontrant
1 Les figues de barbarie ont-elles une âme ? Documentaire 1987.
comment depuis 1948, plus de 500 villages palestiniens ont été occupés, transformés et baptisés avec un nom israélien. Israël avait beau prétendre fertiliser le désert, il ne pouvait faire oublier à ses voisins syriens qu’ils se sont toujours délecté d’oranges venant de Jaffa et qu’ils appelaient « oranges yafaouies ».
C’est dans cette même logique de négation d’un peuple, de son histoire et de sa mémoire que nous avons vu les dirigeants israéliens refuser tout d’abord d’appeler le peuple colonisé par son vrai nom en choisissant de parler d’ « Arabes » à chaque fois qu’il s’agissait de Palestiniens. Enfin, Ariel Sharon décide de casser l’OLP en usant de mille stratagèmes machiavéliques dans le but de réduire l’autorité palestinienne à néant et de prétendre par la suite que son seul interlocuteur est le Hamas islamiste. D’ailleurs, le glissement dans les médias en Occident de l’Islam à l’Islamisme est pratiqué allègrement aussi bien que l’amalgame entre islamisme et terrorisme. Il y a encore quelques années, lorsqu’on parlait des trois religions monothéistes, on disait le judaïsme, le christianisme et l’islam. Aujourd’hui, si les deux premières religions sont souvent écartées du champ analytique des médias, l’islamisme est accusé de tous les maux depuis plus de vingt ans. Ainsi, après que les colonisateurs se sont acharnés à oublier la Palestine, c’est l’appartenance culturelle des Palestiniens à l’arabité que les Israéliens ont essayé d’enterrer.
Israël a donc oeuvré sciemment à transformer le conflit entre colonisateurs et colonisés en un conflit religieux entre Juifs et Musulmans. Hamas, et non le peuple palestinien, est tombé dans le piège en oubliant souvent dans ses discours que ses frères et soeurs palestinnien.es de culture chrétienne, eux et elles aussi, se font décimer et expulser par l’Etat d’Israël. Eux et elles aussi luttent pour leur survie à Gaza et dans les territoires occupés, eux et elles subissent toujours les conséquences tragiques d’une colonisation qui détruit sous leurs yeux leur histoire et leur patrimoine.
Monsieur le Président, avant d’entrer dans d’autres considérations pour lesquelles nous avons pris la décision de vous écrire cette lettre, nous tenons, après avoir posé ces quelques jalons, à dissiper le moindre malentendu sur un sujet fondamental même s’il y a, et il y aura certainement entre nous des points de désaccords. Nous ne sommes pas les seuls à considérer que tuer des civils et en enlever d’autres est un crime de guerre que rien ne justifie et que toute nation, tout individu engagé dans un conflit armé a le devoir de respecter scrupuleusement ce principe. Hamas a donc commis un crime de guerre en tuant des civils israéliens et en en prenant d’autres comme otages. Ceci étant, est-il nécessaire de dresser une liste dénombrant les crimes commis par Israël contre les civils palestiniens depuis 1948 ? Gédéon Levy, une conscience israélienne rare, en a toujours régulièrement parlé dans le journal Haaretz. Que dire enfin des crimes inqualifiables contre les civils palestiniens auxquels se livre Israël depuis le 7 octobre 2023 ?
