41% pour l'indépendance: le sondage publié en Juin par la Généralité de Catalogne.

Aujourd’hui est un jour effrayant dans le conflit catalan avec la mise en route par le gouvernement espagnol de l’article 155 pour suspendre l’activité du gouvernement indépendantiste, en vue de préparer des élections du parlement d’ici 6 mois. Voici ici la remise en perspective d'un sondage officiel publié par la Généralité de Catalogne au début de l'été ne donnant que 41% au Oui.

On peut jouer avec les chiffres de beaucoup de manières. C'est d'ailleurs bien souvent ce qui contribue à enflammer les débats, chacun voulant ramener les chiffres à une démonstration évidente justifiant sa raison, son dogme, son paradigme, son idéologie, sa propagande de prédilection. C'est un vecteur important de la polarisation qui fait dériver le rationnel vers l'irrationnel, l'objectif vers le subjectif. Et à tout un chacun et à tout le monde d'opiner, de se positionner, de s'insulter, de se rallier. C'est devenu tellement compliqué que certains se dressent dans leurs bottes réactionnaires, quelle que soit la réaction qui les anime, tandis que d'autres vont au contraire s'extraire de la mélée préoccupés de ne pas se laisser embarquer dans un tel maelström en essayant la position critique sans parti pris. Quelle est la bonne recette ? A chacun son karma !

Il n'est pas moins vrai que derrière les chiffres, il y a des principes et que ces principes se doivent d'être respectés pour qu'on soit capable de reconnaître une authentique évidence d'une pseudo-évidence. Il s'agit là du plus gros problème posé à la science depuis que Descartes, Leibniz et d'autres ont remis sur la table ce que les grecs avaient approché : le principe de la méthode scientifique.

Au cours de la dernière élection parlementaire qui conduisit à la formation du gouvernement catalan (27 Septembre 2015), deux manières de compter les votes sont arrivées à deux résultats opposés en ce qui concerne la tentative d’en extrapoler un résultat référendaire. L'enjeu est de taille: il s'agit de la seule élection en date respectant les règles du jeu et ayant du sens pour trancher entre le Oui et le Non. D’un côté est mis en avant que seulement 47,8 % des votants se sont exprimés en faveur de l’un ou l’autre des partis du bloc indépendantiste. De l’autre, ce résultat est contrasté par le supposé vote blanc correspondant aux 8,6% voix de Catalunya Si que Es Pot, seul parti transversal catalan mais qui globalement opte pour le non à l'indépendance. Si on enlève ces votes du bloc non-indépendantiste, on aboutit à un vote contre l’indépendance proche de 39%.  Il est alors possible de conclure comme le fait le bloc indépendantiste que le vote pour le Oui pèserait 55%. Bien évidemment, il s’agit là de spéculations sur une question qui n’a pas encore pu être posée dans les règles de l’art.

Il fut un temps où le porte-parole de la CUP (2014), David Fernandez, reconnaissait ce qui est, sous la table aujourd'hui, un enjeu majeur pour le bloc "indépé": rallier une majorité au 2/3 pour mettre tout le monde d'accord via l'évidence, couper court à tout ce débat polémique et surtout d’un point de vue humanitaire éviter que deux blocs opposés à 51/49 ou du même ordre se retrouve dans une fracture insoutenable à bien des titres.

A partir de là, si chacun est convaincu de sa force et souhaite en découdre une bonne fois pour toutes pour mesurer son appui populaire réel et donc sa légitimité à ou à ne pas gouverner, d'une manière ou d'une autre, il faut des élections en bonne et due forme. Il y en a deux possibles : élire un nouveau parlement et voter pour un référendum d'auto-détermination validé et organisé comme il se doit. La première va se mettre en route d’ici 6 mois dans les conditions dictées par l’application de la loi 155 selon son interprétation par le gouvernement espagnol et si la confrontation avec la marche unilatérale ne dégénère pas en guerre civile. Il s'agit là d'une réelle opportunité pour ceux qui y croit d’en découdre dans un climat houleux, mais cartes sur table. Il y aura alors une possibilité dans la foulée d’obtenir un vrai référendum d’auto-determination pour la Catalogne si les vents sont favorables.

A ce sujet, il existe une enquête particulièrement intéressante provenant du CEO, Centre d'Estudis d'Opinio, publiée son baromètre pour 2017 (libre d'accès). Il s'agit là du service de sondage de la Généralité de Catalogne et n’est pas à priori déboutable par les indépendantistes vu que l'enquête est validée par Carles Puigdemont et son « Govern ». 

Juste ici un exemple à propos de la 30ème question: que croyez-vous que la Catalogne devrait être?

Réponse à 34,7 % pour un état indépendant. Réponses en faveur de rester en Espagne: 57,5 %!

Voici plus-bas copie de cette question 30, copie de la question 31: oui ou non à un état indépendant et, enfin, l'évolution dans le temps du Oui/Non à cette question avec 11 mesures depuis Decembre 2014 jusqu'à Juin 2017. 

Si je me souviens bien de ce qu'il s'est dit à l'époque, le résultat antérieur de Mars 2017 orienta beaucoup la décision del Govern pour fixer le 1er Octobre comme date pour le réferendum unilatéral. N’y-a-t'il pas là comme l'ombre d'une évidence que la situation est loin d'être clair et qu'en plus, au Printemps 2017, le bras de fer a été engagé avec le gouvernement espagnol, convaincu qu’il y avait là moyen d’inverser la tendance sachant ce que cela pouvait engager côté Palais de la Moncloa ?

A chacun de voir ces données et de se mettre à gamberger ! C'est extrêmement instructif. En tout cas, le choc des nationalismes est bien là et ça en est triste à pleurer, en particuliers du coté de ceux qui étaient de l'ordre de 57,5 % de catalans défavorable à l'indépendance en Juin. La haine va monter!

 

 

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