Le motard d'été.

Mœurs étranges d'un animal méconnu : le motard d'été.

Ça y est, il est arrivé, le motard d’été ! On l’aura attendu longtemps, cette année : en mai, mois habituel de sa sortie, il n’a pas arrêté de pleuvoir…

 Bon, nous, les motards-toute-l’année, ça nous fait plutôt plaisir, on commençait à se sentir un peu seuls sur les routes. On aime bien cette présence de sang neuf qui nous arrive entre mai et fin septembre, quelquefois même jusqu’en octobre… C’est vrai ça, l’hiver on est peu nombreux, ça fait comme une petite communauté, quelquefois on se lance des regards complices au feu rouge, avec un air de dire « ce matin, entre le froid et la pluie, c’est l’enfer, non? » et puis on sourit. Faut avouer, avec les conditions météo changeantes, on roule peinards, on part en avance parce qu’on sait qu’on devra peut-être s’arrêter un moment pour mettre un sur-pantalon étanche ou autre. Pas grave, de toutes façons on arrivera plus vite que si on était en transport en commun ou en caisse, ces files interminables de voitures qu’on remonte sur des dizaines de kilomètres…

Mais là ça y est, les belles machines de course sont sorties rutilantes de leurs garages respectifs. Leurs conducteurs se sont équipés, mais pas de la même façon que nous autres. Nous, c’est des trucs chauds, des trucs étanches, des manchons, des tabliers… Eux, c’est combinaison de cuir, chaussures de course, gants d’extraterrestre… Des machines qui approchent les 300km/h, faut pas déconner ! Huit mois qu’ils ont attendu ce moment ! 

Ils sont habillés comme pour disputer le Bol d’Or, mais leur Paul Ricard c’est juste l’embouteillage habituel, celui qu’on rencontre toute l’année, nous autres. 

Donc, le motard d’été est pressé, très pressé. Il ne circule pas au milieu des voitures, il circule au milieu d’obstacles à sont avancée. Le motard d’été ne klaxonne pas : il lui suffit de faire vrombir son moteur pour que sont pot d’échappement homologué, mais juste pour la course, fasse trembler de peur le pauvre automobiliste comme le pauvre motard-toute-l’année. Le motard d’été DOIT doubler, c’est une obligation. Puis, d’un doigt vengeur, il indique au véhicule qui faisait obstacle à son avancée qu’il doit se ranger encore plus à gauche. Le motard d’été n’a pas honte de se conduire comme un gendarme en mission.

Ce matin, l’un d’eux m’a doublé par la droite en me frôlant, pour bien me faire comprendre que je n’avais rien à faire là… 
Où étais-tu, camarade, durant ces longs mois d’hiver ? Étais-tu toi-même dans l’une de ces voitures dont j’ai quotidiennement remonté la file? 

Fais attention à toi, camarade, avec ton arrivée les accidents augmentent, presque un par semaine en ce moment...

Salutations motardes.

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