Mort du poète Bernard Heidsieck

Bernard Heidsieck est décédé samedi 22 Novembre 2014.

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C'est une infinie tristesse.

Bernard Heidsieck a été sans doute l'un des poètes majeurs du XXème siècle. Dans les années 50 où la poésie était morose, et triste, il décide avec d'autres d'expérimenter une poésie debout, une poésie qui sort de la page, une poésie en quelque sorte performée même si ce terme, lui, l'a toujours refusé.

Avec Henri Chopin, François Dufrêne, Brion Gysin ou Gil J Wolman, il a fait parti des pionniers de la poésie qu'on nommera "sonore". Bien sûr historiquement, les DADA, Ball et Schwitters, ou bien encore Antonin Artaud avaient amorcé ce dépassement. La poésie sonore, c'est une poésie en acte, permise entre autre comme une certaine frange de l'expérimentation musicale par l'arrivée des bandes magnétiques puis des revox. Il y aura du côté de la musique, la musique sérielle, concrète, les expérimentations du GRM et du côté de la poésie, la poésie sonore, en action.

Je ne sais pas bien quoi dire de l'oeuvre immense de Bernard Heidsieck, c'est compliqué, sans doute est-elle confidentielle pour beaucoup et pour autant cette "poésie debout", cette "poésie en action" est considérable.

Bernard Heidsieck a fait sortir la poésie, le texte de la page, à nouveau me direz-vous, la France a une tradition. Pourtant il y a toujours eu dans l'oeuvre d'Heidsieck une justesse rare. Un texte sur des souffles, des voix qui s'entrechoquent, la simplicité d'un acte bancaire ou d'une situation quotidienne. C'est difficile de mesurer l'impact aujourd'hui de Bernard Heidsieck sur toute une génération.

Il y a aussi dans cette oeuvre la force d'écrire à partir d'une langue réaliste. Des formules simples qui deviennent le monde entier. Une écriture à partir de lettres, de sonorités dans les séries Poèmes-Partitions. Une écriture par accumulation, dans la justesse d'une description de notre quotidien contemporain, sans pathos. Une poésie intense. Toujours, avec ce soucis d'une poésie dans l'espace, tourbillonnant dans l'espace. Une écriture plastique aussi, sur la page, qu'il a longtemps gardé pour lui à côté de sa machine à écrire.

Il y a dans l'oeuvre d'Heidsieck une force rare sur laquelle je ne vais pas m'étendre. Aujourd'hui il y a la tristesse. Je pense néanmoins à "Vaduz", aux "Poèmes-Partitions" et aux "Biopsies". Cela il faudra le revoir, l'écouter à nouveau ou le redécouvrir. Mais cette justesse de Poésie était si rare…

Sans doute aujourd'hui particulièrement, quand je pense à Bernard Heidsieck je vois Christophe Tarkos, lui aussi décédé, mais je vois aussi Anne-James Chaton, Charles Pennequin, Arnaud Labelle-Rojoux, Jakob Gautel, Jaap Blonk, Jean-Pierre Bobillot et tant d'autres. Aujourd'hui, je pense à eux, surtout.

Une très belle exposition lui avait été consacré en 2011 à la Villa Arson à Nice.


 

 

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