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Billet de blog 1 oct. 2016

Discussion d'un interimaire avec son docteur (veridique), ou Respirer le cancer

Gil DELHOUME
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Chapitre 1, Janvier 2016

 _ Docteur, je ne viens pas pour ça, mais je tousse beaucoup.

_ Depuis quand?
_ Plusieurs semaines. Et comme on en parlait l'autre jour, je ne mets pas toujours le masque au travail.
_ A l'acierie?
_ Oui. Il fait trop chaud. On étouffe avec le masque.
_ Ah bon? (réponse feinte, ils disent tous pareil). Mais vous courez de gros risques
_ C'est sûr. Là où je travaille, c'est l'atelier le plus pollué de l'usine, le cœur du cœur de l'acierie. Les poussières de fer sont partout dans l'air, tellement que c'est noir. Quand je ressors de là, je crache noir pendant plusieurs jours.
_ Mais il y en a plein qui ont attrappé le cancer là-bas. Je vous l'ai dit l'autre jour.
_ Que voulez-vous, faut bien manger. Et j'ai des gosses. Le travail court pas les rues.
_ Oui mais c'est très dangereux. Vous devez garder votre masque en travaillant.
_ C'est pas possible. Au bout de 5 minutes, j'étouffe, et j'ai plein de buée sur les lunettes.
_ Mais vous n'avez pas de masques aérés par des tuyaux?

_ Non. Il parait que ça coûte trop cher. Surtout pour les intérimaires, encore plus chez les sous-traitants. Ils nous donnent que des masques en papier, les mêmes qu'au magasin de bricolage, avec un petit élastique qui pete une fois sur deux. Une fois j'ai travaillé dans un autre atelier avec des masques aérés. Ceux-là, ils étaient bien, on pouvait respirer dedans sans problème.
_ Pourtant l'usine fait des bénéfices, d'après ce que j'ai lu...
_ Oui mais c'est pas nous qui les voyons, c'est les actionnaires... (sourire)
_ Vous allez chopper le cancer. Faut vous tirer de là. Ce WE, j'étais dans une maison d'hôte dans les Alpes. Le propriétaire est bucheron. Il a fait sa maison lui-meme, avec les arbres qu'il a coupés lui-meme. Il fait un travail dur, mais au moins il le fait en respirant de l'air pur.
_ Ah oui, ça c'est l'idéal. C'est le top. Mais bon, par ici, on nous propose pas de boulot où on respire le bon air. Puis faudra toujours des ouvriers pour faire tourner ces usines. Je peux pas refuser ce qu'on me propose, sinon l'agence d'interim, elle ne me rappelle plus et je n'ai plus de travail. Faut  bien vivre

