Tout commence par ma conscience :j'ai, un jour, appris -découvert que j'existais, sans doute parce que j'ai perçu quelque chose comme "autre", avec la certitude si souvent trompeuse, je le sais maintenant, de la "perception".
Puis ma conscience vague, floue, s'est peu à peu différenciée de tout ce qui lui est "autre".Et la pensée a surgi , la capacité de devenir conscient que l'on existe, et qu'on en est conscient. En même temps, tout l'"autre" s'est différencié en favorable/défavorable , influençable/non influençable ; et puis, est devenu de plus en plus complexe, avec l'apparition de la pensée, ce "plus" étrange de la conscience. Non seulement c'est "comme cela", mais "je le sais".Conscience, mémoire et labngage ont accompli leur tâche, comme chez tous les humains.
Aujourd'huii, je sais que je vais mourir bientôt (j'appartiens au "centile" le plus âgé de la population). Mourir :cesser de vivre. Les équilibres dynamiques, instables et complexes, hautement improbables, qui font que "je vis" ne pourront plus se rétablir. Et l'entropie, l'évolution vers les états les plus probables, les moins "organisés", de ce qui est "moi", l'emportera .
C'est le fait que j'appartienne à cette espèce vivante, l'humanité, qui rend différente ma mort de celle d'une bactérie, d'un arbre ou d'un chien. Comme à ces autres vivants, la mort me répugne. Mais moi, je sais qu'elle est inéluctable. Et je dispose de la pensée pour le savoir, du langage pour le dire. Et mon espèce a transformé une part des dynamiques du vivant en "affectivité". Pensée et affectivité changent la donne .je me pense et me sens comme "homme", personne parmi toutes celles de mon espèce.
Je suis donc capable de penser à ma mort ; et même, à celle, plus tardive, de mon espèce.. Et, autre particularité humaine, je me sens "responsable" d'y penser .La pensée, cette "excroissance" de la conscience , doit être utilisée au bénéfice de l'espèce chez laquelle elle est apparue. Ma "philosophie", ma pensée la plus extensive à propos de ce qu'est le monde et de ce que je suis, mobilise mon affectivité dans un sens qui se veut "humaniste". Faire, savoir, penser, pour la "défense et illustration" de mon espèce, cette part infime et la plus improbable de l'univers , à ce que je peux en savoir. Je suis "responsable" , envers moi-même et envers mon espèce.
Et je sais encore autre chose : mon espèce est, à la fois, "sociale" à 100% (nul ne peut devenir, rester "humain" hors de la société d'autres humains), et "personnelle", à 100% aussi (il n'y eut jamais, il n'y aura jamais d'homme exactement semblable à "moi"). Je ne peux vivre que séparé des autres, et uni aux autres . Je suis pris dans un enchevêtrement d'actions, de sentiments, d'idées, qui s'orientent à la fois "avec" et "contre" les actions, les sentiments, les idées de mes congénères .Je n'y peux, nous n'y pouvons rien. En même temps, la complexité, la richesse, la puissance de nos actes, de nos sentiments, de nos idées, s'en trouve multipliée.
A moi, à nous d'assumer de notre mieux notre responsabilité d'être ce que nous sommes. Telle est ma philosophie...