Voici le début de l'avant-propos :
"Lorsqu'il conquiert le langage, un enfant reproduit en quelques années le parcours que les premiers "hommes parleurs"ont mis infiniment de temps à tracer."
Une seule phrase, qui dit tant...
-"conquiert", et pas "apprend".Ce simple verbe évoque le gâchis que représente l'ignorance de l'activité des enfants. Ne pas comprendre qu'un enfant qui vient au monde n'est que "candidat" à l'humanité, et qu'il veut, dès le plus jeune âge , conquérir sa place. Le spécialistes de la petite enfance ont observé que, dès ses premiers mois, le tout-petit s'aperçoit de l'impact de ses actes sr on entourage humain .très vite; il apprend que ses regards, ses sourires, ses cris, ses pleurs, ses gigotements , ont du pouvoir sur les humains qui l'entourent...et il "conquiert" des pouvoirs, malgré son état de grande dépendance.Et cela, parfois, avec machiavélisme il sait quel visage correspond aux bras qui le câlineront...et lequel émettra dde grognements agacés .
-"le langage" , et non pas "sa langue maternelle". Tout ce qui est expression signifiante , chez lui et chez autrui, il sait vite le "déchiffrer", et choisir les actions susceptibles d'efficacité dans chaque situation. Bien sûr, il lui arrive, comme aux adultes, de commettre des erreurs.Mais l'intentionnalité de beaucoup de ses comportements ne peut pas échapper à une observation attentive.
- "le parcours", si long, des premiers hominidés à aujourd'hui : le parcours dans le temps, avec des itinéraires différents pour chacun.Du "geste de l'indication" analysé par Tran Duc Thao aux "com', les innombrables formes de l'outil-arme "langage" découvertes, réinventées, décryptées,. L'itinéraire personnel, pareil à nul autre. Les milieux humains, les activités , différents même pour deux jumeaux monozygotes vivant ensemble, différencient de plus en plus , font de chaque "individu" une "personne".
_les conquêtes : des interactions entre humains, de l'évasion d'un présent perpétuel (conquête de la conscience du passé et du futur), de mémorisations "de pensée" plus efficaces que les enregistrements perceptifs ; d'acculturation permettant d'entrer en interaction immédiate avec de nouveaux venus humains dans sa proximité. Puis, de la parole écrite, des systèmes symboliques (du panneau de circulation aux formules mathématiques).
Et Bentolila poursuit : "Créateur bien plus qu'imitateur, découvreur plutôt que suiveur, il construit sa langue et ne reproduit pas servileent celle des autres. Bien sûr, il s'appuie sur le modèle d'une languie constituée, mais ce modèle, il ne le décalque pas."
Ce que décrit notre auteur, l'enseignement l'ignore très largement ...et fonctionne sur le modèle du dressage...qui "marche", puisque nous sommes aussi des mammifères primates.Mais au prix de quels gâchis!!
Les extraordinaires performances de certains d'entre nous dans telle ou telle parcelle des activités langagières, les insuffisances dramatiques d'autres, avec le même point de départ pour tous du premier cri ,rendent inacceptable ces gâchis.