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Billet de blog 14 octobre 2025

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La résistance unique du peuple palestinien

Les Palestinien·nes n’ont pas besoin de tuteurs, nombreux parmi eux/elles ont réussi brillamment tout ce qu’ils ont entrepris dans les pays qui les ont accueilli·es. Un grand nombre d’entre eux/elles peuvent aujourd’hui mettre fin à l’insoutenable souffrance de leur peuple en occupant des postes-clé de responsabilité.

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Son histoire est unique, son drame est unique, sa résistance est unique…

Les peuples arabes qui portaient dans leurs cœurs et leurs esprits la cause palestinienne sont réduits au silence. Ces peuples qui, quoique spoliés de tous leurs droits, descendaient dans les rues chaque fois que l’on mettait en cause l’avenir de la Palestine ou des Palestinien.ne.s, n’ont plus de voix. Des régimes arabes pourris ne s’agitent et ne discutent que pour durer : durer dans le déshonneur, durer dans la trahison, durer dans l’illusion de pouvoir encore s’abriter derrière le mensonge et l’horreur contre leurs propres peuples ou derrière un silence éhonté lorsque des peuples frères, et à leur tête les Palestiniens, subissent des horreurs.

La France et la Grande-Bretagne, premiers partisans de la naissance, de l’existence et de la promotion de l’Etat d’Israël, se débattent aujourd’hui avec mauvaise conscience pour prouver leur bonne foi :

