Apres l'amiante, le cadmium

Reaction à l'article de Rachida El Azzouzi

«Des petits ouvriers contre un géant de l’industrie» devant le tribunal d'Angoulême

 Tandis que les médias ont largement fait état des chemises déchirées à Air France, condamnant avant la justice les cinq salariés responsables, tandis qu'ils furent arrêtés manu militari au petit matin dans leurs familles, tandis que Nicolas Sarkozy évoque la "chienlit" pour tenter quelques accents gaulliens, il n'est pas fait grand bruit par ces mêmes médias d'un procès qui s'ouvre à Angoulême, intenté par quelques ouvriers contre un géant, leader mondial des batteries de l'industrie. Le pot de terre contre le pot de fer.

Des dizaines d'entre eux ont été empoisonnés par le cadmium qu'ils ont manipulé pendant des décennies sans qu'aucune mesure de protection ne soit prise, alors que cet élément est inscrit depuis 1973 sur le tableau des maladies professionnelles comme responsable de cancers du poumon et d'insuffisances rénales nécessitant la dialyse. Cette faute de l'employeur est donc volontaire. L'un des ouvriers vient d'en décéder à 59 ans en l'ayant respiré à plein poumons durant toute sa carrière, précédé par d'autres morts suspectes, tandis que d'autres à l'usine présentent les mêmes pathologies.

  Le site a été cédé récemment pour un euro symbolique par la direction à un fond d'investissement douteux, plusieurs fois condamné par la justice, probablement pour se débarrasser de cette vilaine affaire de cadmium.


[extrait:] Patrick a « la haine » : « On revient au temps de Germinal. Les puissants ont la paix et le gouvernement les encourage à faire n’importe quoi en déchirant le code du travail. » Il a toujours été de gauche « mais là, ce n’est plus la gauche » : « À l’usine, et même à la CGT, tout le monde veut voter FN. »
Et pourtant, lisez le programme économique du FN: aucune mesure prise contre la toute puissance des actionnaires, le mot "actionnaire" n'y est quasiment pas prononcé. Aucune s'intéressant aux conditions des intérimaires, souvent moins protégés que les titulaires de CDI contre les risques professionnels, aucune remise en cause de la dette publique que l'on fait peser sur les épaules de la population alors qu'un groupe d'experts l'a déclarée inique pour au moins 60% de son montant. Malgré un virage à 180 degrés de son discours économique, se goinfrant de thèmes de gauche pour attirer un électorat populaire, le parti d'extrême droite appartiendra toujours... à la droite extrême.


Cette violence du monde du travail tue et provoque des maladies en nombre, mais elle ne fait pas la une des journaux. On préfère exposer la violence syndicale qui déchire les chemises. Normal quand ces mêmes journaux appartiennent dans leur presque totalité aux grandes fortunes, qui sont aussi les actionnaires de ces grandes sociétés.

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