Une architecture de merde.

Aujourd'hui, dans ma bonne ville de Créteil, je passe devant des panneaux publicitaires qui cachent l'énorme chantier d'un promoteur immobilier, en plein centre-ville. 

Habitué de ce genre de désastre, j'essaie de détourner le regard des images vantant le bonheur "d'habiter ou bien d'investir ici", mais là, embouteillage oblige, la catastrophe... Je découvre la plaie.

Les rêgles habituelles du promoteur me sautent à la figure : tout d'abord, construire au maximum des surfaces et des volumes permis. Vous me direz que c'est logique, puisque le but d'un promoteur, c'est de gagner le plus d'argent possible. Nous y reviendrons.

Ensuite, faire le minimum pour que le projet passe en mairie : le temps des concessions.

Il faut savoir qu'aucune autorité ne peut interdire une construction pour le simple motif qu'elle défigurerait l'espace urbain (sauf si celui-ci relève des Bâtiments Historiques) . Dans un pays de droit comme le nôtre, il existe donc un réglement, dont les traces se lisent sans peine à l'oeil exercé de l'Architecte que je fus : respect des hauteurs maximales, quelques maigres terrasses qui viennent rompre la désepérante platitude des façades, quelques arbres obligatoires au titres des espaces plantés, un vague habillage de pierre autour de l'entrée principale... Et puis ces si ridicules "toitures revêtues de tuile en terre cuite rouge-brun dans l’esprit architectural caractérisant Créteil Village". 

Donc, l'espace urbain, un bien commun, sera bientôt défiguré pour longtemps, et une question se pose : où donc est passé l'Architecte, ce garant d'une qualité urbaine ? Question qui en entraîne une autre : quelle économie le promoteur réalise-t-il en faisant l'impasse sur la qualité architecturale ?

Un "bon" Architecte coûterait à-priori moins cher qu'un mauvais, comme dans toute profession, non ?

Certainement, oui, mais un "bon" n'aurait pas réussi à fournir autant de surface habitable. Pour des raisons d'ensoleillement, d'aération, d'espace, d'esthétique, il en aurait sans doute rogné environ 10% . On assiste donc à une lutte entre le maximum de surface vendable et la qualité des espaces, ce qui sous-entend que les acheteurs se préoccupent davantage du prix au mêtre carré que de leur qualité de vie.

D'expérience, je sais que c'est faux. Une personne à la recherche d'un logement préférera toujours quelque chose d'un peu plus petit, mais de charmant. De beaux volumes, par exemple, ou bien une orientation favorable.

Le problème, c'est la pénurie ! L'offre étant tellement insuffisante, tout se vend !

Allez, cette nuit je rêve que personne ne soit assez stupide pour acheter cette merde.

 

 

 

 

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