  • N’ont-ils pas décidé avec l’Etat naissant « un plan de partage », sans consulter le peuple le plus concerné par ce plan, c’est-à-dire le peuple palestinien qui vit séculairement sur la terre de Palestine ? Or, Israël n’est pas partageur, car depuis 1948, il est arrivé en Palestine comme colonisateur qui occupe, chasse, spolie et tue, mais ne partage jamais. Son appétit n’a ni règle, ni limite. Le livre d’Ilan Halévi, « Sous Israël, la Palestine »[1], décrit de la manière la plus flagrante, le point de départ de la tragédie d’un peuple dont tous les droits sont spoliés et avant tout, celui de l’autodétermination.
  • Comment sommes-nous arrivés là ? Est-il vraiment étonnant que Donald Trump soit réélu par son peuple en novembre 2024 ? Etait-ce inattendu que le Rassemblement National (RN) en France gagne du terrain jusqu’à emporter un score inquiétant aux élections européennes ? Les citoyen.ne.s français.es qui ont élu le RN, ignorent-ils/elles que si ce parti envahit le Parlement européen, il fera tout pour casser l’Europe au lieu de l’assainir ? Tous les partis d’extrême-droite européens n’ont-ils pas d’ailleurs le même but ? Leur solidarité feinte ne les pousse-t-elle pas tout d’abord à détruire tout ce qui est construit autour d’eux pour que finalement ils se détruisent entre eux ? C’est ainsi que le RN peut muter sans état d’âme en transformant son antisémitisme nourri et clairement déclaré en soutien inconditionnel à l’Etat d’Israël. Tout cela est d’une simplicité déconcertante, car pour le RN, un bon Juif est un Juif parti s’installer loin de la France. Ce Juif israélien et éloigné devient à ses yeux d’autant plus précieux que ses chefs prennent aujourd’hui en charge de massacrer des Arabes qui s’accrochent à leur histoire, à leur terre, à leur nom… car si les Arabes qui vivent en France pourraient un jour rentrer chez eux/elles, le RN n’aurait-il pas accompli une partie de sa mission ? Enfin, même si l’on va nous accuser de diaboliser les partis d’extrême-droite en France et en Europe, ne faut-il pas voir clairement ce qui a favorisé leur épanouissement, voire leur effervescence ? La déliquescence de nos démocraties occidentales n’est-elle pas responsable de tout ce qui nous menace aujourd’hui ? Nous ne voulons pas jouer les Cassandre et dire que la troisième guerre mondiale est à nos portes ou qu’elle a même déjà bien commencé. Les conséquences tragiques de toutes les révolutions arabes, le soutien éhonté des Etats-Unis, de la Russie et de l’Europe de tous les régimes pourris du Moyen et du Proche-Orient, ont largement participé à cette débâcle. Une débâcle qui a permis hier à Poutine de bombarder et de détruire la Syrie et son peuple et aujourd’hui l’Ukraine et les Ukrainiens… Une débâcle qui va donner à Israël une carte blanche lui permettant d’accumuler les crimes perpétrés depuis son arrivée en 1948 contre les Palestinen.ne.s (expulsion, colonisation, et massacres), le tout soutenu par un refus catégorique d’obéir à toutes les résolutions de l’ONU et par une volonté de ne signer aucun accord de « paix réelle » avec les Palestinien.ne.s. Nous n’allons pas nous amuser à dénombrer les crimes commis par Israël depuis son installation en Palestine, car non seulement nous en avons déjà donné un aperçu dans nos articles précédents, mais beaucoup d’historien.ne.s, d’écrivain.ne.s, de journalistes, de romancier.e.s, de poète.sse.s palestinien.ne.s, l’ont fait avant nous et beaucoup mieux que nous. Enfin, lorsque Hamas commet le crime de tuer des civils et d’enlever des otages israélien.ne.s, le 7 octobre 2023, il donne à Israël un prétexte en or pour se déchaîner en montrant son vrai visage. Pourquoi ne pas en profiter pour réaliser enfin le rêve du « grand Israël » dont Netanyahou brandit la carte à l’ONU avant le 7 octobre ? Pourquoi ne pas traiter désormais ouvertement tous et toutes Palestinn.ne.s avec mépris et dédain et surtout avec racisme et discrimination ? Ces éléments étaient déjà disséminés dans le comportement, la pensée, la réflexion et le langage de presque tous les dirigeants israéliens. Pourquoi ne pas assimiler ces « animaux » qui ont commis le crime du 7 octobre à tous les Palestinien.ne.s ? Pourquoi s’empêcher de faire l’amalgame entre Hamas et tous les Palestinien.ne.s de Gaza et des Territoires Occupés ? Avec de tels arguments, soutenus par le régime fasciste de Netanyahou, n’est-il pas facile de massacrer, d’affamer et d’assoiffer toute la population de Gaza ? N’est-il pas simple aussi d’annoncer clairement la future annexion de tous les Territoires Occupés ? Armer les colons en protégeant leurs méfaits par l’armée israélienne, veiller à ce que leurs crimes restent toujours impunis, faire des arrestations arbitraires chez les Palestinien.ne.s, les chasser de chez eux/elles pour faire de leur appartement ou de leur maison des lieux où se pratiquent des interrogatoires, arracher leurs oliviers, saccager leurs récoltes et leurs arbres fruitiers, etc., tout cela n’est qu’un simple aperçu de ce qu’est devenue la vie quotidienne d’un.e Palestinien.ne des Territoires Occupés. Enfin, à Gaza, le travail de l’armée israélienne n’est jamais terminé : tuer 250 journalistes, brûler des hôpitaux en ciblant les médecins et le personnel soignant, bombarder des écoles, des marchés, des églises et des mosquées, détruire des bibliothèques historiques et des musées, en prétendant toujours que les bras armés de Hamas se cachent dans tous ces lieux en utilisant leurs citoyens comme boucliers humains. Gaza aujourd’hui est transformée en décombres et en spectacle de désolation auquel rien ne ressemble, sauf celui de la Syrie après le soulèvement du peuple syrien, lorsque Bachar Al Assad et ses milices irakiennes, l’Iran et ses milices libanaises, Poutine et son aviation russe, écrasent la révolution syrienne dans le feu et le sang. Les Gazaoui.e.s, affâmé.e.s et assoiffé.e.s, sont quotidiennement tués par balle lorsqu’ils/elles tentent d’accéder à une quelconque nourriture qui s’avère être plutôt un piège. Un très grand nombre de Gazaoui.e.s est toujours enterré sous les décombres parce qu’ils n’ont pas eu le temps ou la possibilité de fuir, malgré les soi-disant « avertissements » israéliens. Le génocide est confirmé par plusieurs tribunaux internationaux, mais Netanyahou nie tout. Non seulement, dit-il, il n’y a pas de génocide à Gaza, mais les Gazaoui.e.s ne sont ni affamé.e.s ni assoiffé.e.s. D’autres responsables politiques israéliens prennent le relais pour affirmer que si les enfants de Gaza ne sont pas encore des terroristes, ils le deviendront. Puis, ils répètent tous comme des perroquets que « ces gens », pour ne pas dire « Palestinien.ne.s » apprennent d’ailleurs à leurs enfants « de tuer du Juif ». Ainsi, l’instrumentalisation de l’antisémitisme a pour but de légitimer les crimes d’Israël et son terrorisme d’Etat en légitimant son impunité.
