Covid 19 - Un suicide collectif ?

Entre peur et déraison

Voila maintenant plus de six mois que le monde entier vit au rythme du coronavirus. Six mois que nos actes quotidiens, notre façon de nous comporter en société, de fonctionner avec nos proches sont contraints par des mesures dites sanitaires tout à fait inédites pour nous.

En ce mois de septembre 2020 nous sommes de nouveau sur le pied de guerre. L'épidémie de Covid 19 repart de plus belle mais cette fois il est écrit qu'on ne reproduira pas les même erreurs. Après avoir fustigé et même interdit les tests et le port du masque en pleine montée de l'épidémie de Covid 19 en France, voilà que les solutions bannies il y a quelques mois deviennent la solution miracle. On ne nous y reprendra pas deux fois. Il n'y a plus de débat qui vaille. Les parapluies sont cette fois grand ouverts. Voilà brossé de façon à peine caricaturale la situation dans laquelle nous nous trouvons.

D'une déraison nous sommes passé à une autre.

La prudence s'impose bien évidemment et la vigilance doit être de mise mais agiter en permanence le chiffon rouge d'une seconde vague qui nous emporterait tous, sans vraiment bien comprendre ce que ce terme de "seconde vague" englobe au juste apparaît irresponsable dans des moments où au contraire il faudrait adosser les décisions à une certaine rigueur et raison scientifique. La saturation de chiffres et d'indicateurs étalés de façon obsessionnelle est clairement dangereuse et ne favorise pas une prise de décisions raisonnables et concertées.

Il faut s’interroger sur le rôle des médias traditionnels dans la surenchère protectrice qui a caractérisé depuis six mois la couverture de la crise liée au Covid 19 et qui progressivement a contribué à évacuer toute forme de débat contradictoire comme si la survie de notre république en dépendait. On s’entend objecter que le débat n’a pas lieu d’être dans la mesure où les décisions prises ne relèvent pas d’une spécificité française mais sont au contraire communément adoptées dans le monde entier sauf par quelques États irresponsables.

A la vérité, si le virus est à l’évidence une pandémie, la façon d’y répondre n’a pas été aussi homogène que cela, soit de par la nature et le mode de déploiement des mesures prises, soit de part le dispositif sanitaire existant (dimensionnement et réactivité), soit en effet par déni ou irresponsabilité. Pour autant le fait de maquiller des déclarations discutables d’un vernis scientifique a largement contribué à une perte de confiance dans les décisions prises, cette confiance pourtant indispensable à l’efficacité des mesures engagées.

En temps de crise, voire en temps de guerre pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron, c’est la Nation que l’on convoque et comme souvent en pareil cas, les médias de grande écoute ne laissent que peu de place aux voix discordantes sans doute inconsciemment pour forcer l’adhésion. Les médias nationaux, que ce soit les grandes chaînes de télévision, de radio ou les journaux  à grand tirage se sont ainsi fait lentement les portes voix des décisions gouvernementales.

Durant le mois de septembre, au sortir des vacances d’été qui ont vu la population s’affranchir des gestes dits barrière, le gouvernement a ainsi pris la décision du port du masque obligatoire dans l’espace public en extérieur, constatant « un rebond épidémique » (il serait intéressant de recenser le nombre de terminologies pseudo-scientifiques qui ont émergé au fur et à mesure de l’avancée de la crise). Ceci en maintenant l’autorisation d’ouvrir faite aux restaurants. La seule façon de s’affranchir du port du masque a donc été de s’attabler à une terrasse et de rester ainsi à boire et à manger au milieu d’autres clients. Il n’y a pas une étude scientifique qui montrera que la transmission du virus est plus probable en marchant en extérieur qu’en restant statique en groupe dans un espace clos.

Il n’est manifestement plus l’heure de discuter du bon sens de ces directives martiales. « Rebond épidémique » nous dit-on.

A cette occasion une amie, sans doute attentive à trouver une justification en toute chose compara l’augmentation des nouveaux cas à la propagation des nénuphars dans un lac. « Si un nénuphar se reproduit chaque jour et qu’il suffit de quinze jours pour couvrir la moitié du lac, il n’en faudra que seize pour que le lac soit couvert de nénuphars ». Ce type de remarque est intéressante parcequ’elle est assez typique du pseudo-rationalisme qui alimente, et n’hésitons pas à le dire qui pollue, à l’heure actuelle le débat.

