Nouvelle Donne, Acte II

Aujourd’hui s’ouvre une nouvelle phase dans la vie de Nouvelle Donne. Les mois à venir seront cruciaux pour l’avenir de notre mouvement. Nos premières années d’existence furent marquées par de grands espoirs, un enthousiasme communicatif, mais aussi par de cruelles déceptions : dérives autocratiques, gestion financière calamiteuse, relations humaines dégradées, absence de stratégie politique.

Tous les éléments ci-dessus ont largement contribué au départ de plus de la moitié de nos adhérents, qui ne se reconnaissent plus dans notre parti.

Les élections régionales furent pour Nouvelle Donne une opportunité formidable pour nous faire connaître et développer nos idées. Nous sommes restés fidèles à nos valeurs et exigeants avec nous-mêmes : nous pouvons être fiers du travail accompli, même si nos scores ne furent pas à la hauteur de nos espérances.

Nous sommes aujourd’hui à un tournant décisif, et deux options s’offrent à nous : le statu quo ou la refondation du parti sur des bases nouvelles. A mon sens, le statu quo ne peut qu’aggraver la situation interne du mouvement et renforcer le sentiment de figurer au sein d’un parti au service d’un seul homme. L’immobilisme est donc à écarter absolument.

L’objet de cet article est donc d’apporter une contribution au débat susceptible de redonner sens à notre engagement et de relancer la dynamique de Nouvelle Donne. J’invite tous ceux qui se situent dans cette perspective à soumettre également leurs idées au débat collectif afin que nous puissions nous retrouver à nouveau, nous membres et ex-membres de Nouvelle Donne, au sein d’un mouvement porteur d’espoir et plein d’avenir.

Objectifs politiques

Faute d’objectifs clairement définis, Nouvelle Donne fut tiraillée entre des directions opposées, génératrices de divisions et d’incompréhensions. Nous devons en tout premier lieu préciser quels sont nos objectifs politiques, et en déduire la stratégie à adopter. Cette nécessaire clarification ne se fera pas sans heurts : à partir du moment où nous déciderons dans quelle direction aller, tous ceux qui ne se retrouveront pas dans cette perspective quitteront nécessairement le navire. Cependant, nous ne pouvons faire l’économie de ce débat et de trancher à ce sujet, faute de quoi notre mouvement ne pourra redresser la barre.

A mon sens, voici comment pourrait se définir notre mouvement :

Nouvelle Donne est un Mouvement Alter-Système visant à élaborer un modèle alternatif au néolibéralisme actuel en nous orientant vers un système politique ayant pour objectif premier la protection de l’Homme et de la Nature. Nous ne nous contentons pas de critiquer le système, nous souhaitons en proposer un nouveau. Nous souhaitons une transformation radicale de la société afin de la rendre socialement juste et écologiquement compatible avec les ressources finies de la planète.

Cela a plusieurs implications directes :

  • -          La fin du culte de l’argent.
  • -          La fin du « toujours plus »
  • -          La fin de l’accumulation infinie du capital
  • -          La valorisation sociale des notions d’humanisme, d’équité et de justice
  • -          La prise en compte systématique de l’impact de nos actions à l’échelle de la planète

Stratégie politique

Pour atteindre les objectifs ci-dessus, nous devons en tout premier lieu livrer un combat farouche visant à briser l’hégémonie culturelle néolibérale : sans une évolution profonde des mentalités, rien ne sera possible.

En conséquence, nous devons théoriser un nouveau type de mouvement politique ayant pour ambition d’investir l’ensemble des champs du possible, que ce soit en participant aux diverses échéances électorales, en développant des projets économiques locaux compatibles avec nos idées et nos valeurs ou en se mobilisant dans le cadre de luttes sociales ou environnementales. Nouvelle Donne doit devenir un mouvement hybride, présent tout à la fois dans le champ politique et celui des actions de terrain.

Transformer la société nécessite de parvenir au pouvoir. Je parle ici du pouvoir véritable, celui qui permet de changer de modèle de société. Je ne parle donc pas de notre capacité à avoir quelques élus par-ci par-là, qui seraient seulement en mesure d’influer sur des points mineurs la position du gouvernement ou de la collectivité locale concernée.

Si nous avons pour ambition une transformation profonde de la société, nous devons nous retrouver en situation de force, et viser haut. Electoralement parlant, cela signifie qu’il ne peut y avoir d’alliances sans rapport de force en notre faveur. Par conséquent, nous devons miser sur le long terme et accepter l’idée de n’avoir aucun élu durant un certain temps. Nous devons également éviter de rester les yeux rivés vers les prochaines échéances électorales. C’est à ce prix seulement que nous pourrons réellement imposer nos idées dans le futur.

Cela ne nous placera-t-il pas dans la situation du NPA, qui reste à un niveau groupusculaire ? A mon sens non, si nous arrivons à nous placer en dehors du clivage gauche-droite. Le NPA reste englué dans une image de parti d’extrême-gauche qui agit en tant que repoussoir auprès de la plupart des français. Pour sortir de ce schéma mortifère, nous devons porter des idées radicales sans jamais pouvoir être catalogués parmi les extrêmes.

