Je suis dans l'antiquité : me voilà à lire, de Philippe Curval, Lothar blues (Laffont, 2008) Ce bouquin m'a ramené en arrière : à "Un saint au néon", de J.L.Curtis. Un classique : l'autre siècle...le vieux XXè. Ils ont en commun un parti pris d'"à peine anticipation", qui fait qu'à la fois on y retrouve son monde quotidien ; et qu'en même temps on est mis mal à l'aise, parce qu'en même temps, ce n'est plus notre monde. C'est Kafka, c'est Ionesco, sans le décalage exhibé, qui fait qu'on peut s'esclaffer, ou "prendre de la hauteur", qu'on se sécurise, en somme.
Le "saint au néon" de Curtis, c'était l'abbé Pierre, harcelé, bousculé, réduit à l'impuissance par les medias, instrumentalisé par des lobbies "humanitaires". Le "Lothar blues", ce sont les rapports étranges noués par un père, une mère, un enfant, avec l'avatar moderne du nounours, le robot compensateur d'absence parentale, fiable à 100%, et qui devient , non le symbole du lien familial, mais ce lien lui-même, "charnel" si l'on peut dire. Cela, dans un monde où le progrès continue d'accélérer, où il n'est plus nécessaire pour les humains de travailler, de se rencontrer, mais seulement de consommer ,et des produits, et des spectacles virtuels où ils peuvent être acteurs ; où des aspirants dictateurs pensent faire reconnaître "les droits des robots", dont ils tireront toutes les ficelles. L'enfant devenu adulte est en quête de son passé, voudrait savoir, et comprendre, ce que sont devenus son père et sa mère, qui l'ont "lâché" avec Lothar, et un père adoptif roumain, à dix ans. Chaque chapitre s'ouvre par un article de presse, qui relate et commente, par exemple, les dernières décisions de "Bruxbourg".
Lire ce livre aujourd'hui est encore plus déstabilisant que lors de sa parution, parce qu'on peut repérer le chemin déjà parcouru en direction du monde de Curval en quatre petites années...