Classes populaires, gauche et perception de l’homosexualité (une étude de l'IFOP)

Une étude publiée par l'IFOP dément les catégories de perception ordinaires et médiatiques. Ce sont les classes populaires qui, avec 68% d’expression de sympathie chez les employés, et une pointe à 70% chez les ouvriers, expriment le plus nettement de sympathie à l’égard de la Marche des Fiertés.

Classes populaires, gauche et perception de l’homosexualité :

Une étude publiée par l'IFOP, pour ce qu'on peut en croire et ce qu’elle vaut, dément les catégories de perception ordinaires et médiatiques. Ce sont les classes populaires qui, avec 67% d’expression de sympathie chez les employés, et une pointe à 70% chez les ouvriers, expriment le plus nettement de sympathie à l’égard de la Marche des Fiertés. C’est-à-dire non seulement une attitude positive à l’égard des gays, des lesbiennes et des trans (encore faudrait-il sans doute pouvoir affiner la question selon ces catégories très différentes), mais également à la manifestation de sexualités ou de positions de genre revendiquées et affirmées.

Sans grande surprise en revanche, les attitudes positives varient beaucoup plus en fonction de la localisation géographique, ou plus exactement de la distance à de grands centres urbains. Mais également, ce qui est plus intéressant, en fonction du rapport à la parentalité: les parents ayant fait, de manière générale, l’expérience de difficultés avec leurs enfants — on peut peut-être penser aussi aux difficultés des enfants des classes populaires en milieu scolaire ou même à la petite délinquance, ou tout simplement au chômage de masse chez les enfants des classes populaires — se montrent, semble-t-il, plus enclins à soutenir leurs enfants homosexuels.

Quoi qu’il en soit, cela entame largement l’image que renvoient d’elle-mêmes les classes supérieures et les plus diplômées. Elles n’ont aucun titre à manifester, à cet égard, une supériorité morale et intellectuelle, et à renvoyer les classes populaires du côté de l’intolérance, et de l’image de beaufs virilistes, sexuellement et socialement archaïques. Le pinkwashing des représentants des partis qui se veulent progressistes, et qui pratiquent en fait l’instrumentalisation des revendications des gays, trans et lesbiennes pour contenir, réduire ou même disqualifier les luttes populaires ou anti-racistes est non seulement indigne, mais se trompe de cible. Les représentants des partis de centre gauche et de centre droit, s’ils veulent vraiment lutter contre l’homophobie, la violence de genre, etc., devraient plutôt s’adresser à leurs propres électeurs. En effet, ce sont les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon à la présidentielle 2017 qui marquent la plus nette approbation (72%), contre 54% seulement chez les électeurs d’Emmanuel Macron, qui devancent d’un peine un point les électeurs de Marine Le Pen à 53 %.

Mais cette étude vient également faire voler en éclat tout le discours de la droite sur une gauche dite « woke », « intersectionnelle », etc. (un discours pourtant repris par une partie de la gauche, notamment une gauche qui s’étale dans les médias de droite comme Marianne) qui se serait éloignée des aspirations, et plus encore du mode de vie des classes populaires. Les classes populaires semblent au contraire comprendre que les aspirations égalitaires, ou la passion de l’égalité, ne s’arrêtent pas à leurs seuls intérêts matériels, et leurs position de dominés dans les rapports de production.

C’est dire que le sens de l’égalité n’est pas seulement une question d’intérêt, mais bien une disposition affective, que les dominants de toute espèce n’ont d’ailleurs jamais cessé de dépeindre, depuis Tocqueville, comme une passion dangereuse. Quand eux-mêmes ne s’interrogent jamais sur leur passion, leur goût forcené de l’inégalité. Et Whitman, poète de la démocratie s’il en est, avait donc bien raison de non moins chanter la liberté sexuelle et de genre, que la gloire des travailleurs.

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