C'est ce que souhaitait Johan Heinrich Pestalozzi, ce praticien de l'éducatrion , qui avait réfléchi sur ses pratiques ,et que la Révolution française fit "citoyen d'honneur de la République"
Deux siècles plus tard, au sortir de l'Occupation, le plan Langevin-Wallon réorganisait l'Ecole française.Cet autre Henri, Wallon, distinguait chez l'homme trois "domaines fonctionnels "; perceptivo-moteur, affectif, cognitif . Il renversait en quelque sorte la formule de Pestalozzi.Celui-ci, héritier des Lumières,du Rousseau de l'Emile...et, qui sait ,de maître François Rabelais et de sa Thélème , et, aussi, contemporain de l'invention de la déesse Raison, avait placé "la tête"...en tête. Alors que Wallon, attentif à l'historicité de la construction de chaque personne, adopta l'ordre inverse. Hasard, ou prégnance, chez chaque auteur, des idées de son époque?
Toujours est-il qu'un troisième Henri, Laborit, qui ne se souciait que de physiologie humaine , avance que l'homme peut être décrit par "niveaux d'organisation complexe, interconnectés, et sans hiérarchie".Chaque niveau, rendant compte de la totalité de l'individu. Ainsi, un homme, ce sont des atomes, et rien que des atomes, qu'il est possible de dénombrer et de spécifier exhaustivement, à un moment donné.. Mais aussi, des cellules, et rien que des cellules ,donnant lieu à une autre description tout aussi complète .Et des tissus, des organes, constituant un être vivant.Laborit introduisait ainsi la notion de "point de vue", et insistait sur le fait qu'il y en a un nombre indéfini, tous aussi "réalistes" et sûrs, et qu'il fallait étudier ,chacun avec ses lois ,dans leurs rapports, et en tant que constitutifs d'une unité. Enfin, Ilya Prigogine a introduit l'idée d'"équilibres instables" , en rattrapage continuel, et se transformant .Cela, valable pour tous les "domaines", tous les "niveaux", et leurs interconnexions. Les apports de Wallon, Laborit, Prigogine, mènent à une conception "systémique", comme l'on dit aujourd'hui, de l'être humain.
Mais ils ne disent rien de la personne et de ses rapports avec les sociétés. Henri Wallon,ailleurs, a écrit que l'homme est "de part en part, et individuel, et social". Et les zoologistes nous ont décrits en tant que "primates sociaux". Au sujet de l'éducation, un auteur récent, R.Lesné, distingue trois "modes d'action pédagogique", qui considèrent ,respectivement, l'éléve comme "objet","sujet",ou "acteur" de son éducation. Lesné précise que tout activité pédagogique concrète combine ,avec des importances relatives variables, ces trois modes d'action.J'ai retrouvé H.Pestalozzi, et son désir que chaque élève soit "oeuvre de soi-même". Et Jean Piaget, qui écrivit :"Il ne faut pas qu"ils fassent ce qu'ils veulent, il faut qu'ils veuillent ce qu'ils font". Ce qui m'a fait ajouter, à ceux de Lesné, un quatrième "mode d'action", celui qui voit l'élève "auteur" de sa propre éducation.
A.Makarenko , et,plus près de nous , Vasquez et Oury (pédagogie "institutionnelle") ajoutent ,eux, l'idée de l'histoire d'un groupe éducatif. Les conditions de travail de Makarenko , la vie en autarcie avec les "bezprizorni" (abandonnés) qui lui étaient confiés , l'ont conduit à agir et penser en termes de conjonctions/oppositions entre conduites individuelles , qui exigent, pour la survie, l'apparition et l'évolution de lois de la vie commune ,identifiées et gérées par tous., à divers niveaux. Vasquez et Oury pensent que les lois de la vie ensemble doivent être claires, modifiables et assumées par le groupe.
Avec ces auteurs, il me semble que l'essentiel est dit à propos de l'action éducative , sous des angles différents, dont on ne peut négliger aucun.
Nous pourrions, à partir de là, examiner ce qui est mis derrière des mots et expressions comme "la transmission", "la démocratie à l'école", "l'école dans la vie", "les méthodes pédagogiques", "l'épanouissement de l'enfant", par les professionnels de l'éducation, les politiques, l'opinion publique.
Les contenus de ce billet pourraient-ils fournir des outils pour aujourd'hui ? Je pose à tous cette question.