Pour demeurer dans la métaphore, un nénuphar ne se comporte pas de la sorte pas plus qu’un virus ne se comporte comme un nénuphar. En tout état de cause aucun des deux ne se propage comme dans un tableau Excel. C’est d’ailleurs bien là le fond du problème. Il ne faut pas oublier que la psychose liée à la dangerosité du virus est née des prédictions épidémiologiques de Neil Fergusson de l’Imperial College of London, qui anticipait en début d’année 2020 cinq cent milles morts au Royaume Unis et plus de deux millions aux États Unis. D’aucun pense que c’est ce qui se serait passé si aucune mesure n’avait été prise mais comme bon nombre d’assertions improvisées à mesure de l’avancée des connaissances sur le mode de propagation du virus, tout cela relève d’un argumentaire prophétique qu’aucun raisonnement rationnel ne saurait étayer - Précisons que le modèle de Fergusson prévoyait plus de 50000 morts en Suède qui n'a envisagé aucune mesure de confinement strict. Il y en a eu dix fois moins. -

Je ne cherche pas à faire une critique de l’épidémiologie mathématique, qui à bien des égards est passionnante, mais à  relativiser l’interprétation qui peut en être faite, en particulier quand ces interprétations sont relayées de façon quasi-professorale par des médias qui très clairement ont atteint sur le sujet leur limite d’incompétence. A leur décharge on ne peut pas dire que la communauté scientifique dans son ensemble ait fait preuve depuis le début de la crise d’une fraternelle unanimité sur le sujet.

En dehors des conflits évidents entre les différents centres ou services hospitaliers de recherche (APHP, IHU Méditérannée, IRD, CNRS,…), on peut s’étonner de la cacophonie  qui caractérise le débat scientifique sur les conditions de la propagation virale et les meilleures façons de la circonscrire en termes de suivi et de soins.

De ce point de vue la science épidémiologique, qui était déjà le parent pauvre de la médecine, reconnaissons le, ne sort pas vraiment grandie de cette crise. On a vu ainsi depuis le mois de mars évoquer une quantité inflationniste de taux en tout genre censés représenter des indicateurs d’évolution de la pandémie : taux de mortalité, taux de positivité taux d’incidence, …Or un modèle est une combinaison d’indicateurs. Pris individuellement, non seulement ils ne signifient pas grand-chose mais de façon encore plus inquiétante on peut leur faire dire à peu près ce que l’on veut.

L’Agence Nationale de Santé Publique entretient une plate forme cartographique très intéressante, GEODES, alimentée de façon continue par des informations collectées auprès des organismes producteurs de données relatives à la santé et qui les exploitent sous forme d’indicateurs statistiques et géostatistiques. Un tel observatoire, absolument remarquable à tout point de vue montre la complexité à analyser un phénomène viral selon une combinaison de multiples indicateurs. L’abattage médiatique sur un ou deux indicateurs plus ou moins spectaculaires présentés hors contexte par des personnes qui ne sont pas du métier peut entrainer aisément une distorsion de la réalité.

Il a quand même fallu des semaines pour que certains comprennent qu’un taux de mortalité dépend directement du nombre de personnes testées. Ce n’était manifestement pas une évidence pour tout le monde. Rappelons que si on s’en tenait aux chiffres avancés à l’origine de la pandémie, les taux avancés dépassaient les 5%, soit sans doute dix fois plus que la réalité.

On peut au demeurant s’étonner du manque de méthode claire pour qualifier et évaluer la dangerosité d’un virus compte tenu du nombre de centres de recherche s’intéressant à ces questions. L’impression donnée est une adaptation tout aussi évolutive qu’improvisée.

Le nombre d’assertions contradictoires entendues tout au long de cette crise et l’absence d’unanimité scientifique (ce qui aurait pu être un élément stimulant) porterait donc à faire preuve d’un minimum d’humilité avant d’imposer une confiscation du débat. 

Or, dès lors que le débat a été clairement confisqué, qu’il est entré dans le champ politique, la science n’y a plus sa place, pas plus que toute considération rationnelle. On peut parfaitement comprendre un élu qui ne prendra jamais le risque de se griller politiquement même s‘il demeure dubitatif quand aux mesures contraignantes qu’on lui impose de mettre en œuvre.

