LE TRAUMATISME PSYCHIQUE (Extrait du livre de Yves SUDRY: Guerre d'Algérie - Les prisonniers des Djounouds)

Google Book a publié de larges extraits de ce livre, peu connu, et qui contient pourtant une étude très sérieuse et complète des TROUBLES PSYCHIQUES liés à la guerre, en particulier sur les soldats français faits prisonniers par les troupes du F.L.N. j'en reprends une petite partie qui fera facilement comprendre aux lecteurs de quels types de troubles il s'agit, en même temps qu'elle apporte son concours théorique à la définition de ces troubles importants et qui demeurent encore, 48 ans après la fin des combats, chez certains survivants.

LE TRAUMATISME PSYCHIQUE

Le stress a engendré des traumatismes psychiques. Ces types de perturbations de l'équilibre psychique ont été surtout étudiés à partir de la seconde moitié du XX° siècle, période malheureusement riche en conflits armés.

Dix ans après la guerre du Vietnam, les USA ont été confrontés, avec leur population de "vétérans", à ces pathologies. Celles-ci ont reçu le nom de post-traumatic stress disorders (P.T.S.D.). En France, on a utilisé les termes de troubles psycho-traumatiques d'apparition différée et de névrose traumatique de guerre. C'est ce dernier terme qui a été consacré à l'usage. L'O.M.S. a repris ces pathologies dans la classification internationale des maladies sous le terme d'état de stress post traumatique. Ces manifestations pathologiques se constituent en trois temps. D'abord, la survenue d'un traumatisme psychique où le sujet est confronté à la mort, souvent de manière inattendue et particulièrement horrible, avec, dans l'immédiat, développement de troubles psychiques ou simplement absence de réaction. Puis une période de latence, c'est à dire d'incubation de quelques jours à plusieurs années, où ne s'extériorisent aucun symptôme ou quelque symptômes légers. Enfin, apparition de façon différée de trouble psycho-traumatique. Il se caractérise essentiellement par deux ordres de manifestations: un syndrome de répétition, c'est à dire des cauchemars répétant à l'identique l'évènement traumatisant. Lors e nos entretiens (...)les anciens soldats ont presque tous parlé spontanément de ces cauchemars, même ceux qui ont refusé toute interview; "Rien que votre coup de fil va m'empêcher de dormir. Je sais que je vais faire des cauchemars". Ce refus de revenir sur un passé douloureux correspond à des conduites d'évitement qui, elles mêmes, sont riches de signification. L'évitement consistant en des efforts pour ne pas réveiller le souvenir de l'évènement. Deuxième type de manifestation: des reviviscences diurnes où le sujet se retrouve plongé brutalement dans le même évènement traumatisant avec angoisse interne; "Je revis tout comme si c'était hier....".

A l'opposé, se situe l'amnésie psychique partielle ou complète de certains qui n'ont répondu à mes questions questions que pae monosyllabes entrecoupées de "non, je ne me souviens pas...je ne me rappelle de rien... Il y a si longtemps ..." Conduite d'évitement involontaire destinée à occulter les passé douloureux.

Cauchemars et reviviscences diurnes restent les manifestations les plus caractéristiques. S' y associent d'autres états morbides, des états anxieux. L'anxiété, c'est un sentiment pénible d'attente, de crainte d'un danger imprécis, un sentiment d'insécurité indéfinissable. Souvent s'associent des manifestations physiques: boules dans la gorge, strictions au creux de l'estomac (région épigastrique), palpitations, sueurs, gêne respiratoire.... On parle alors d'angoisse. Ces craintes vagues, ce sentiment durable de se sentir menacé, se concrétisent parfois autour de motifs plus ou moins réalistes [...]

Etats dépressifs avec tristesse profonde, dégoût de la vie, envie de ne rien faire, parfois dépression grave, avec tentatives de suicide, ce qu'on appelle dépression mélancolique... Ces troubles peuvent induire une tendance à abuser de l'alcool: "Depuis que vous l'avez interrogé, mon mari s'est mis à boire..." Des maladies organiques peuvent être liées à ces troubles psychiques, ce qu'on appelle maladies psychosomatiques (maladies de peau, le sujet transfère ses troubles profonds en surface: " La peau est le miroir de l'âme" . Eczémas, psoriasis, lichen plan...; troubles digestifs: ulcère gastro duodénal; troubles cardio-vasculaires; hypertension artérielle).

L'évolution spontanée de la névrose traumatique de guerre vers la guérison peut survenir, mais reste peu fréquente. Le plus souvent, elle est fluctuante, avec des périodes d'aggravation et de rémission en fonction des difficultés familiales ou professionnelles ou des évènements de l'actualité: images de télévision rappelant les évènements violents, attentats spectaculaires, commémorations de dates anniversaires...

Un cinquième des cas de ces névroses traumatiques évolue vers une aggravation progressive nécessitant une prise en charge à l'hôpital. Les facteurs favorisant le déclenchement de ces pathologies sont liés pour une faible part à la personne traumatisé, et essentiellement à l'intensité du traumatisme. Longtemps, on a mis l'accent sur certains traits de la personnalité: hyperémotivité, immaturité affective, manque de contrôle émotionnel, ou sur certaines particularités ou anomalies su comportement psychosocial: manque d'autonomie, difficulté d'insertion, psycho-traumatisme antérieur subi dans l'enfance. Actuellement, on minimise l'incidence de tous ces facteurs individuels pour insister sur l'intensité du traumatisme. Un traumatisme extrême peut déterminer des troubles chez n'importe quel individu. Les témoignages de nos interviewés militent en ce sens. Ils on généralement subi d'intenses traumatismes itératifs. Tout d'abord l'embuscade. pour beaucoup, c'était le "baptême du feu". Arrachés à leurs paisibles villages, ils se sont retrouvés dans un pays inconnu, confrontés à un conflit qu'ils ne comprenaient pas, décomptant le nombre de jours les séparant de leur libération, de la "quille". Et puis les voici brutalement confrontés à un risque de more imminente. Dans cette guérilla, les soldats de l'A.L.N. n'attaquaient que lorsqu'ils étaient en situation de force. Submergés par le nombre, les hommes tombent un à un. Le jeune assiste à l'agonie de ses camarades [...]

Plusieurs facteurs se sont généralement surajoutés pour déclencher les troubles psychiques: la fatigue , la malnutrition, l'isolement....

Parmi ceux que j'ai pu interroger, la grande majorité présentait une symptomatologie évoquant cette névrose traumatique de guerre. La plupart ont rarement bénéficié d'un traitement précoce adapté. Il faut bien reconnaître que peu de médecins militaires ont été sensibilisés à ce type de troubles... "

 

Vous conviendrez, avec moi, que ce document mériterait d'être connu et diffusé ...Et que ces explications et révélations devraient figurer en bonne place dans les journaux s'adressant aux anciens appelés et rappelés de la guerre d'Algérie.

A moins que , pour leurs responsables, comme le dit Yves SUDRY: "A l'opposé, se situe l'amnésie psychique partielle ou complète de certains. [...]. Conduite d'évitement involontaire destinée à occulter le passé douloureux.

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