Nous n’allons sciemment pas vers les réseaux sociaux, mais nous regardons les chaînes télévisées françaises, Euronews, la BBC, CNN… Nous lisons aussi régulièrement la presse écrite française et parfois britannique et américaine. Quel silence assourdissant autour de ces crimes flagrants perpétrés quotidiennement par Israël ! Seule Al Jazira arabe couvre les événements 24/24H, seule France 24 arabe essaie aujourd’hui de nous informer sur l’élimination programmée d’un peuple. Ce silence coupable a été pratiqué tout le long de la tragédie syrienne. Un silence qui a permis au grand criminel Bachar El Assad de se donner à coeur joie au massacre de son peuple et au démantèlement de la Syrie avec ses alliés aussi criminels que lui, c’est à dire la Russie de Poutine, l’Iran des mollas et leurs milices dont le Hezbollah libanais. Bachar El Assad a réussi à éliminer tous les journalistes
nationaux et internationaux et c’est la raison pour laquelle nous avons senti le devoir d’écrire notre livre « Pour que le Moyen-Orient retrouve la paix »2. Le silence des médias permet le mensonge et la falsification de la réalité, c’est pourquoi Israël comme Bachar El Assad, s’est employé à tuer un bon nombre de journalistes bien avant le 7 octobre et un nombre plus grand après cette date. Netanyahu, comme Bachar El Assad, détruit des hôpitaux, des écoles, des marchés, des mosquées et des églises, en prétendant que des terroristes s’y cachent. Le silence et le mensonge ont donné une couverture sans précédent à un des plus grands criminels de guerre comme Bachar El Assad et ils sont en train de procurer la même couverture à un autre criminel de guerre, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu.
Lorsque la volonté d’un peuple qui aspire à la liberté et la dignité n’est pas respectée ou lorsqu’elle est plutôt férocement réprimée, il en résulte toujours de la violence. Une violence qui une fois déchaînée, est toujours difficile à endiguer car elle exprime une colère meurtrière, suicidaire ou les deux à la fois. Nous tenons à formuler cette précision : nous n’avons guère le droit de donner des leçons à la résistance palestinienne, car nous ne sommes pas et nous ne serons jamais à la place des Palestiniens, étant donné que nous n’avons pas enduré ce qu’ils ont toujours enduré en expulsions, dépossessions, tueries, arrestations, tortures et humiliations… Ceci étant posé, nous pouvons dire que parmi les Palestinienn.es que nous connaissons et parmi ceux et celles qui ont toujours défendu leur cause, nous sommes nombreux.es à avoir préféré à la lutte armée une lutte pacifiste organisée qui aurait fini à la longue par briser la volonté meurtrière d’Israël venu occuper un pays qui n’est pas le sien un pays qui avec ses voisins aurait accueilli en son sein tous les Juifs qui ne souhaitaient plus vivre en Europe après avoir subi les horreurs de la shoah. Pour ne citer enfin que quelques aberrations concernant l’installation d’Israël en Palestine :
1) La non-consultation du peuple palestinien pour la création d’Israël. Cette grave responsabilité n’incombe pas seulement aux Juifs de l’Occident ni uniquement au projet sioniste, mais aux Occidentaux qui ont confirmé par leur signature la légitimité de cette occupation comme si cette terre portant le nom de Palestine n’avait jamais appartenu à son peuple qui y vit depuis des siècles. Cette réalité n’a pas besoin d’être confirmée ni infirmée car toute cette région était sous l’autorité de l’Empire ottoman, mais une fois libérée de cette autorité, la Palestine serait restée la Palestine, comme la Syrie est restée la Syrie, même si celle-ci a dû lutter contre le projet Sykes-Picot dont le but était de la démanteler en mini-Etats confessionnels et ethniques ;
2) Deuxième aberration : Israël s’installe en Palestine sur une terre qui n’est donc pas la sienne et exige d’être légitimement reconnu par les Palestiniens que lui-même n’a jamais reconnus.
3) Avec la même arrogance, Israël exige de tous les pays arabes une reconnaissance inconditionnelle de sa légitimité.
4) Depuis 1948, des régimes arabes militaires, totalitaires ou monarchiques, au lieu de soutenir le peuple palestinien dans sa lutte pour son autodétermination, se sont employés, avec une démagogie révoltante, à livrer aux enchères la cause palestinienne en l’instrumentalisant, toujours dans le but de servir leurs propres intérêts.
