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Billet de blog 22 janvier 2026

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Donald Trump et le délire narcissique au pouvoir

Chasse aux étrangers, stigmatisation des personnes transgenres, violation d’un État souverain, fantasme de conquête et de colonisation. Tout cela porte un nom : Donald Trump. Le registre de la provocation s’arrête face à la réalité.

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Illustration 1

En 2017, une somme d’essais coordonnée par la psychiatre médico-légale Bandy X. Lee rassemble vingt-sept psychiatres et experts en santé mentale. Tous expriment une inquiétude majeure face aux comportements publics de Trump, qualifiés de « danger clair et présent ». Leur démarche repose sur l’observation de conduites répétées et de leurs effets politiques. La question posée concerne le risque, l’impact et la responsabilité du président american.

Plusieurs contributeurs décrivent un rapport profondément altéré à la réalité. D’autres évoquent un narcissisme pathologique prenant une forme politique. Pour ma part, et uniquement comme hypothèse lecture, j’avance la notion de délire narcissique, comprise comme une organisation psychique où le monde entier se plie à la toute-puissance du moi. En plus il n’ya pas présence de thiers symbolique.  Trump se définit comme « exceptionnel », « fantastique », « le plus grand », « un génie ». Cette inflation verbale dépasse la simple rhétorique. Elle traduit un besoin compulsif d’admiration, une intolérance extrême à la critique, un clivage rigide entre les « bons » et les « méchants », une absence d’introspection, un usage instrumental du mensonge et une réduction constante de l’autre à un objet.

À cet endroit, la lecture lacanienne apporte un éclairage. Chez Jacques Lacan, la disparition de la limite symbolique ouvre la voie à une position d’exception. Le sujet se vit hors de la loi commune, autorisé à dire et à faire sans médiation. La parole se confond avec l’acte. Le pouvoir cesse d’être un lieu de tiers pour devenir une extension du moi. Le réel envahit la scène politique sans filtre symbolique.

Cette configuration trouve un prolongement dans les considérations de M. Shnider, qui décrit chez Trump une recherche du sein maternel, pensée comme objet de clôture plutôt que de relation. Un sein qui permettrait de se passer du monde. Comme chez le très jeune enfant encore indifférencié de cet objet primaire, l’autre existe uniquement comme prolongement ou comme menace. Le rapport au pouvoir émerge comme une tonalité archaïque. Il est possible de faire politique comme un pincement sadique d’un bout du sein de la mère. Un geste qui supporte la vérification du contrôle. Provoquer, humilier, dominer servent à éprouver une toute-puissance infantile projetée dans l’espace public. Freud, dans Psychologie des foules et analyse du moi, décrit avec une précision le moment où une foule confie son idéal du moi à un chef. Le leader incarne une figure toute-puissante, libérée des contraintes ordinaires, autorisée à transgresser au nom du groupe. L’identification massive suspend la pensée critique. Le lien social se réorganise autour de l’affect et de la fascination. Mais quid des américains ? Dans cette perspective, la responsabilité engage le leader dans l’usage qu’il fait de sa position et de ses actes. Elle engage aussi la foule qui consent à l’identification, répète les mots, valide les passages à l’acte. On peut imaginer le contexte politique américain comme l’endroit dans lequel se rejoue une économie psychique collective, faite de projections, de clivages, de jouissance partagée mais vide de l’autre. Le monde cesse d’apparaître comme un espace symbolique commun. Les États se transforment en objets, les institutions en entraves, les minorités en surfaces de projection. Gouverner se confond avec une tentative de rassurance psychique.

Lorsque ce mode de fonctionnement rencontre les leviers d’un État, le fantasme individuel organise le réel collectif. On pourrait alos demander à la psychanalyse d’expliquer le réel,  penser la responsabilité, la fascination, rappeler qu’aucune société ne délègue son idéal sans en payer le prix.

D’un point de vue psychanalytique, Donald Trump fonctionne sur une logique de toute-puissance. Il se vit comme une exception. La limite lui apparaît comme une attaque personnelle. La contradiction prend la forme d’une trahison. Dans cette configuration, la réalité cesse d’agir comme repère commun. Le rapport à la vérité se façonne à partir de l’image de soi. Le rapport à l’autre s’organise alors sur un clivage strict qui voit d’un coté les amis et de l’autre les ennemis. Aucune autre issue ne trouve place.La limite institutionnelle, qu’il s’agisse de la justice, de la presse ou de la démocratie, prend la figure d’un obstacle. L’État devient une prolongation du moi, un espace destiné à confirmer une toute-puissance plutôt qu’à instituer un cadre commun.

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