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Billet de blog 16 janvier 2026

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OnlyFans, nouveau marché du désir ou autonomie narcissique ?

La plateforme met en scène un rapport maîtrisé à l’image et au regard. Chacun choisit ses limites, administre son exposition, transforme la reconnaissance en ressource et redéfinit son pouvoir sur le corps.

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Le choix comme point de départ

Contrairement à d’autres formes de travail sexuel historiquement marquées par la contrainte économique ou sociale, OnlyFans repose sur une logique d’initiative individuelle. Les créateurs choisissent d’entrer sur la plateforme, d’en sortir, de définir leurs limites. Ils décident du rythme, du contenu, du degré d’exposition, les endroits, les partenaires, les scénarii. Cette nouvelle autonomie transforme le rapport au corps. Celui-ci n’est pas cédé, ni confisqué. Il est comme un espace de décision, parfois de réappropriation. Pour certains, cette possibilité de choisir ce qui est montré, et ce qui ne l’est pas, constitue une expérience structurante.

Le corps comme espace souverain

Sur OnlyFans, le corps est proposé. Cette distinction est essentielle car elle déplace la question de l’exploitation vers celle de la gestion de soi.

La psychanalyse permet de penser le corps comme un lieu de souveraineté subjective. Se montrer peut relever d’un désir d’affirmation, de reconnaissance, parfois de réparation narcissique. Tant que le sujet reste en position de choix, il ne s’agit pas d’une aliénation, mais d’un usage de son image. Le créateur sait qu’il est regardé, mais il choisit quand, comment, et à quelles conditions. Le regard cesse d’être une effraction pour devenir un élément négocié. Cela peut soutenir le narcissisme, au sens structurant du terme, et non pathologique.

Une relation contractuelle

La relation entre créateurs et abonnés repose sur un contrat explicite. Il n’y a pas de promesse affective cachée, pas d’engagement implicite. Le cadre est posé d’emblée. Cette clarté peut être vécue comme protectrice, tant pour celui qui montre que pour celui qui regarde.Dans cette configuration, le risque de domination existe toujours, comme dans toute relation humaine. Mais il n’est pas structurellement inscrit dans le dispositif. Il dépend de la manière dont chacun s’y engage. Sur OnlyFans, le fantasme est entretenu, mais aussi tenu à distance. Il n’y a pas de passage à l’acte réel, pas de rencontre corporelle directe. Cette distance peut être vécue comme frustrante pour certains, mais aussi comme sécurisante pour d’autres.

Une sexualité contemporaine

La sexologie et la psychanalyse n’ont pas à qualifier ce phénomène en termes de bien ou de mal. Leur rôle consiste à comprendre ce que ces pratiques disent du rapport contemporain au corps. OnlyFans n’est ni un espace d’exploitation par nature, ni un idéal de libération. Il est un dispositif. Et comme tout dispositif il peut soutenir ou fragiliser selon les usages. Ce qui apparaît néanmoins clairement c’est que le sujet reste, dans la majorité des cas, maître de son corps et de son cadre. Cette réalité mérite d’être reconnue pour penser la sexualité contemporaine sans aucun préjugé.

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