5) La lâcheté des régimes occidentaux, premiers signataires à l’ONU (Etats-Unis, Union Soviétique, Grande Bretagne et France) de l’accord qui a permis à Israël de s’installer en Palestine et qui, au lieu de reconnaître l’injustice commise à l’encontre des Palestiniens et
2 Publié chez l’Harmattan, 2019.
s’atteler à la réparer, prennent le parti de défendre inconditionnellement Israël, même si celui-ci use et abuse de la liberté éhontée de désobéir systématiquement à toutes les résolutions de l’ONU. Nous ne sommes pas dupes bien entendu de la duplicité de l’Union Soviétique qui se prolonge aujourd’hui avec celle de la Russie qui, il y a quelques années et avec une complicité cordiale de la Grande Bretagne et d’Israël, a réussi à convaincre le Président Barak Obama de ne pas attaquer Bachar El Assad pour son utilisation des armes chimiques contre son propre peuple. Bachar El Assad livre donc une partie de ces armes meurtrières à ses complices pour tromper Obama et continue par ailleurs à utiliser à maintes reprises ce qu’il a pu en garder contre le peuple syrien. La seule explication que pouvait donner les Syriens à cette ingérence dans les affaires de leur pays, est d’être confirmé dans le fait que Bachar El Assad n’a jamais représenté le moindre danger pour Israël et que ce mythe stipulant que le régime syrien fait partie d’un « front de refus » est tombé en miettes. Ainsi, l’impunité de Bachar El Assad comme aujourd’hui celle de Netanyahu est consacrée.
Monsieur le Président, qui se souvient aujourd’hui de ce qui se passait à Gaza et dans les Territoires Occupés depuis l’installation du dernier gouvernement Netanyahu ? Gaza n’est pas seulement depuis plusieurs années une prison à ciel ouvert, mais sa population, bien avant le 7 octobre et après de nombreuses guerres qui lui ont été livrées par Israël, essaie toujours de survivre, avec fierté et dignité, à des conditions inhumaines dans lesquelles on la maintient et ce, qu’elle soit d’accord ou pas avec ses dirigeants, car un peuple qui résiste aussi longtemps ne pourrait être complice ou otage de ces derniers, mais il le fait surtout parce qu’il aspire à une liberté et à une justice qu’il a perdues et qu’il tient absolument à retrouver. Depuis Ariel Sharon, l’Etat d’Israël, en usant de stratagèmes démoniaques, a cherché à casser l’autorité palestinienne dans le seul but de n’avoir à traiter qu’avec un interlocuteur comme Hamas. D’ailleurs c’est pour cette même raison qu’Israël occulte les Chrétiens de Palestine, sans oublier de détruire leurs églises et de décimer leurs familles. Les territoires occupés sont quotidiennement sujets depuis ces dernières années à des attaques de colons contre les civils palestiniens : jets de pierres contre les voitures et les fenêtres de maisons provoquant parfois des morts et des blessés, des tirs à balles réelles entraînant souvent la mort de Palestiniens... Les colons, toujours protégés par la police ou l’armée israéliennes envahissent régulièrement la Mosquée d’Al Aqsa ou son esplanade. Ils leur arrivent souvent d’interdire aux Musulmans palestiniens d’aller prier dans leur propre mosquée. Aujourd’hui, pendant cette dernière guerre, l’armée israélienne contrôle ouvertement tous les Musulmans qui souhaitent se rendre à Al Aqsa pendant le mois de ramadan. Enfin, n’oublions surtout pas les crachats fréquents des colons sur les prêtres chrétiens. Comment définir tout cela, Monsieur le Président ?
