Dès le moment où nous avons "inventé demain" (A.Jacquard), et "regardé hier", c'étatit foutu! La survenue de la conscience, puis de la pensée, ne nous permet plus d'être dans un présent perpétuel, de besoin ou de satiété, de danger ou de sécurité, d'action ou de repos. Le monde devient moins "évident"...
C'est riche, à la fois, de possibilités nouvelles, indéfiniment ; et porteur d'inquiétude.
Former des projets, c'est se fixer un but, et non plus seulement être à la recherche immédiate de ce qui satisfera le besoin. Conscience et pensée permettent l'action "indirecte", le parcours d'"étapes successives préméditées . Et, à chaque étape, un nouvel examen de la situation, par rapport à l'objectif final. Pace que chaque étape dévoile d'autres horizons , peut pousser à imaginer un autre chemin, plus aisé ou plus sûr.
La vieille image de l'étoile polaire , nous n'y avons peut-être pas assez réfléchi...Le repère "fixe" (situé si loin, que nos déplacements sont infimes au regard de la position "fixe" de ce repère) ; ce repère nous permet de "nous situer", d'"imaginer un itinéraire vers notre but" ; mais il n'est pas un but.
"L'inaccessible étoile", sécurisante par son apparente permanence de lieu, se nomme, dans le monde de la pensée, "l'idéal". C'est-à-dire, une idée, ou un système d'idées, qui nous paraît si évident et si permanent, que les incertitudes, obstacles, dangers, besoins du "au fur et à mesure", , apparaissent négligeables à son égard.
Pouvoir "aller vers", et non plus seulement "aller à", c'est devenu notre force et notre faiblesse. parce que dès qu'on veut "se diriger vers", on s'aperçoit vite qu'il faut "composer"un itinéraire. Pas "aller droit"...parce qu'il y a des obstacles, des étapes où se ravitailler, des étapes de repos à prévoir...Et un obstacle de grande taille peut vous masquer l'étoile. Essayer de le démolir ? Le gravir? Le contourner?
Et, à chaque étape, le paysage a changé d'aspect ; il faut reprendre des repères autres que l'étoile, quitte à risquer de se tromper...Pourtant, l'inaccessible étoile , l'idéal, reste notre seul moyen de ne pas subir complètement "le hasard et la nécessité".(J.Monod) Et, en même temps, l'idéal peut nous faire "décoller" , ne plus tenir compte des aléas du paysage , des réalités de l'itinéraire.
Garder l'étoile en vue, sans cesser de guetter les environs :nous voilà condamnés au louchement divergent. Mieux vaut en rire...mais sans cesser d'être sérieux. Tiens! Nous voilà en pleine dialectique...