Une manière instructive de perdre du temps : tenter de faire valoir un droit

La multiplication insensée des caméras de vidéos-surveillance me met mal à l'aise. J'ai voulu récemment faire valoir mon droit d'accès aux vidéo me concernant ainsi que d'assister à leur discussion. Cette aventure n'est pas vraiment Homérique, ni franchement utile, mais m'a procuré une certaine satisfaction. C'est pourquoi je la partage ici.

La vidéo-surveillance dans les grandes enseignes est clairement réfléchie. C'est en remarquant que, même dans le rayon condiment, j'étais dans le champ de vision d'une caméra, que j'ai saisi l'absurdité de la chose. Un vol de bocaux de cornichons me semble assez improbable, surtout que les cornichons de cette enseigne sont très mauvais.

En arrivant en caisse (sans cornichons), j'ai noté la disposition des cameras au niveau des caisses. Positionnées assez haut pour ne pas être vraiment visible, elles sont placées à intervalle régulier pour filmer chacune l'ensemble d'un rayon, les clients arrivants, etc... Evidemment, la sortie du magasin est également bardée de camera des deux cotés (intérieur et parking).

Tout ceci m'a paru quelque peu délirant. L'installation et le fonctionnement d'un tel système semble (instinctivement) plus coûteuse que les vols de cornichons et autres câpres.  Mais surtout, toutes ces vidéos me semblent disproportionnés en terme d'atteinte à la vie privée. Bien que ces vidéos ne soit en principe pas accessibles hors d'une procédure pénale, les lois d'accès pourraient s'assouplir, une fuite pourrait avoir lieu, une faille pourrait être découverte...

J'avais un vague souvenir qu'il y a un certain temps les affiches signalant les cameras précisaient que les personnes apparaissant avaient "un droit d'accès aux images les concernant et le droit d'assister à la destruction des vidéos les concernant au bout du délais imparti". Cependant je n'était pas vraiment certain que ce droit soit toujours d'actualité.

Evidemment, j'ai donc demandé poliment à la personne de la sécurité :

"-Bonjour monsieur, je souhaiterais exercer mon droit d'assister à la destruction des vidéos me concernant.

-Bonjour, je ne suis pas certain de comprendre votre demande.

-La loi prévoit que les personnes filmés dans l'enceinte d'un commerce ont le droit d'assister à la destruction des vidéos les concernant.

(c'était vraiment un dialogue cordial, je ne souhaitais pas l'ennuyer en particulier. Je pense cependant qu'il commençait à me prendre pour un emmerdeur)

-Très bien, si vous voulez attendre un peu je vais me renseigner."

Il se renseigna longuement, puis réapparu souriant. 

"-Les caméras ont été déclaré en préfectures, tout est en règle monsieur.

-Je ne doute pas une seconde que les caméras soient déclarés. Je souhaite appliquer mon droit d'assister à la destruction des video me concernant, ainsi que le prévoit la loi.

-J'ai eu la gendarmerie de XXX monsieur, qui m'ont dit que vous n'aviez pas le droit d'assister à cette destruction. Vous pouvez les appelez si vous voulez.

(je n'étais pas convaincu par cet argument mais il semblait raisonnable de l'accepter)

-Très bien, je vous remercie, il me semblait pourtant...

-A bientôt monsieur"

Suite à cet épisode un peu raté, j'ai effectué quelques vérifications sur des blogs juridiques récents qui m'ont amener à penser que j'avais en réalité bel et bien raison.  Le surlendemain j'ai donc téléphoné cette fois, et été mis en relation avec le directeur du magasin. La conversation était intéressante et fera l'objet d'un prochain billet.

Bisous

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