Monsieur le Président, nous sommes de plus en plus convaincus qu’Israël n’aurait jamais osé aujourd’hui tuer, assoiffer et affamer les Palestiniens de Gaza comme il le fait si les peuples arabes qui se sont soulevés depuis 2010 contre leurs tyrans au pouvoir avaient été soutenus dans leurs aspirations à la démocratie. Si des régimes démocratiques s’étaient installés dans la région du Proche-Orient et du Maghreb, Israël n’aurait jamais essayé de normaliser ses relations avec les pays arabes, avant de présenter un plan de paix concret dont le résultat est la reconnaissance du peuple palestinien avec son histoire, sa culture et son Etat aux frontières sûres et inaliénables. Privilégier l’intérêt des peuples à celui de leurs tyrans qui ne peuvent se maintenir au pouvoir sans livrer leur pays à toutes sortes de prédateurs, était le devoir des pays occidentaux. Ceux-ci en tournant le dos aux peuples arabes qui aspiraient à la liberté et à la dignité, ont pratiqué le
séparatisme dont vous accusez souvent les citoyens français d’origine arabe et/ou musulmane. Or, le séparatisme pratiqué par des personnes qui n’arrivent pas à trouver leur place dans notre société française n’est-il pas moins condamnable qu’un séparatisme fondé sur une vision discriminatoire qui oublie souvent que les valeurs universelles de nos démocraties occidentales, incessamment célébrées, ne pourraient être bonnes pour nous et mauvaises voire inutiles pour les autres ?
La France, les pays européens et les Etats-Unis auraient dû s’attaquer aux racines de l’antisémitisme, au lieu de payer leurs citoyens juifs en culpabilité. Jean-Paul Sartre, Hannah Arendt ont commencé à le faire, mais cela n’a pas été suffisant puisque l’antisémitisme continue à sévir et les réponses que lui donnent nos sociétés européennes se cachent derrière une culpabilité aveugle qui empêche de construire une citoyenneté basée sur la fraternité, l’égalité et la liberté. L’antisémitisme3 a ainsi pris un sens étriqué, sinon quel intérêt a-t-on en Europe et aux Etats-Unis d’oublier que les Arabes sont aussi « sémites » et sont aujourd’hui souvent plus discriminés que les Juifs ? Comment peut-on ignorer que les « sémites » israéliens, depuis 1948, n’ont pas cessé de discriminer les « sémites » palestiniens ? Comment se fait-il qu’en Europe et aux Etats-Unis, l’arabophobie et l’islamophobie soient si invisibles et que le fait même d’en parler soit considéré comme suspect alors que critiquer les agissements de l’Etat d’Israël à l’égard des Palestiniens depuis 1948 soit souvent sévèrement jugé et traité d’antisémitisme ?
Déshumaniser le peuple palestinien en le méprisant, l’expulsant, le massacrant et en falsifiant son histoire est-il autre chose que du racisme, de la xénophobie ou une autre forme hideuse de l’antisémitisme ?
Ce qui anime les Israéliens depuis le 7 octobre est-il autre chose que de la vengeance ? Pour neutraliser ceux qui plaidaient pour la peine de mort, Robert Badinter les a accusés avec raison d’être « assoiffés de vengeance ». Lui, en refusant la mise à mort d’une seule personne, même criminelle, a changé le visage de la France, mais que dirions-nous alors de l’assassinat de tout un peuple innocent de la manière la plus féroce, au vu et au su des plus puissants de ce monde ? Après tous ces crimes commis par Israël, y compris celui de l’assassinat programmé de plusieurs journalistes et même de leur famille, comment les grandes puissances vont-elles continuer à justifier leur soutien inconditionnel à ce pays ? Depuis quand le droit de se défendre donne à un pays le droit d’assassiner impunément tout un peuple ?
Le sionisme n’est-il pas une idéologie comme le marxisme ? Pour quelles raisons a-t-on le droit de critiquer l’un et pas l’autre ? Dans son livre Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron, Dominique Vidal vous en fait en 2018 une réponse d’une clarté éblouissante. Les Israéliens qui ont prétendu tout d’abord que l’idéologie sioniste est laïque ont glissé sans subtilité aucune, vers une idéologie religieuse qui revendique l’Etat d’Israël comme un Etat juif. Ce qui impliquera, si cela se réalise, une discrimination légale de tous les non Juifs et notamment les Palestiniens, dont un million et demi au moins vit en Israël et porte la nationalité israélienne. Si la guerre entre colonisateurs et colonisés devient définitivement une guerre de religion, ces Palestiniens israéliens seront inévitablement menacés d’expulsion et pourquoi pas d’extermination ?
