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Billet de blog 23 mars 2020

Le coronavirus, le Plaquenil et la fibromyalgie

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Je suis médecin généraliste et confronté à la pandémie de coronavirus. Je ne comprends pas les atermoiements des autorités sanitaires en matière de traitements. A l’heure où un médicament, l’hydroxychloroquine, montre dans un premier essai clinique en France conduit par le Pr Raoult à Marseille _ qui succède aux découvertes chinoises _ que celui-ci semble effondrer la charge virale en quelques jours, surtout s’il est associé à l’antibiotique Azithromycine, avec une annulation de la concentration virale en 6 jours, pourquoi n’engageons-nous pas un essai qui rendrait ses conclusions en une ou maximum deux semaines ? Les Français, les Italiens, et bien d’autres, n’ont pas le temps d’attendre les six semaines de cet essai Discovery lancé ce dimanche. En six semaines, combien de milliers de morts inutiles ? Bien sûr, l’étude du Pr Raoult conduite sur quelques dizaines de personnes ne suffit pas. Bien sûr il faut un nombre de patients suffisant pour aboutir à preuve statistique (vue la situation, la condition est réalisée). Bien sûr il faut savoir si les patients guérissent et non pas uniquement leurs chiffres de virémie. Mais s’il est confirmé que ce médicament parvient à fortement réduire la concentration de virus en moins d’une semaine, j’ose espérer que dans huit jours il sera étendu à tous les malades, et pas uniquement ceux qui sont en réanimation, avec des poumons déjà détruits par l’infection ! C’est avant le stade de réanimation qu’il faut l’utiliser. Il est bien évidemment nécessaire de vérifier s’il ne fait pas courir aux patients un risque supérieur à celui de la maladie, par des effets indésirables. En ce sens, je veux dire que cette molécule est utilisée depuis des dizaines d’années par le corps médical, dans des indications telles que le lupus, la lucite estivale, la polyarthrite rhumatoïde, sans aboutir à des complications sévères, hormis l’exception exceptionnelle qui existe aussi avec le paracétamol, pourtant en vente libre. Pourtant dans ces pathologies, bien d’autres médicaments sont-ils utilisés simultanément avec la possibilité d’interactions. Les médecins bénéficient donc d’un grand recul, d’une sécurité qui n’est pas celle des autres médicaments testés contre le coronavirus, des antiviraux employés dans le même essai clinique, qui sont beaucoup plus récents, non anodins, dont l’emploi peut être grevé d’interactions avec d’autres produits, et accessoirement nettement plus coûteux. Enfin, où est l’éthique d’une étude menée contre placebo dans ce cas, cette sacro-sainte règle statistique pour prouver l’efficacité d’un médicament, quand tant de vies sont en jeu ? Ne peut-on pas comparer aux patients déjà traités sans ces médicaments durant les dernières semaines et dont on connait l’évolution ?

Quel rapport avec la fibromyalgie ? Je découvre depuis quelques mois l’action bénéfique de cette molécule, en complément d’autres anti-infectieux, notamment certains antibiotiques, dans cette maladie. Cette pathologie réputée quasiment incurable se manifeste par des douleurs permanentes, diffuses, sans répit, sans fin. Elles s’associent à un épuisement physique également quotidien, et bien d’autres souffrances. Or j’observe sur un nombre important de mes patientes (car le féminin doit être la règle grammaticale dans cette affection) qu’elles guérissent, ou plutôt entrent en rémission totale, dans un tiers des cas dès le premier mois de traitement avec certains antibiotiques, et dans la moitié des cas en moins de six mois, si Plaquenil leur est associé. La rechute est également la règle mais est habituellement jugulée aussitôt. Plus je le constate, plus les patientes se le disent et de nouvelles (et nouveaux) me consultent, et plus cette observation se renforce. Ce traitement est totalement inconnu du corps médical. Seuls quelques praticiens habitués à la lutte contre des bactéries dites « intra-cellulaires » (puisqu’elles s’enfouissent au cœur de nos cellules) en ont l’usage. Ainsi le professeur Raoult explique-t-il qu’il y a recours contre la fièvre Q et la maladie de Whipple, provoquées par ce type de bactéries. Ainsi des médecins souvent consultés pour maladie de Lyme chronique l’utilisent-ils aussi en complément des mêmes antibiotiques. Car l’hydroxychloroquine agirait sur l’acidité très forte qui règne au sein de nos cellules, en particulier dans de petits organites qu’on appelle les lysosomes et dans lesquels se concentrent ces bactéries. Et les antibiotiques ont beaucoup de mal à fonctionner en milieu hyper-acide. Ceci amène à la conclusion que la fibromyalgie est une maladie infectieuse, et surtout qu’on peut en guérir. Là aussi, des études d’envergure sont-elles nécessaires pour confirmer mes propos.

Revenons au coronavirus. Est-ce par le même mécanisme qu’agirait Plaquenil avec celui-ci ? Il s’agit pourtant d’un virus, donc d’un organisme appartenant à une autre dimension, bien plus petit que des bactéries. Problème : on ne trouve plus ce médicament en pharmacie depuis quelques jours. Pénurie… Tiens, on va s’habituer à ce mot. C’est comme pour les masques, comme pour les respirateurs en service de réa. Il n’est pas nouveau, me direz-vous, nous connaissions déjà la pénurie de nombreux médicaments que les laboratoires fabriquent  avec parcimonie, afin de limiter leurs coûts de stockage, et aussi peut-être pour faire monter les prix auprès des autorités avec lesquelles ils négocient, pays par pays. Ainsi nous étions-nous habitués à ne plus trouver, à certaines périodes, de corticoïdes en pharmacie, médicament pourtant salutaire dans des affections aussi courantes que  crises d’asthme et allergies sévères. Ou de certaines hormones essentielles à la vie de patients. Et j’en passe. Pourquoi donc ? Juste parce que nous acceptons de confier la production de médicaments à de grandes firmes, internationales, qui n’ont en réalité rien à faire de la santé publique _ elles le démontrent ici _ mais qui ne sont intéressées que par leur portefeuille. Oui, nous sommes habitués.

Et aujourd’hui on lit que la production de tests de coronavirus est également en situation de … pénurie. Qui empêche l’Etat d’ordonner à d’autres laboratoires la production de ces tests ?

Examens de laboratoire, production de médicaments essentiels, masques de protection, respirateurs, fonctionnement des hôpitaux : il est temps de prendre des décisions fortes. Il en va de la survie de beaucoup d'entre nous.

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