Contre la résignation : le devoir d'optimisme

J'utilise régulièrement un service de covoiturage, pour de longs trajets. Ces trajets permettent de vrais discussions avec des personnes très différentes. La politique en particulier, pas simplement d'actualité, mais sur l'idée que se font ces personnes de notre société. Plus que désintéressé, beaucoup de mes covoitureurs sont résignés. Je me permet ici quelques réflexions sur cette résignation.

Les raisons d'accepter l'injustice

La résignation, telle qu'elle est exprimée, semble venir de deux phénomènes distincts mais qui se complètent :

  • La constatation d'une extrême corruption morale aux plus hauts degrés des gouvernements
  • Une forme d'acceptation du capitalisme libéral comme "loi naturelle"

Ces deux phénomènes créent, à mon sens, une sorte de piège abscons dont il est difficile de sortir. En effet, la corruption morale des dirigeants politique, cherchant leurs bénéfices personnels en priorités, semble conséquence logique d'un libéralisme Darwinien pris comme loi naturelle.

Un mal nécessaire

Quand des ministres prônent l’austérité, la réduction des dépenses publiques, les renforcements des contrôles pour les allocataires du chômage, la "loi naturelle" du capitalisme libéral empêche toute critique de fond. Cette loi étant répété sur tout les ton, dans la grande majorité des médias, depuis si longtemps, qu'elle a finit par pénétrer en profondeur tout les esprits. 

Quand ces ministres détournent de l'argent public, utilisent leur position pour enrichir des entreprises privés dont ils viennent, recrutent des proches... Ils ne font finalement qu'appliquer les préceptes de la pensée individualiste libérale. Leur corruption morale est une forme de mal nécessaire.

Des hommes de qualité

Un dernier élément tient une importance considérable dans la résignation, le sentiment que les dirigeants méritent leurs place de dirigeants. Cet élément est également fondé sur l'acceptation d'une "loi naturelle".

Je veux parler ici de l'idée de "mérite personnel" et de "compétence". Les hauts dirigeants ne sont devenus hauts dirigeants que par une qualité spécifique, reçu à la naissance, faisant d'eux des personnes d'exception capable de s'élever au dessus de la masse et compétents pour la diriger (loi naturelle). L'omniprésence de leurs discours, repris par toute une partie du champ médiatique, créée une impression de consensus parmi les "sachants". Comment alors imaginer pouvoir aller contre un tel consensus?

Conclusion critique

Ce que j'expose ici ne reflète évidemment pas mon opinion. Il s'agit plutôt d'essayer de comprendre les raisons qui peuvent mener à la résignation. J'ai bien sûr conscience des importantes limites de cet exercice, je ne suis pas sociologue et il est tout à fait possible que je me trompe partiellement ou complètement.

Cependant je crois que le phénomène de résignation n'est pas une illusion qui n'existe que dans mon esprit. Même si les raisons évoquées ne tiennent pas la route, le phénomène en lui même semble assez saillant.

Je pense qu'un travail de reconstruction du possible est nécessaire. C'est ce que j'évoque par "devoir d'optimisme" dans le titre de cet article. Je reviendrais en détail sur cette idée dans un prochain billet.

 

 

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