Sur les marchés ou face aux journalistes, j’ai l’habitude d’utiliser la formule suivante : « nous ne nous situons pas entre la gauche et la droite, mais entre le haut et le bas : entre les 1% les plus riches qui vivent déconnectés de la réalité et le reste de la population qui s’appauvrit chaque jour un peu plus ». Refuser d’être classés à gauche ou à droite tout en portant des idées suffisamment fortes pour ne pas pouvoir être classés au centre : voilà à mon sens la clef du succès permettant de rassembler bien au-delà des frontières de la gauche.

Nous devons devenir le cœur du changement, la force motrice vers laquelle convergeront les forces secondaires.

La théorisation du mouvement

Briser l’hégémonie culturelle néolibérale signifie remporter la bataille idéologique sur le terrain, au quotidien. Nous ne pourrons pas remporter de victoires électorales sans avoir fait nos preuves sur le terrain. Personne ne croira en de nouvelles promesses, aussi séduisantes soient-elles. Par conséquent, même si nous devons élaborer un programme précis bâti autour de certaines idées-forces, nous devons avant tout prouver que nous sommes capables d’agir dès maintenant, sans attendre d’éventuels résultats électoraux. Cela signifie que nous devons expérimenter sur le terrain la mise en place d’actions concrètes susceptibles d’améliorer la vie des gens ou de préserver l’environnement.

Les Comités Territoriaux (CT) deviendraient le creuset permettant de s'informer des différentes initiatives possibles et d'éventuellement participer concrètement à l'une d'entre elles, voire de réaliser de nouveaux projets via nos propres forces.

Tout adhérent doit avoir un rôle à jouer, connu et reconnu de tous. Cela doit devenir l'ADN de notre mouvement : adhérer à ND, ce n'est pas seulement payer une cotisation ou coller des affiches. Adhérer à ND, c'est avant tout participer à la vie de la cité et faire profiter de son expérience personnelle l'ensemble des adhérents. Un tel mot d'ordre est à mon sens le plus à même de redynamiser notre mouvement : nos adhérents sont les acteurs du changement.

Les CT sont donc non seulement des lieux de débat, mais aussi et surtout des lieux de coordination des actions locales à mener. Chaque CT, au terme d’un débat collectif suffisamment poussé, par exemple d’ici l’été 2016, devrait se doter d’un objectif précis à atteindre. Créer une épicerie solidaire, lancer une exploitation en permaculture, développer un circuit court, une monnaie locale, adopter le modèle des villes en transition, voici quelques exemples d’objectifs que pourraient se fixer les CT en fonction de leur connaissance des besoins et des possibilités locales, de leurs envies et de leurs aptitudes.

Les Comités Régionaux (CR) financeraient les projets proposés par les CT, en fonction de leur pertinence et de leur cohérence avec nos idées et valeurs.

La structuration interne

La phase de co-construction a découragé beaucoup de monde de par sa lenteur et du fait de la monopolisation des débats autour de ce seul thème. Certains éléments positifs sont à retenir, mais il me semble nécessaire de simplifier notre organigramme afin de le rendre plus efficient.

La structuration CT – CR – CC (Conseil Citoyen) semble fonctionner correctement, à condition toutefois de transformer le CC en simple organe représentatif des régions chargé de coordonner les actions de celles-ci. Il a l’exclusivité de la validation de la stratégie politique. Il valide ou invalide également les propositions du Conseil Programmatique (CP). Chaque Région est représentée au CC par un binôme paritaire doté d’un nombre de voix proportionnel au nombre d’adhérents de sa région.

Il ne peut y avoir coexistence de deux instances politiques au sein de Nouvelle Donne. Le Bureau National n’a pas de raison d’être : le CC doit simplement désigner parmi ses membres un bureau limité à un rôle purement opérationnel.

Nouvelle Donne a également été marquée par la paralysie de ses diverses instances et par la question de la « légitimité » des personnes prenant des décisions. Pour pallier ce problème, chaque instance devrait se doter d’un référent unique (Secrétaire Territorial, Régional ou Général) chargé de l’organisation et des modalités de fonctionnement de l’instance dont il dépend. Il ne pourrait cumuler ce poste avec celui de référent dans l’instance supérieure.

Le Comité Ethique est l’unique instance chargée de veiller au respect de la Charte Ethique et à l’application des sanctions éventuelles, afin de pouvoir agir rapidement et efficacement.

Les Commissions Thématiques Nationales sont accessibles à tous les adhérents. Elles ont pour mission de fournir des éléments permettant au CP de formuler des propositions programmatiques et de les soumettre au CC.

Les dons et cotisations sont versés aux Régions qui en reversent une quote-part au niveau national incarné par le Conseil Citoyen, lui permettant ainsi de mettre en place les outils nécessaires aux CR. Les Régions conservent une large part de leurs ressources financières pour permettre aux différents CT de mettre en place les actions concrètes qu’ils auront proposées.

En conclusion

Tous les éléments ci-dessus ne sont que des pistes de réflexion destinées à engager le débat. Je ne prétends pas détenir la Vérité, mais il nous appartient de tenter de nous en approcher.

 

Gilles Fabre

Ancien membre du Bureau National Nouvelle Donne

Tête de liste régionale Nouvelle Donne en Occitanie

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