Projet de loi dit «Renseignement» : Manuel Valls fait la sourde oreille à la question pertinente d'un auditeur de France Inter

Pendant l'émission «7/9» de France Inter, le 23 avril 2015, Manuel Valls fait semblant de ne pas comprendre la question pertinente d'un auditeur :

Pendant l'émission «7/9» de France Inter, le 23 avril 2015, Manuel Valls fait semblant de ne pas comprendre la question pertinente d'un auditeur :

(à 1h44m34 ici : http://www.franceinter.fr/emission-le-79-manuel-valls-cinq-attentats-ont-ete-dejoues-depuis-janvier )

Compte-rendu de l'échange ci-dessous, mes remarques sont en [gras entre crochets].

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Journaliste : Et question de Gilles sur ce sujet, au standard de France Inter, bonjour Gilles.


Gilles : Oui, bonjour. Bonjour France Inter, bonjour M. Valls.


Manuel Valls : Bonjour monsieur.


G : Donc, voilà ma question : à quoi peut servir une loi sur le renseignement sinon à mettre sur écoute l'ensemble de la population, quand on n'a pas été capable d'appréhender des individus connus des services de police, pour leurs basculements ou leurs fréquentations dans l'Islam radical ? Je vous remercie.


MV : Vous voyez bien que cette question est absurde, parce que, il ne s'agit pas de mettre sur écoute l'ensemble de la population. Il s'agit de donner des moyens aux services de renseignements, pour pouvoir être le plus efficace possible. Est ce que cela peut empêcher à 100 % un attentat ? [technique classique de sophiste : répondre à une question que le contradicteur n'a pas posée. Gilles n'a pas demandé si la nouvelle loi permettrait de déjouer un attentat à coup sûr ] Non, bien sur, je mentirais si je disais le contraire ici, à votre micro. [ MV énonce le truisme qu'aucune mesure de protection n'est fiable à 100 %. Cela n'a aucun intérêt à part celui de le présenter sous le jour flatteur d'un honnête homme (puisque sur ce point, il énonce une vérité). ] Mais face à l'ampleur de la menace, à l'évolution aussi des technologies, la dernière loi sur le renseignement, Jean-Jacques Urvoas le rappelait à ce même micro, date de 1991. À un moment où il n'y avait ni le téléphone portable, ni internet. Donc, il faut être capable tout simplement de s'adapter [sous entendu : les opposants à ce projet de loi sont des passéistes, des nostalgiques d'une ère révolue], il faut donner plus de moyens aux services de renseignements, c'est ce que nous faisons depuis 2012. Quand je dis plus de moyens, ce sont des moyens, techniques, technologiques, humains, des experts, pour nos services de renseignements intérieurs et extérieurs, et il faut aussi bien sur, leur donner plus de moyens pour permettre les écoutes, les balisages nécessaires, c'est tout simplement cela, la République, une démocratie, elle donne dans un cadre défini, précis, contrôlé; elle donne des moyens aux services de renseignements. [Que des généralités sans intérêts]


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L'essentiel de la question de Gilles a donc été escamoté, à savoir : à quoi cela peut-il servir de déployer des mesures de surveillance généralisée de la population française, quand l'expérience montre que tout les auteurs d'actes terroristes étaient connu des services de police ?


Dis autrement, pourquoi avoir un périmètre de surveillance volontairement trop large (toute la population française) quand un périmètre plus restreint (les individus connus des services de police) suffirait à détecter les préparatifs d'attentats ?


On voit bien dans cet échange radiodiffusé toute l'hypocrisie du gouvernement, qui prend pour prétexte des attentats qui ont horrifié la France entière pour faire passer une loi qui décide de mettre sous surveillance un nombre volontairement trop élevé de citoyens par rapport à ce que la menace justifie. On ne peut en effet pas douter que Manuel Valls a compris la question de Gilles mais on constate qu'il a déployé des efforts considérables pour ne pas y répondre.


La véritable réponse à la question de Gilles est «Vous avez raison, cette loi sur le renseignement ne peut servir qu'à instaurer une surveillance de masse de toute la population française ; elle ne permet pas de lutter efficacement contre les menaces d'attentats. En effet, il est inutile de surveiller toute la population pour tenter de prévenir les attentats, car les auteurs de ces attentats sont tous connus des services de police. Intensifier la surveillance des individus connus des services de police est la réponse appropriée à la menace d'attentat actuelle.»

Cet échange radiodiffusé est une preuve de plus que le gouvernement, malgré ses dénégations, veut réaliser un «Patriot Act» à la française. Les libertés publiques sont en régressions en France actuellement. D'ailleurs, M. Cazeneuve n'a t'il pas dit à l'Assemblée Nationale que la vie privée n'est pas une liberté ? : http://www.numerama.com/magazine/32804-regardez-cazeneuve-dire-que-la-vie-privee-n-est-pas-une-liberte.html

Il est urgent que les Français se réveillent et constatent que le régime actuel glisse lentement mais surement vers la dictature, aidé en cela par la construction européenne qui est anti-démocratique par nature.

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