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Billet de blog 11 juil. 2015

Piétonnier élargi au centre de Bruxelles

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Ayant pris le métro pour aller au centre-ville plutôt que la voiture qui pollue autrement et qui nous aurait coûté plus cher, nous étions sortis à la Place Sainte-Catherine avec deux de nos filles. Nous avions rendez-vous avec une troisième dans un lieu magique de la rue de Laeken où l'une d'entre elles allait choisir sa robe de mariée. La jeune fille qui nous servait était gentille, ce n'était pas l'application d'une directive commerciale, elle sait mettre les clients à l'aise. L'une de nos filles était rentrée avec sa petite Esther qui a trois mois depuis le huit juillet. Nous avons trouvé la robe de la future mariée. Nous étions tous heureux, notre joie retentissait sur le trottoir ensoleillé. Nous sommes allés à pied vers la station De Brouckère, passant dans des rues où le trafic était moins dense que de coutume. On s'entendait parler sans peine, le silence permettait de ne pas lever la voix. Aucune sirène n'était venue interférer dans nos propos. Ce n'est qu'en approchant du boulevard Jacqmain que nous nous sommes rendus compte que la zone piétons n'était plus confinée aux trottoirs. Des jeunes et des vieux jouaient en pleine rue au tennis de table avec des balles de ping-pong jaunes que la brise emportait parfois plus loin qu'escompté. Des cyclistes faisaient halte pour donner priorité à des personnes en chaise roulante ou à des bébés poussés dans des poussettes... Une allégresse enveloppait le centre-ville. Je savais que de nombreux commerçants n'approuvent pas de la décision du bourgmestre. Tout changement dérange, c'est sûr. Ma femme (puis-je parler ainsi d'Anne-Marie, moi qui suis l'homme heureux qu'elle me dise son mari, sachant tous deux que nous ne nous appartenons pas) s'était adressée spontanément à l'un des deux policiers rencontrés en lui disant en français et d'un ton à peine interrogateur : "Vous devez avoir moins de boulot maintenant !?" - "Détrompez-vous, Madame, nous avons beaucoup plus de travail qu'auparavant". -   Comment donc ?" - "On a de la chance qu'il fasse beau. S'il pleuvait, il n'y aurait personne dans les rues... Et puis, de jour, tout va bien. Mais dès le coucher du soleil, ce n'est plus le même public qui passe ici. Ce sont des bandes de jeunes voyous qui descendent dans les rues. Et je vous assure que pour nous, c'est beaucoup plus difficile à gérer. Manque d'éclairage public. Patrouilles moins fréquentes, etc. " On comprenait leur difficulté. Il s'agira de faire un travail d'éducation des jeunes... "Oui, les mouvements de jeunesse prennent des initiatives, nettoient les rues, nettoient les places publiques après le marché chez nous à Neder-Over-Heembeek. Ils font cela gratuitement. Mais ici, les jeunes ne sont pas prêts à faire cela gratuitement. Si vous proposez de l'argent, alors oui, peut-être..." - "Mais comment éduquer à la gratuité ? Au bénévolat ? Et comment éduquer à la non-violence ? Comment apprendre à faire confiance, comment considérer toute difficulté comme une occasion de s'humaniser par la parole, en prenant le risque du dialogue ? N'avons-nous pas tous en commun les uns avec les autres, quelle que soit notre condition, quelles que soient nos traditions, nos langues, les contraintes qu'imposent à nos actes nos habitudes, l'expérience que quand nous faisons aux autres ce que nous voudrions que les autres nous fassent, ces autres s'en rendent compte et nous traitent avec plus d'humanité ?" L'hospitalité des cœurs rebondit et devient réciproque. Si vous n'avez pas encore fait cette expérience, je vous défie d'essayer : saluez un inconnu qui croise votre chemin, souriez à la dame voilée qui baisse le regard pour ne pas se sentir condamnée par le vôtre, et vous découvrirez qu'un sourire est comme un battement d'ailes de papillon. Il change la face du monde, la face des mondes... Le sourire d'Anne-Marie au policier, ses paroles adressées en français, ses réponses en français alors qu'il était Flamand, habitant du nord de la ville où la langue maternelle est le flamand, le néerlandais... cela aussi montre que le plurilinguisme est une porte ouverte sur les chemins de la paix. Merci de l'effort fait pour apprendre la langue d'autrui. Merci de faire un pas vers l'autre. Un pas : un pas à la fois et pour cela, le piétonnier est certes une aubaine !

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