3 Le « sémitisme » est un terme instrumentalisé par des idéologies politiques.
Le plus beau visage de l’Humanité s’est exprimé à travers des manifestations en faveur des Palestiniens à Berlin, à Londres, à Washington, à New York, à Paris, à Djakarta, à Kuala Lampur… Curieusement, les peuples arabes ont bougé tout d’abord, mais ont cessé toute protestation par la suite, car ces peuples, depuis que leurs révolutions ont été écrasées dans le feu et le sang, ont été brisés. De plus, plusieurs régimes arabes vont interdire à leurs citoyens de manifester de peur que ces manifestations redeviennent le terreau d’autres révolutions.
Ne pensez-vous pas, Monsieur le Président, qu’il est urgent de soutenir Palestiniens et Israéliens à bâtir un avenir commun dans la paix, en les encourageant à faire partie d’un ensemble de pays moyen-orientaux et maghrébins, démocratiques et fédérés comme l’avaient rêvé les hommes et les femmes de l’indépendance syrienne ?
Des personnalités comme Gisèle Halimi ont oeuvré pour construire cette France où nous avons choisi de vivre. Notre joie en tant que militante féministe de voir la loi pour l’IVG s’inscrire dans la Constitution est grande, car après l’effervescence des années 70, notre génération a connu de nombreuses régressions. C’est pourquoi la Constitution, même si elle risque toujours d’être violée par un régime fasciste, pourrait protéger des lois indispensables aux libertés des femmes de disposer de leur propre corps.
D’autres personnalités, comme Hannah Arendt, Einstein, Freud et Proust, ont eu le courage et l’honnêteté de formuler clairement certains désaccords avec le projet sioniste. Plus tard d’autres, comme Arthur Rubinstein ou Stéphane Hessel, ont tenu à exprimer leur souhait de voir Palestiniens et Israéliens vivre ensemble dans la paix, l’entente et l’harmonie. Pourquoi ce rêve partagé par un bon nombre d’Israéliens, de Palestiniens, d’Arabes, d’Occidentaux, d’Africains et d’Asiatiques, ne serait-il pas encore possible aujourd’hui ? Ne sommes-nous pas toutes et tous, ici et ailleurs, partout dans le monde, concernés par le règlement de ce conflit, comme nous le sommes par celui entre les Russes et les Ukrainiens ?
Madame la juge Monique Chemillier-Gendrau, une autre conscience française, nous a toujours rappelé que le peuple Palestinien n’a jamais bénéficié jusqu’ici du droit inaliénable de tout peuple à l’autodétermination. Un agent de renseignement israélien ne lui a-t-il pas dit assez récemment : « Nous avons besoin d’une autorité tierce qui nous éclaire sur nos propres erreurs afin de protéger les Israéliens d’eux-mêmes » ? Ceci ne nous engage-t-il pas à oeuvrer pour réunir des hommes et des femmes de bonne volonté venant de Palestine et d’Israël afin de nous sortir de cette impasse ? Ces hommes et ces femmes existent et ce sont eux et elles qui vont réussir ensemble à construire une paix réelle et durable. Eux et elles seul.es parviendront à sauver notre monde de la violence, de la guerre et du terrorisme. Au lieu de nous barricader derrière des murs qui seront de plus en plus infranchissables, ne pourrions-nous pas enfin comprendre que seule la justice dans son sens le plus exigeant et le plus noble pourrait enfin arrêter les hémorragies, panser les blessures et installer une paix aussi solide qu’inébranlable ?


Ghaïss Jasser
Citoyenne française d’origine syrienne.

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