  • Aujourd’hui, Emmanuel Macron prend la décision de reconnaître l’Etat palestinien, alors qu’il ne reste plus une pierre sur laquelle cet Etat pourrait être construit. Cet acte nécessaire mais tardif est suivi par plusieurs pays européens. Un acte dont la formulation, selon nous, est absurde, car on ne reconnaît pas une entité qui existe déjà et ce, malgré tout ce que certains historiens, politiciens ou journalistes projettent sur la définition d’un « Etat », d’un « peuple » ou d’une « patrie ». Ces manipulations intellectuelles ont pour but de fausser les consciences et d’endormir les naïfs. La légèreté de Me Charlotte Gainsbourg, qui consiste à signer le texte contre la reconnaissance d’un Etat palestinien par Emmanuel Macron, l’indignation ô combien justifiée de Serge Halimi ne sont qu’une petite partie de l’iceberg qui cache toutes les élucubrations historiques, politiques, diplomatiques et intellectuelles faites contre les Palestinien.ne.s depuis 1948. Comment peut-on continuer à croire, à écouter ou à prendre au sérieux un Président des Etats-Unis comme Trump ? Comment est-ce possible d’engager des pourparlers avec un Président qui ne prononce jamais le mot Palestine ou Palestinien.ne ? Donald Trump accumule mensonges et atermoiements en soutenant inconditionnellement Netanyahou, en fermant les yeux ou en justifiant tous ses crimes, en lui envoyant régulièrement argent, armes et munitions. Trump ne devrait bénéficier d’aucune crédibilité auprès des Palestinien.ne.s, en particulier et des régimes arabes en général. « Il est le seul capable de faire pression sur Netanyahou », disent les uns, « c’est plutôt Trump qui fait ce que veut Netanyahou », disent les autres. Les deux arguments ont leur part de vérité, car quel avenir attend la Palestine et les Palestinien.ne.s, si les « accords d’Abraham » sont ratifiés ? La ville de Jérusalem appartient-elle à Donald Trump pour que celui-ci décide d’en faire la capitale d’Israël, comme il projette d’ailleurs de faire une riviera de Gaza ? Ce Moyen-Orient promu par Trump et Netanyahou ne sera guère radieux, mais plutôt sombre, déchiqueté et ravagé par les divisions religieuses, confessionnelles et ethniques. Dans ces conditions, les Palestinien.ne.s ne pourraient jamais conquérir leur droit à l’autodétermination, car il faudrait au moins qu’ils puissent vivre pacifiquement aux côtés d’un Israël débarrassé de son arrogance, de son projet inique – celui du « grand Israël » – aussi bien que sa folie de grandeur qui rêve dominer tout le Moyen-Orient en « sécurisant » ses frontières avec ses voisins, c’est-à-dire en occupant un autre morceau de la Syrie – après l’annexion du Golan offert par Trump à Netanyahou – un autre du Liban et en réduisant à néant tout autre pays de la région qui oserait contester son hégémonie. Dans ces conditions, le Moyen-Orient ne connaîtrait jamais la paix et Trump et Netanyahou auraient sciemment posé la première pierre de ce chaos organisé.
  • Nous étions en train de formuler ce triste et tragique constat lorsque nous avons vu à la télévision les manifestations spontanées et nocturnes qui déferlent dans plusieurs capitales et grandes villes européennes et dont le but est de contester l’action israélienne contre la flotte humanitaire, pacifique et internationale (50 nationalités) afin de casser le blocus de Gaza et porter secours aux Gazaoui.e.s. Cette mobilisation généreuse et cette volonté solidaire nous a redonné confiance en l’être humain. Nous avons eu la preuve pour la énième fois, que lorsque nous sommes conscients de défendre une cause juste, nous n’avons jamais le droit de baisser les bras. Nous avons surtout le devoir de rappeler que sans une véritable démocratie, installée dans TOUS les pays arabes, aussi bien qu’en Iran, qu’en Turquie et qu’en Israël, aucune paix n’est possible dans la région, que les révolutions arabes, déclenchées en Tunisie, puis en Egypte, en Lybie, en Syrie, au Yémen…, si elles n’étaient pas torpillées nationalement et internationalement, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Nous n’aurions pas vu Nasrallah du Liban, ni Hamas de la Palestine se jeter dans le giron des mollahs iraniens, nous n’aurions pas vu non plus cette triste accolade chaleureuse donnée par Mahmoud Abbas au criminel Bachar Al Assad, invité pour la première fois – après une rupture affectée, car les vraies raisons n’ont jamais été données – par la Ligue Arabe. Un Moyen-Orient solidaire et pacifié n’est possible que dans ces conditions, nous ne le dirons jamais assez.
  • Les Palestinien.ne.s n’ont pas besoin de tuteurs, nombreux parmi eux/elles ont réussi brillamment tout ce qu’ils ont entrepris dans les pays qui les ont accueilli.e.s. Un grand nombre d’entre eux/elles peuvent aujourd’hui mettre fin à l’insoutenable souffrance de leur peuple en occupant des postes-clé de responsabilité. Les Palestinien.ne.s ne se résument pas à Hamas, ni à Abbas, mais leur attachement à leur terre et à leur histoire, leur talent politique et intellectuel pourraient construire enfin une Palestine que nous avons toujours soutenue et aimée. Nous étions heureux/ses d’entendre des Palestinien.ne.s hautement estimé.e.s par les leurs, exprimer leur reconnaissance à ces peuples qui de par la terre et dans ces temps terribles, se sont mobilisés pour venir au secours du peuple palestinien en exprimant leur solidarité et leur fraternité.

[1] Ed. Le Sycomore, 1978.

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