D'abord, une précaution: j'ai, comme beaucoup d'autres, lu "Quand dire, c'est faire", et le côté "opérationnel" de la parole orale ou écrite ne m'échappe pas. Cependant, il me paraît que le "dire" n'est pas un "faire" comme les autres. Il est, à la fois, plus, et moins puissant, ce qui rend très difficiles tous les problèmes liés aux "interdictions" par voie légale, règlementaire, de clan, ou de croyance et de conviction.
J'ai été d'entrée, je suis toujours, mal à l'aise devant "l'interdiction de propos racistes" .Par contre, que les comportements racistes soient réprimés, même si leur forme cachée ou détournée rend difficile leur dévoilement, j'en suis chaud partisan .
D'abord, l'interprétation d'une parole ,ou d'un mot, comme manifestant du racisme est un exercice acrobatique .Peut-on interdire l'emploi du mot "race", par exemple? Et au nom de quoi? D'ailleurs, le langage est assez riche et polysémique pour que quiconque veut exprimer une idée puisse le faire de cent manières différentes, avec des mots jamais les mêmes. On a là une source inépuisable de jurisprudences non cohérentes, parce que le sens retenu de la même expression dépendra de la situation, du locuteur et de son passé, des intérêts personnels ou collectifs en jeu ...
Ensuite, et c'est pour moi l'argument le plus fort, aucune interdiction ne peut modifier une pensée.On peut, même, avoir un effet inversé ; les exemples en sont innombrables . Il est nécessaire de convaincre, de s'éduquer-aider autrui à s'éduquer, ce qui ne se fait pas, par voie de prescription ou interdiction, sans effets pervers. Ne combattons les idées que par des idées, et critiquons-débattons à propos de la cohérence idées-actes ainsi que de la nuisance des actes.. Or, les idées ne peuvent entrer dans un champ d'oservation, d'analyse ,de débat, qu'à partir de comportements...ou de propos oraux ou écrits. Sinon, une idée peut demeurer inaperrçue...y compris de qui l'entretient.
Toute censure, c'est-à-dire restriction d'expression, répression de faits de langage , peut comporter plus ou moins clandestinement un jugement a ,priori méprisant de personnes ou de groupes. La censure manifeste une crainte de la parole, qui ne peut être le fait que de gens peu sûrs d'eux-mêmes et de leurs semblables. Et, si la parole n'est plus libre, on aura une dictature des "forts en parole", qui trouveront toujourrs des moyens d'exprimer des idées discutables...tout en interdisant d'entrer en débat avec eux.
Parole libre et responsable . Actes se pliant aux règles communes. Voilà ma position.