Le fait est qu’à ce jour il y a une stigmatisation de ceux qui tentent de porter un regard distancié par rapport aux événements. On peut entendre les critiques portées sur le Professeur Raoult, en particulier dans sa façon non consensuelle de porter le débat qui lui a valu clairement des inimitiés sévères parmi ses confrères, mais la façon dont aujourd’hui il est ostracisé (certaines de ses vidéos ont été censurées par Utube et Dailymotion), voir même dénigré n’est pas tolérable. Tout d’abord parceque l’IHU Méditerranée représente plus de huit cents personnes dont des centaines de chercheurs, qu’à titre personnel, sur ces questions, il est sans doute celui qui en France à reçu le plus de reconnaissance internationale sur son travail et surtout parceque cet Institut est unique en France et a bénéficié d’un soutien financier très important de l’Etat, preuve de son intérêt. La seule question que l’on devrait raisonnablement se poser est pourquoi il n’y a pas plus d’Instituts de ce type en France. Or à écouter les principaux medias on a l’impression qu’il y a aujourd’hui une totale unanimité sur les décisions prises et la façon d’évaluer la gravité réelle du virus.  On peut entendre les critiques portées par exemple sur les protocoles de traitement mis en place par l’IHU Méditerranée au plus fort de la crise mais si ces critiques sont corroborées par des études elles même plus que critiquables d’un point de vue méthodologique cela ne fait que fermer encore d’avantage le débat.

Les medias mainstream on cherché à isoler le Pr Raoult pour le décrédibiliser voire même le « guignoliser ». Ce dernier y a peut être (ou peut être pas) contribué, c’est un reproche que l’on peut entendre mais force est de reconnaître qu’il n’est pas seul à dénoncer une dérive anxiogène. L’appel du Pr Toussaint le 11 septembre 2020  signé par une trentaine de personnalités (très vite suivies par une centaine d’autres) représentant un spectre large de compétences montre qu’une autre vision de cette crise est recevable. Cet appel remet en question de nombreuses décisions prises jusqu’alors dès lors qu’elles sont portées par des considérations plus politiques que médicales. 

L’audition du Pr Raoul au Sénat à la mi septembre a à peine été relayé par les médias nationaux alors qu’elle a permis de relever la complexité de l’approche sanitaire en temps de crise (aspects sociaux, sociétaux, économiques, étique,…), comme si le débat devait systématiquement être ramené à sa forme la plus simple et dichotomique (pour ou contre).  Quand, en particulier, il dit que la recherche effrénée de nouvelles molécules n’a plus de sens dans un contexte de stagnation (et parfois de recul) de l’espérance de vie, il fait simplement preuve de bon sens et il serait très naïf de penser que les grands groupes pharmaceutique ont une attitude neutre et vertueuse dans cette polémique.

Je n’ai aucune compétence pour juger de l’efficacité du protocole mis en place à l’IHU Méditerranée sur les cas non sévères, mais d’entendre sur toutes les chaînes de télévision que la chloroquine a des effets secondaires que l’on ne maîtrise pas relève, pour quiconque à vécu dans un pays impaludé, de l’ineptie. Quand un chef de service de l’hôpital de Bordeaux dit en direct à la télévision que plusieurs personnes sont mortes dans son service suite à l’administration de chloroquine, on ose espérer que ce n’est pas vrai. Le problème quand des médecins soutiennent ce type d’assertion trompeuse, c’est qu’encore une fois l’ensemble du débat se trouve tronqué et pousse à un positionnement radical qui n’a pas lieu d’être. Comment expliquer par exemple, que le Ministère de la Santé ait pu un temps n’autoriser l’administration de chloroquine qu’aux cas sévères alors que l’IHU Méditerranée ne cessait de répéter que pour les formes graves, cela n’avait pas de sens et pouvait même s’avérer risqué. Il est inutile de revenir sur toutes les décisions contradictoires qui ont été prises durant cette crise et qui ont largement fait débat autrement que pour dire qu’elles traduisent une navigation à vue portée hélas par les louvoiements du comité scientifique mis en place par le gouvernement.