Chapitre 2, Mars 2016

_ Bonjour docteur. Je reviens pour mon traitement. Je reprends le boulot demain.
_ D'accord.
_ La boite d'interim voit que je travaille bien. Ils vont me donner des missions plus longues, sur plusieurs sites. Je pense qu'ils vont me faire travailler pendant un an. Là je suis content.
_ Bien bien. Et vous portez un peu plus le masque?
_ J'essaie. J'ai repensé à ce que vous m'avez dit. Mais c'est pas toujours possible. On transpire trop, on étouffe. On peut pas le garder. J'ai plein de monde autour de moi qui me dit d'arrêter, que c'est très mauvais, je risque gros. Ma femme me le dit. Mais c'est le boulot qu'on trouve le plus vite, le plus facilement. A la fin du mois, il faut que je paie mon loyer, mes charges. J'ai des enfants.
 Je vais faire ça au moins un an.
_ J'espère qu'il ne vous arrivera rien. C'est pas terrible, vos conditions de travail. C'est quoi, précisément, votre travail à l'acierie?
_ Le nettoyage industriel. C'est nous qui nettoyons l'usine. Là-bas, vous touchez à peine le mur, il y a des pans de poussière de métal qui vous tombent dessus. Parfois, pour rigoler, on tape sur la rambarde quand un copain monte l'escalier, il y a un gros nuage épais comme de neige qui se détache. On nous dit que c'est de l'acier mais ils nous disent pas tout. Ce sont tous les résidus de l'usine. D'autres fois on va travailler dans la chaux. Ça vous pique la peau. Au niveau des poignets, à la jonction des vêtements, je suis tout irrité quand je rentre. D'autres fois, je travaille dans un couloir où c'est que de l'amiante. Je croyais que l'usine avait été désamiantée mais il parait que non. Vous avancez avec de la poussière jusqu'aux genoux, c'est comme si vous avanciez dans la neige. Les murs en sont tapissés, c'est épais, l'air est noir de poussière. On a pas assez de masques. L'autre jour, je n'en avais pas, ça me piquait tellement le visage, j'avais du mal à respirer, j'ai vu un masque par terre, je l'ai ramassé, je m'en suis servi pour essayer de me protéger. Et pourtant, quand vous avez un masque neuf, dès que vous l'enlevez un instant du visage, l'intérieur devient de suite tout noir de poussière. Quand vous le remettez, vous respirez ça. Et encore, c'est que des masques en papier, comme je vous ai dit, ceux du magasin de bricolage, avec le petit élastique qui pète. Quand je rentre chez moi, je crache noir pendant 2 jours. Ils nous ont dit que cette année, ils avaient eu tant de dépenses en masques et en gants, qu'ils allaient devoir diminuer ça, il va falloir garder le meme masque en papier et les gants pendant plusieurs jours d'affilée car ils ne peuvent plus en commander autant. Ils doivent faire des économies.
_ On pourrait peut-être demander aux actionnaires qu'ils prennent un peu moins de dividendes pour laisser de quoi investir...
_ Non, c'est toujours pareil, ils préfèrent diminuer la sécurité, rogner sur la protection de ceux qui travaillent à l'usine.
_ Vous croyez que nos premières fortunes de France ou l'actionnaire de Taïwan sait comment vous travaillez?
_ Il doit bien y avoir des réunions d'actionnaires où ils en parlent, quand meme?
_ Écoutez, l'an dernier, la societé Arcelor par exemple a subi des pertes financières d'environ 3 milliards. Ça n'a pas empêché les actionnaires de ponctionner en plus presque 1 milliard d'euros en dividendes. Et comme la famille Mittal détient 40% des actions, ça lui a rapporté environ 360 millions. Vaut mieux ça que d'investir dans la securité de ceux qui travaillent et vous rapportent de l'argent. Vous croyez que dans votre usine, votre grand patron ne sait pas comment vous travaillez?
_ Bien sûr que si. Ils sont en concurrence avec de l'acier chinois. A ce qu'on dit, c'est du mauvais acier mais il est moins cher. Donc l'usine perd des parts de marché.
_ Bien sûr, on a retiré tous les frais de douane qui permettaient de se protéger contre des pays où l'on exploite les gens.
_ Oui. Alors ils font des économies sur nous.
Je pense qu'ils vont licencier du monde.
_ Déjà que les grosses entreprises du CAC 40 licencient même quand elles se portent au mieux... Sanofi, la plus grosse entreprise du médicament en Europe, va licencier bientôt 600 personnes en France alors qu'elle a réalisé l'an dernier comme les autres années plusieurs milliards de bénéfices... qu'elle reverse pour l'essentiel à ses actionnaires. Là c'est pas la faute des Chinois... Ni des immigrés !
_ C'est pas ce que dit le Front National
_ Ah oui, tiens, lisez leur programme: les mots "actionnaire" ou "intérimaire" n'y sont presque pas prononcés. Aucune mesure contre ça. Ils n'en ont rien à faire, de vous. La Bourse continue, faites vos jeux, c'est l'ouvrier qui paye !
_ Ah oui? Tiens j'aurais pas cru.
_ Lisez-le, vous verrez. C'est pas du Melenchon !
_ Ça alors ! Oui je vais regarder. En plus, comme ma boite c'est une société de sous-traitants et qu'il y a des boites concurrentes, ils se font la guerre des prix puisque l'usine choisit évidemment le moins cher. Donc ils rognent encore plus sur notre protection. Plus assez de masques, de lunettes, de tenues de protection.
_ Un de mes patients qui bosse dans une société pétrolière, à coté de votre usine, me racontait l'autre jour qu'on leur donne une tenue de protection qu'ils doivent garder un mois alors que normalement elle doit être changée chaque jour car ensuite elle n'est plus étanche.
_ Sans compter les accidents du travail. L'an dernier, chez nous il y a eu 3 morts. Il y a des pièges partout. Si vous ne faites pas attention, vous pouvez y laisser votre peau. Il y a des gens qui disparaissent dans des trous d'homme. Il faut avancer lentement parce qu'il y a des trous que vous ne voyez pas dans le noir ou dans ces couches de poussière. Et souvent il y a des fuites de gaz.
_ Il parait qu'ils affichent le nombre de blessés sur des panneaux dans l'usine.
_ Oui mais ils n'affichent pas le vrai nombre. Nous, on le sait parce qu'on se compte.
_ En effet, quand je fais un certificat d'accident du travail, très souvent la personne revient en me disant de le supprimer parce que son supérieur préfère lui donner un poste aménagé le temps qu'il se soigne, ou meme parfois de le transformer en arrêt maladie car sinon l'entreprise paie trop de taxes sur les accidents du travail.
_ Je suis bien d'accord avec vous. Si vous avez un accident du travail, vous êtes sûr que la boite d'interim ne vous rappelle plus. Ils font une grosse pression là-dessus. Les accidents du travail, ils n'aiment pas ça du tout.
_ ils n'ont pas attendu Valls et Macron pour réviser le code du travail...
_ oui, ce sera juste un peu plus facile pour eux maintenant, avec leur nouvelle loi qui plait tant au Medef. On aura encore plus de pression sur les cadences, on sera viré dès qu'on l'ouvrira un peu ou au moindre accident. Comme en Afrique ou en Amérique du Sud.
_ En tout cas il faut vous méfier. Il y a beaucoup de cancers chez les ouvriers qui ont travaillé plusieurs années là-bas. Des cancers du poumon, spécifiques des poussières industrielles, très agressifs. Ce n'est jamais bon, un cancer du poumon, mais ceux-là, ce sont des variétés encore plus dangereuses, rapidement mortelles. Ou alors des cancers de la gorge, de la vessie, des leucémies, provoqués par ces poussières minerales ou de chimie. On a du mal à avoir les chiffres de l'Assurance maladie ou de la médecine du travail, ils font de la rétention. Et vous, les intérimaires, vous n'êtes meme pas comptés dans les stats. Sans compter les infarctus déclenchés par ces conditions de travail difficiles, l'atmosphère polluée, la chaleur des fours.
_ ça c'est sûr, quand vous êtes prêts de la porte d'un four, si ça sonne parce qu'elle s'ouvre, vous avez quelques secondes pour vous tirer sinon vous êtes grillés
_ Confiance ! Encore un peu et vous serez à égalité avec les Chinois !

