Gilets jaunes aux Molières: ceci n'est pas une «prise d'otage»

Le 13 mai 2019, nous avons fait irruption sur la scène des Folies Bergère où se tenait la cérémonie des Molières et déployé une banderole sur la façade du bâtiment. Face aux nombreuses sollicitations médiatiques depuis lundi, nous avons décidé de nous exprimer à nouveau. Et de partager, à la fin de ce communiqué, la vidéo entière de cette action censurée par France 2.

Nous, Gilets jaunes intermittent.e.s / chômeur.euse.s / précaires, prenons nos décisions collectivement. Nous n’exprimons pas un point de vue personnel, c’est pourquoi nous avons décidé de répondre aux questions qui nous sont parvenues suite à notre intervention lors de la cérémonie des Molières, lundi 13 mai, sous forme de communiqué plutôt que sous formes d’interviews nominatives.

"26 Actes et toujours pas de Molière". Banderole déployée sur la façade des Folies Bergère lors de la 31ème cérémonie des Molières. © DR "26 Actes et toujours pas de Molière". Banderole déployée sur la façade des Folies Bergère lors de la 31ème cérémonie des Molières. © DR

Gilets jaunes depuis les premiers actes, présent.e.s tous les samedis dans la rue, nous nous sommes réuni.e.s en AG autour de nos conditions d’intermittent.e.s, chômeur.euse.s et précaires et avons structuré un cortège commun présent à chaque Acte, que nous invitons chacun.e à rejoindre. Nous avons envoyé des représentant.e.s à l’AG des AG des Gilets jaunes de Commercy et de Saint-Nazaire pour porter des revendications liées aux réformes sur l’assurance chômage (c'est quatre milliards d’économie que le gouvernement souhaite mettre en place sur trois ans). Pour l’instant, aucun accord n’ayant été trouvé entre les syndicats et le patronat, le gouvernement a donc repris la main. Nous avons décidé de porter, au sein des AG gilets jaunes, la question trop méconnue de l’assurance chômage. Nous avons aussi mené des actions, par exemple à la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Bobigny lors de la visite de la Ministre du Travail Muriel Pénicaud. Et nous ne nous arrêterons pas.

Nous sommes structurellement confronté.e.s à la précarité. Nous savons que plus on précarise les chômeur.euse.s, plus on précarise les emplois. Et plus on touche au régime général, plus le régime de l’intermittence est fragilisé, par répercussion future. S’en émouvoir aujourd’hui, c’est faire comprendre au gouvernement qu’on ne précarise pas impunément les gens, et que nous ne sommes pas prêt.e.s à nous désolidariser les un.e.s des autres. Cet aspect de notre discours a été très peu repris par les médias, qui ont préféré ne souligner que le passage sur les coupes budgétaires dans les subventions de la culture. La lutte pour la sauvegarde de l'assurance chômage et du régime des intermittent.e.s n'est pas un détail, c'est une étape majeure dans le combat contre l’entreprise de destruction des solidarités menée par le gouvernement et le MEDEF. Dans ce pillage organisé, nous avons toutes et tous à perdre.

Il était très important pour nous d’être présent.e.s à cette cérémonie des Molières. Prenant acte de la tribune « Nous ne sommes pas dupes », et partant de notre envie de « gilet-jauner » le milieu de la culture, encore trop frileux face à ce mouvement, nous nous sommes présenté.e.s à vous, ce lundi 13 mai, au Théâtre des Folies Bergère. Ceci n’était pas une « prise en otage » comme l’affirme France Télévisions, mais simplement la prise d’un temps de parole médiatique qu’il nous aurait été impossible d’obtenir par la voie officielle. En attestent les sifflets et huées qui nous ont été retournés quand nous avons évoqué la politique répressive du gouvernement Macron qui empiète gravement sur nos libertés, dont celle de manifester. Il nous a paru important de faire entendre, dans ce lieu de pouvoir, une parole de résistance.

Les manifestants étaient venus décerner deux prix, un Molière d'honneur et un du déshonneur, en brandissant les véritables fameuses statuettes vêtues de gilets jaunes. © DR Les manifestants étaient venus décerner deux prix, un Molière d'honneur et un du déshonneur, en brandissant les véritables fameuses statuettes vêtues de gilets jaunes. © DR

Certain.e.s d’entre nous font partie du milieu du théâtre, alors nous avons voulu nous inviter à cette cérémonie, à laquelle certain.e.s ont déjà assisté et qui réunit beaucoup de têtes dirigeantes du milieu culturel. Nous ne sommes pas d’accord avec celles et ceux qui pensent que « ce n’est pas le lieu pour parler de ça ». Nous espérons que cette initiative permettra que le soutien du monde artistique aux Gilets jaunes puisse grandir et se développer.

Nous savions qu’il y aurait un différé de retransmission et que nous serions certainement coupé.e.s au montage, mais nous avons appris à compter sur nos propres moyens de communication. Nous ne pensons pas devoir demander d’autorisation officielle pour nous présenter devant un parterre de gens qui sont nos collègues de travail passé.e.s, présent.e.s et futur.e.s. Le champagne ne nous irrite pas la gorge, c’est l’individualisme de certain.e.s qui nous reste en travers. France 2, télévision publique, peut jouer de son pouvoir de censure, mais notre message est trop clair pour être ignoré.

En tant que Gilets jaunes, nous luttons pour plus de justice sociale, plus de justice fiscale, pour plus de démocratie, contre Macron et son monde. Et pas seulement dans le milieu de la culture, bien que nous évoluions dedans. Nous invitons le plus grand nombre à nous rejoindre, et à « gilet-jauner » cet été les festivals, lieux et événements qui préféreraient s’en passer.

Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.


Gilets jaunes intermittent.e.s / chômeur.euse.s / précaires

Le 15 mai 2019

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Gilets jaunes aux Molières : la séquence entière censurée par France 2 © Gilets jaunes intermittents chômeurs précaires

 

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