Des médailles pour les soignants, vraiment ?

Sibeth Ndiaye vient d'annoncer que le gouvernement remettrait cet été des "médailles" aux soignants, pour leur engagement dans la lutte contre le Covid 19. Or les soignants ne demandent pas des distinctions honorifiques, mais des revalorisations salariales, et surtout des moyens pour l'hôpital public.

C'est Marcel Mauss, je crois, qui avait dit à Georges Dumézil, effaré de le voir porter l'étoile jaune, ce mot terrible : « Vous regardez mon crachat ».

 

Par là, d'une part, Mauss voulait bien entendu parler d'une salissure symbolique, d'un stigmate social et politique infâme. Mais, d'autre part, il resignifiait par là un sens perdu du mot. "Crachat" signifiait en effet, dans un sens ancien et populaire du mot, une médaille militaire, un insigne honorifique (1).

 

Je ne sais ce que les soignants penseront du fait de leur décerner une "médaille d'honneur des épidémies". Mais je crois qu'on peut à peu près raisonnablement parier qu'étant donné la politique de santé publique de ce gouvernement — qui, il y a encore quelques semaines, les faisait matraquer et gazer avant de les envoyer au front sans armes —, les soignants recevront cette distinction comme un "crachat", une manière polie et cynique de leur cracher à nouveau à la gueule.

Ce matin,  sur LCI, Sophie Crozier, responsable des urgences cérébro-vasculaires à la Pitié-Salpétrière et représentante  du Collectif Inter Hôpitaux, parle de « consternation » et de « désespoir » des soignants devant cette nouvelle annonce du gouvernement. Et on la comprend: en effet, où est le plan hôpital cent fois reporté ? Où sont les moyens humaines et financiers cent fois promis ?



(1) L'anecdote est, me semble-il, rapportée par Didier Eribon dans son beau livre sur Jean Genet, Une morale du minoritaire. 

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