Chapitre 3, Juin 2016

Aujourd'hui le patient est revenu, il avait de gros ganglions à la gorge, du coté droit. Il était déjà venu pour cela il y a 15 jours, il semblait alors avoir une infection. Je l'ai traité, les ganglions sont restés identiques. Il ne souffre pas. Il attend les résultats de ses analyses. Il travaille en usine dans la métallurgie.
_ Docteur, au travail, ils n'arrêtent pas de me poser des questions, ils disent que ce n'est pas normal si ça persiste.
_ Si, c'est fréquent, cela met du temps à disparaitre. Nous allons voir demain le résultat de vos analyses. Peut-être faudra-t-il simplement changer d'antibiotiques.
_ Oui mais à l'usine, ils me demandent ce que j'ai là, ces boules, en plus ils me disent ça devant le chef ! Moi j'ai peur qu'ils me virent, enfin qu'ils ne me renouvellent pas le contrat. Vous savez que je suis intérimaire. Ils ne vous virent pas. Simplement ils ne vous renouvellent pas votre contrat. Je peux vous citer des tas de collègues dans ce cas. Dès que vous êtes un peu malade, on ne vous renouvelle plus.
_ Ah bon ! Alors vous n'avez pas le droit d'être malade?
_ Si, mais vous ne travaillez plus, c'est terminé. Et vu le contexte, le chômage, je peux pas me permettre.
_ Vous avez un syndicat pour vous conseiller?
_ oh pauvre ! Je risque pas d'aller me syndiquer. Ils vous repèrent et dès que vous ouvrez un peu la bouche, bonsoir ! Fini travail. On s'y risque pas. Pourtant on voit des trucs, je vous dis pas. Vous l'imaginez pas, docteur. Les conditions dans lesquelles on bosse. Y'a plein d'accidents mais faut surtout pas le dire, ni les déclarer. Et les conditions de sécurité... L'autre jour une chaudière de l'usine a explosé, c'est normal, y'a des fuites de gaz de partout dans cette usine, on attend qu'elle pète à chaque instant. Heureusement cette fois y'a eu des blessés mais pas de mort. Vous en avez entendu parler dans les journaux?
C'était pas comme ça il y a 10 ou 20 ans, c'est de pire en pire. Aujourd'hui on se fait virer au premier mouvement d'orteil.
_ C'est sûr, à l'époque il n'y avait pas autant d'intérimaires. L'essentiel des contrats étaient des CDI dans les années 80 ou 90, vous aviez une meilleure protection.
_ Oui, maintenant avec les intérims et les CDD, ils nous tiennent, on n'a pas intérêt à éternuer. Et si vous êtes malades, vous pouvez aller vous inscrire au RSA direct. 500 euros par moi, et bien content. Pendant ce temps, nos actionnaires font du profit.
_ Oui, c'est sûr que d'être rentier, ça rapporte bien plus que de travailler.
Il y a une loi travail qui est en passe d'être votée. Il parait qu'elle va mieux vous protéger.

_ Oui c'est ca. Et en plus, maintenant ils veulent autoriser ces boites à nous faire travailler 60 heures par semaine, à fractionner notre temps de sommeil, diminuer le tarif des heures sup et nous les payer que dans 3 ans... Les congés, ils pourront vous les changer quand ils veulent, au dernier moment. Mais nous les intérimaires, de toutes façons on n'a pas droit aux congés. Si vous demandez plus qu'une semaine tous les deux ans, on ne vous rappelle plus. Si vous avez un arrêt maladie, pareil, on vous oublie. Un accident du travail? N'en parlons pas, ça n'existe pas. C'est ça, le travail aujourd'hui

Chapitre 4, Septembre 2016

Le patient souffre en fait d’un cancer, un lymphome. Il a 40 ans. Bien sûr ce qu’il a respiré pendant 15 ans d’usine sidérurgique n’a aucune responsabilité. Ni ses tenues de protection. Ni ses employeurs.

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