Le gouvernement avait pourtant sincèrement compté sur l’appui de ce comité scientifique censé représenter l’état de l’art sur ces questions mais force est de constater qu’il n’a pas donné les garanties suffisantes pour permettre aux politiques de prendre des décisions cohérentes et acceptées par tous. Certes le temps politique n’est pas celui de la science. Il est directement connecté à la pression de l’opinion publique, elle-même largement façonnée par une surenchère médiatique constante.

Certains journalistes, et en particulier certaines émissions sur la cinq, ont clairement pris parti. C’est leur choix. Mais la façon dont Patrick Cohen, qui, sans lui faire injure, n’a aucune compétence ni légitimité en modèle de propagation virale, se précipite pour se réjouir un peu tôt devant des invités goguenards de l’étude du Lancet tout en tournant en dérision le Pr Raoult est assez significative d’une perte totale de sérieux dans la façon de couvrir cette épidémie.

Les journalistes de ces médias s’appuient, pour donner force à leur prise de position, sur quelques interlocuteurs ou chroniqueurs issus du secteur médical, qui sont devenus au fil des mois les référents scientifiques sur la maladie. Il est quand même tout à fait surprenant, alors que l’on vit une pandémie suivie d’un point de vue épidémiologique et statistique comme aucune autre auparavant, des prétendus chercheurs fassent le siège des médias quotidiennement sans jamais nous montrer le résultat de leurs propres travaux. On reste donc encore une fois sur un argumentaire pseudo-rationnel volontiers anxiogène et alarmiste visant surtout à adopter une posture responsable. Je ne doute évidemment pas des compétences de madame Crémieux, infectiologue à l’hôpital Poincaré à Paris, mais qui, convoquée quotidiennement par les principaux média (la 5, BFM, France Inter, le Parisien,…) nous étale toute une litanie d’analyses convenues. Cette personne est pourtant devenue une référence tout comme les membres du comité scientifique qui pourtant n’ont pas manqué depuis le début de la crise de nous gratifier de prises de position pour le moins sinueuses.

Ces personnes ont un passé scientifique tout à fait respectable. Cela peut faire sens de les convoquer pour une analyse globale et historique des épidémies infectieuses mais en aucun cas pour prendre des décisions en cas de crise. A l’évidence  ils sont déconnectés de la pratique médicale proprement dite et ont basculé à la faveur de cette crise dans un univers plus politique, plus feutré nous renvoyant aux médecins de cours de l’ancien régime. Dans ce contexte on peut légitimement avoir un regard pour le moins dubitatif face aux mesures prises quand elles sont portées par de telles personnes.

Il est fort peu probable que les médias dominants fassent leur autocritique sur la façon dont ils ont couvert cette crise sanitaire depuis six mois mais il ne faut pas négliger ou sous-estimer le poids et l’influence qu’ils ont pu avoir dans la décision politique. Un journaliste peut s’approprier un discours politique, économique ou socio-culturel, mais dès lors qu’il touche aux questions scientifiques en prétendant en plus faire de la pédagogie cette tentation se traduit immanquablement par une inconséquence inquiétante.

Une autre tentation a été de vouloir comparer les pays entre eux à partir des mesures sanitaires prises par chacun, et les résultats observés en termes de mortalité. La encore il s’agit d’une démarche pseudo-rationnelle qui alimente allégrement des raisonnements qui n’ont aucun sens. Il y a une forme irritante de malhonnêteté intellectuelle à vouloir justifier telle ou telle action par comparaison avec d’autres pays.

Si le taux de mortalité par million d’habitants était le seul critère permettant de juger de la pertinence de la politique sanitaire, la France serait bien loin d’apparaître comme un modèle. Or, sur ce critère, on n’a pas hésité à pointer du doigt l’irresponsabilité des États Unis et du Brésil dont les présidents n’ont eu de cesse de minimiser la gravité de la pandémie et de retarder les mesures sanitaires à prendre. Il ne manque pourtant pas d’arguments si on veut critiquer les politiques sanitaires de ces deux pays mais tenter de corréler directement le nombre de morts avec le type de mesures sanitaires n’est pas judicieux sauf à considérer que le Belarus, dirigé par un dictateur tout aussi mégalomane autorisant la tenue de réunions sportives en pleine pandémie, est un pays qui aurait bien mieux géré la crise que nous avec moins de 100 morts par million d’habitants.  Ces comparaisons n’ont pas de sens et ne font en rien progresser la connaissance que l’on peut avoir de ce virus.

