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Billet de blog 2 mars 2011

La bite à Lulu...

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La bite à Lulu drapée dans les torchons, lui à poil sur son plumard, inspiré aspirant goulûment comme un qui fume après l’amour, tout cela sollicité par Gainsbourg en personne en plein plan exhib’, voila qui ne casse pas trois pattes à un canard. Pas non plus de quoi en faire des brouettes, de ces photos sans intérêt, n’ayant pas même la joyeuse force de provocation des jolies fesses roses de Polnareff, affichées près de vingt ans plus tôt sur les Champs-Elysées…

Sans doute les bons bourges de l’époque auraient-ils hier crié au scandale, à l’exhibition malsaine de clichés de la « star » des mille débauches, pour mieux enterrer l’artiste indiscutable.

Mais aujourd’hui, malgré tous les efforts de cette presse de faux-cul pour nous divertir des vraies libérations - celles qui viennent en ce moment même des insurgés arabes en pleine révolution - ces photos sans intérêt autre que nécrophile sont tragiquement banales.

Elles sont de plus reléguées à l’arrière-plan par l’incontestable triomphe de l’indécence et de l’obscénité remportée haut la main par la télévision hier soir.

Entendons-nous bien : toutes celles et ceux qui depuis les années noires du sida ont osé s’exposer au regard public pour dévoiler ce que certaines maladies comportent d’idées toutes faites d’exclusions de peurs et d’ostracismes, forcent l’admiration, par leur talent et leur courage, de Jean-Paul Aron hier au livre magnifique de Lydia Flem ( La reine Alice ) aujourd’hui.

Mais les yeux sans regard d’Annie Girardot, déjà frappée de démence, piégée chez elle par une caméra sournoise filmant par en-dessous les balbutiements chantonnés de ce fantôme désolant, voila une véritable obscénité.

Qui oserait prétendre qu’une personne frappée de démence sénile ( d’Alzheimer plus précisément) pourrait exprimer la moindre volonté, le moindre projet, qui ne lui soit soufflé, inspiré, voire imposé?

Quel était le but recherché par l’exhibition de ce visage si connu si aimé et si ruiné, des traces visibles de son absence, de sa désintégration, de sa disparition, transformant malgré eux les téléspectateurs en voyeurs morbides, guettant les urgences : informer sur l’Alzheimer ? On a surtout montré Annie Girardot après sa quasi-mort mentale. Sensibiliser d’éventuels donateurs ? On a certes vu souvent certaines associations caritatives chercher à lever des fonds d’aide aux malades par des campagnes de presse cruelles et agressives : rien de tout cela hier soir.

Même son courage et son talent furent finalement diffamés, notamment par l’interview d’un jeune mufle fort satisfait de lui-même expliquant en connaisseur que si Annie Girardot avait pu continuer de faire semblant de jouer alors même que sa maladie la détruisait, c’était, n’est-ce pas, parce qu’elle n’était pas une comédienne « cérébrale » mais que chez elle, tout venait du cœur…

Non, ce qui a été montré hier soir avec un grand luxe de détails et de gros plans, c’est la dépouille encore frémissante d’une immense comédienne qui mourut de son vivant et survécut bien malgré elle dans un sinistre numéro de marionnette.

Dans ces yeux désertés se reflétait hier sans vergogne notre époque d’inclémence, d’irrespect, de décadence, de cynisme, de bons sentiments vendus à l’encan, et les traits floutés d’une foule sentimentale dont on se désespère qu’enfin elle se réveille un jour, afin de changer ce qu’il faut changer: Tout !

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