En "une" du dernier Canard Enchaîné, un dessin de Pétillon : "la manif vue par les pédagogues au ministère de l'Education":
-le "chef": "Nous sommes confrontés à une déambulation horizontale dans un espace citadin autorisé"
-la secrétaire :"Avec expression orale et scripturale"
Ce type de jargon est maintes fois repris, par tous les "bords", à tous sujets, depuis l'immortel "référentiel bondissant" (le ballon) en EPS, qui a fait bien rire...
1.^pédagogie, ou "éléments de langage" ? Cette façon d'écrire, ou de parler, ,se rencontre partout, chaque jour. Dans la formule-"mère", le ballon n'est pas du tout vu pédagogiquement, mais sous l'angle "didactique" (encore un mot maudit). Bref rappel : la pédagogie est l'enseignement -ou l'éducation- vus sous l'angle des interactions enseignant-enseigné, et entre enseignés dans le groupe.Pour les curieux, le schéma d'Antoine Léon (Psychopédagogie des adultes, pUF, 1971, p.39) recense les "composantes de l'acte pédagogique". La didactique envisage les relations entre l'apprenant et la "matière" ou la "branche de pratique ou de savoir" qu'il étudié.
Sous l'appellation "éléments de langage", on met, aujourd'hui, les mots et expressions destinés à "faire mouche", dans une démarche de publicité, de conviction, de propagande, d''attaque et défense (judiciaires, par exemple). Les liens avec une "idéologie dominante"...ou de groupe sont faciles à apercevoir.Rendre "évident" l'usage du mot ou de l'expression, faire penser que " c'est la meilleure, ou la seule, façon de le dire"", et que nul ne peut en nier la réalité ou l'importance.
2."l'évidence", ou la tromperie? Bien sûr, il est parfois difficile de les distinguer, ou d'en évaluer les parts respectives . Et, au-delà, d'analyser de façon critique "l'évidence" (l'évidence, c'est que la Terre ne tourne pas, et que nous ,n'avons pas la tête en bas)..Difficile, aussi, de décrypter des "discours d'expert", autrement que par "traduction spontanée" en mots et idées de tous les jours. Une vigilance linguistique étendue et réfléchie n'est pas le fait de chacun, en permanence ...nous pouvons toujours nous tromper, et:/ou être trompés. L'autorité de ceux qui émettent le message, l'importance accordée à ce qui y est évoqué, l'urgence ou non d'y réagir (réelle ou ressentie), pèsent autant que les compétences linguistiques personnelles en la matière...
3.deux mécanismes opposés le passage par des détours pédants, le recours à un vocabulaire lourd, prestigieux, intimidant ou faussement familier, en "allongeant la sauce": l'une des deux faces du Janus jargonnant (je fais fort, non?). L'autre figure,faussement opposée, "dit tout d'un mot". Le dessin du Canard est du premier type ; des étiquettes comme "la dette", la "croissance", l'"éductation" sont du second.
Le problème n'est pas de choisir l'un ou l'autre, mais d'analyser patiemment et de façon exigeante chacune de ces deux figures de discours. Et d'éviter l'un ou l'autre, selon les circonstances et le but poursuivi.
Un exemple récent de cette nécessité : les remous, ici même, autour de ce qu'a dit Emmanuel Todd sur "le 11 janvier".
Une fois de plus, caractère dialectique, et complexité, des faits humains (je tombe dedans, va-t-on me dire...)
Pour mpi, voici un exemple de plus de l'importance et de la difficulté des questions langagières. Et je hurle, une fois de plus, ma formule jargonnante : "le langage, ce'est notre outil-arme universel de chaque jour".
A quels éléments de langage vais-je me trouver "confronté"?