Il faut déjà distinguer clairement la façon dont un pays est touché (mode et rythme de propagation du virus) de son impact réel (taux de mortalité).

Sur ce second point tout le monde aujourd’hui s’accorde à dire que le critère de l’âge est prépondérant. De ce point de vue, comme nous l’avions montré dans une précédente étude, la répartition par âge d’une population (pyramide des âges) est un indicateur fiable de la sévérité de l’impact du virus. On peut s’étonner dans ce contexte que l’on ait tenté d’appliquer par exemple en Afrique (moins de 2% de personnes de plus de 65 ans dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne) des mesures sanitaires particulièrement contraignantes dans un contexte d’impact très limité (moins de 20 morts par million d’habitants). Il y a quand même un moment où il faut s’interroger sur l’impact des mesures sanitaires dans certains pays où le remède imposé a été infiniment pire que le mal, envoyant dans une précarité accrue des dizaines de millions de personnes, empêchant toute activité marchande et paralysant le système éducatif. L’OMS parlait très vite de croissance exponentielle de la pandémie en Afrique. Quand on invoque une fonction mathématique, il vaut mieux qu’elle soit corroborée par des chiffres.

Sur le premier point, c’est une vue de l’esprit de penser que le virus se comporte de façon constante quelque soit l’écosystème, c’est-à-dire quelque soit la zone géographique, la période de l’année ou le type de climat. A trop vouloir invoquer la pandémie, on a eu tôt fait de considérer que le virus se répandait selon les même lois quelque soit le pays, la période et l’environnement. Si c’était le cas, et pour reprendre la progression supposée du nénuphar, tous les pays du monde seraient également touchés, ce qui n’est manifestement pas le cas.

Beaucoup des indicateurs mis en avant à l’origine de la crise (patient 0, coefficient de propagation, taux d’immunité,…) relèvent en fait d’une vue de l’esprit traduisant la façon dont les modèles de propagation sont constitués. Plus vraisemblablement il y a une masse critique de cas positifs qui dans un écosystème favorable permet la propagation virale. C’est pourquoi vraissemblablement les pays connaissant le plus d’échanges ont été les plus touchés dans un premier temps (en particulier si on compare l’Europe de l’ouest et l’Europe de l’est).

De ce fait il paraît hasardeux de comparer les pays entre eux. On peut s’y risquer quand ces pays sont dans des mêmes zones géographiques avec une population comparable en termes de densité, de répartition géographique, de répartition par tranche d’âge et qu’ils ont été touchés à peut près au même moment. Mais quel sens donner à une comparaison entre le Chili et la France ? Même entre la Norvège et la Suède - La Suède a limité au maximum les contraintes sanitaires et compte dix fois plus de morts par millions d’habitants que son voisin -  il faut être prudent quand aux conclusions qu’on pourrait tirer. En dehors du fait que la densité de Stockholm est cinq fois plus élevée que celle d’Oslo, la politique de la Suède a été clairement de limiter au maximum les effets collatéraux (même en termes de santé publique) liés à des mesures trop contraignantes. N’oublions pas qu'à l'inverse, l’Allemagne compte quatre fois moins de morts par million d’habitants que la France avec des mesures beaucoup plus ciblées et un appareil sanitaire manifestement mieux dimensionné.

Il est très difficile de garantir les effets à long terme des mesures sanitaires prises.  Il a été beaucoup question de seconde vague au mois de juin, considération plus déductive que scientifique. C’était surévaluer l’impact réel d’un confinement généralisé (et nécessairement imparfait) sur la dynamique réelle du virus. La encore on a eu droit à une succession de déclaration contradictoire et alarmiste sur les délais entre le déconfinement et la reprise d’une hypothétique seconde vague qui ne s’est finalement jamais produite.

Il ne faut pas perdre de vue les raisons d’un confinement généralisé et strict. Il s’agissait, ne l’oublions pas, d’espérer amortir la pression sur les services hospitaliers dont on craignait qu’ils ne se retrouvent en dépassement de capacité. Rien ne permet d’affirmer en revanche que ces mesures ont un quelconque effet sur la dynamique proprement dite du virus qui suit globalement au niveau de la mortalité une courbe de Gauss avec une phase de croissance, un pic puis une phase de décroissance.

