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Billet de blog 20 janvier 2026

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Pourquoi le chemsex séduit-il ?

Entré dans le Petit Robert, édition 2026, le chemsex entretient un lien étroit avec une partie de la communauté LGBTQIA+, en particulier chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

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En réalité, il n’existe pas de « happy » ou de « unhappy » chemsexeurs. Il existe des personnes qui, à un moment de leur parcours, font usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel.Présenter la consommation de produits illicites comme un indicateur de bien-être complique la compréhension des situations et fragilise la prise en charge. Une approche centrée sur les usages, les contextes et les trajectoires permet un accompagnement plus juste.

Entré dans le Petit Robert, édition 2026, cette pratique entretient un lien étroit avec une partie de la communauté LGBTQIA+, en particulier chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Elle s’inscrit dans une histoire communautaire marquée par la recherche d’espaces de liberté, de reconnaissance et de sécurité. Dans d’autres contextes sociaux, les usages des substances suivent des logiques différentes. Ici, le produit s’articule directement à la rencontre et au lien.

La rencontre contemporaine repose sur la rapidité. La géolocalisation favorise l’instant. Le désir se formule en quelques mots. Le choix s’opère par sélection successive. Cette dynamique crée une grande disponibilité relationnelle, tout en fragilisant la continuité du lien. Beaucoup évoquent une succession de contacts, une intensité courte, puis un sentiment de vide. Le chemsex répond à cette expérience fragmentée par une recherche de continuité vécue dans le corps.

Les scènes de chemsex prennent des formes variées. Certaines rencontres réunissent deux personnes. D’autres se déploient à quatre, cinq, parfois davantage. Le groupe modifie la dynamique du désir, du regard et de la place de chacun. Plus le nombre augmente, plus la régulation individuelle devient complexe. Cette dimension collective participe à la sensation d’appartenance, avec une exposition accrue aux débordements et aux décisions prises « dans le mouvement ».

Les cathinones de synthèse (souvent 3-MMC, 4-MMC, parfois 2-MMC) reviennent fréquemment. Leurs effets associent stimulation, euphorie et désinhibition. La montée rapide encourage parfois la reprise. Le GHB et le GBL apparaissent souvent, recherchés pour leurs effets de détente, de désinhibition et de sexualisation de la relation. La frontière entre “dose recherchée” et “dose de bascule” reste étroite. Somnolence, pertes de mémoire, confusion, perte de conscience surviennent plus facilement, surtout en association avec d’autres dépresseurs. Cette zone grise pèse sur la question du consentement, et augmente la vulnérabilité.

Certaines scènes intègrent aussi la méthamphétamine (crystal meth) avec une stimulation prolongée et un effet sur l’endurance sexuelle, au prix d’un impact majeur sur le sommeil, l’humeur et la capacité de contrôle, surtout lors de sessions longues. D’autres produits apparaissent de façon plus variable, comme la kétamine (dissociation, altération du rapport au corps), la cocaïne (stimulation, impulsivité), parfois la MDMA. L’objectif reste souvent identique: intensifier la sensation de lien, soutenir la disponibilité, prolonger la scène.

Il devient aussi fréquent de croiser des produits “fonctionnels”. Le Viagra intervient pour soutenir l’érection dans des contextes d’épuisement ou de consommation prolongée. Les benzodiazépines peuvent servir à atténuer l’anxiété, faciliter le sommeil ou lisser la descente. Ces associations pèsent lourd. Elles augmentent les risques cardiovasculaires, respiratoires et cognitifs. Elles favorisent la confusion, les pertes de contrôle et les trous de mémoire. Avec GHB/GBL, le risque de sédation profonde augmente.

Les applications structurent ces pratiques. Sur Grindr, la recherche porte souvent d’abord sur les produits. Les codes circulent rapidement. La livraison au domicile de l’hôte s’organise facilement. L’espace privé devient le lieu de la rencontre, de la consommation et de la sexualité, sans médiation extérieure. Cette configuration facilite la répétition et l’installation d’habitudes.

Après l’intensité, un temps de retrait apparaît fréquemment. Fatigue, solitude, questionnements. Le lien vécu reste difficile à inscrire dans la durée. Pour certaines personnes, la répétition permet de maintenir une sensation de connexion et de repousser le retour au silence.

Dans l’accompagnement, l’enjeu consiste à comprendre ce que la pratique apporte. L’entretien motivationnel offre des repères utiles. Explorer les effets recherchés. Identifier les bénéfices ressentis. Mettre en mots les coûts physiques, psychiques et relationnels. Accueillir l’ambivalence comme un point d’appui. Cette posture favorise une parole plus libre et un engagement progressif dans le soin.

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