Au mieux les mesures de distanciation permettent d’infléchir le pic mais il serait illusoire de penser que les mesures prises à un instant T, ont une influence sur la façon par exemple dont le virus va se comporter plusieurs mois plus tard. 

Ce qui a été mal considéré en revanche, dès lors que l’on a pris l’option d’un confinement généralisé est l’estimation des impacts collatéraux qui pourtant ne manquent pas. Le comité scientifique a montré là toutes ses limites car insuffisamment compétent pour juger des conséquences sociales, sociétales et économiques de telles mesures. Le fait est que le plan de relance mis en place par le gouvernement en septembre 2020 visant à maintenir l’activité sociale et économique à flot pour un montant d’une centaine de milliards d’euros, montre bien le gouffre dans lequel ces mesures nous ont plongé.

Il serait irresponsable de ne pas regarder en face l’impact des mesures sanitaires de façon à ce qu’à l’avenir les dispositions prises ne fragilisent trop la société dans son ensemble. Quand on parle d’ailleurs d’impact de la crise sanitaire, ce n’est pas l’impact du virus lui-même mais des mesures sanitaires prises, ce qui fait une différence notable. Le virus tue, certes, mais il ne créé pas par lui-même des chômeurs.

L’idée ici n’est pas de vouloir minimiser quoique ce soit mais de réfléchir sur les motivations de mise en place de solutions radicales qui impactent dramatiquement notre société.

La raison voudrait pourtant qu'on ne ferme pas les yeux sur l'incidence d'un confinement strict et généralisé en termes de faillite, de chômage, de suicide, de violences faites aux personnes vulnérables, de troubles psychiatriques, de pathologies non suivies etc...surtout quand certaines études montrent que le taux de transmission du virus est supérieur en milieu confiné. 

Cet emballement totalement déraisonnable pose question. Certes les politiques ont leur part de responsabilité mais les médias par leur surenchère et les scientifiques par leurs discours contradictoires ont également leur part.

Il ne faut pas sous-estimer une forme de grégarisme dans cet emballement même au niveau international. Il est clair qu’aucun homme politique ne veut passer pour celui qui ne prend pas la mesure de l’événement. La population suit nécessairement, et les entrepreneurs aussi car ils ne veulent pas perdre leur activité. Le respect des mesures de distanciation les entraînent dans une spirale sans fin, chaque métier devant redoubler d’inventivité (et d’investissement) pour entretenir l’illusion  que tout est mis en œuvre pour bloquer le virus.

Or si des mesures sanitaires doivent être prises elles doivent se faire de façon très localisée dans le temps et dans l’espace avec un suivi épidémiologique très précis. Les outils mis en place par Santé Public France le permettent. Les mesures prises par l’IHU Mediterannée, dès le début de la crise et consistant à tester et isoler les patients positifs s’avère infiniment plus raisonnables et justifiées à l’époque où elles ont été mises en œuvre. Faut-il encore s’en donner les moyens. On peut espérer que le Segur de la Santé adopté en juillet 2020 contribue à cesser d’isoler chaque hôpital dans une logique comptable propre au détriment d’une vision globale de la Santé Publique. Le « meilleur système de santé au monde » a quand même été sérieusement ébranlé durant cette crise et il est fort peu probable que l’on préconise en cas de nouvelle pandémie de confiner de nouveau tout le pays. On s’orientera très vraisemblablement vers le ciblage des personnes à risque pour mieux les protéger, la responsabilisation individuelle,  l’identification et l’isolement des personnes positives tout ceci appuyé, il faut l’espérer sur des structures hospitalières et de recherche capables de s’adapter rapidement à ce type de fléau.

Tant que les services hospitaliers ne sont pas en surcharge (ce qui est largement le cas au mois de septembre 2020), il n’y a pas lieu d’imposer des mesures générales strictes sans discernement. Il faut s’attendre à l’avenir à voir arriver d’autres événements de ce type et on peut espérer que les moments que nous vivons serviront à avoir une approche relevant plus de la responsabilité individuelle que de la contrainte collective. Cette crise aura peut être permis à certains pays de se « familiariser » avec le risque viral infectieux et de s’appuyer à l’avenir sur un système de santé plus réactif si on ne veut pas revivre ce qui peut s’apparenter à un suicide collectif.

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