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Billet de blog 2 févr. 2015

Réflexions sur le "fait religieux"

Gilles POULET
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Réflexions bien personnelles sur la notion de « fait religieux » et qui, partant, ne sauraient être
considérées autrement que le fruit d'une opinion nécessairement discutable.
En préalable, je voudrais poser ce fait qu'étant un utilisateur décomplexé de la pensée complexe de
Edgar Morin, je suis enclin à préférer la dialogique qui relie et tente de penser ensemble des
antagonismes à la dialectique hégélienne fondée sur l'analyse des opposés sans qu'il soit toujours
possible d'aboutir à une synthèse pertinente du fait même d'un dualisme réducteur, et souvent
militant dans la controverse.
Ceci posé, considérons les deux camps qui s'affrontent quant à l'enseignement du fait religieux à
l'école.
Les uns n'en veulent pas entendre parler, soupçonnant le projet de n'être qu'un cheval de Troie
potentiel offert gratuitement au prosélytisme religieux. Le problème est que cette crainte est loin
d'être infondée.
Les autres le réclament car leur ambition secrète est d'en faire un cheval de Troie pour
l'enseignement de leurs divers catéchismes.
On le voit, il y a ceux qui sont irrémédiablement contre parce qu'ils trouvent l'exercice dangereux et
ceux qui y voient une technique possiblement propre à favoriser leur prosélytisme.
Je crains que ce combat de taureau, front contre front, ne soit une erreur. Aie ! je vous sens
tressaillir d'horreur, aussi vais-je tenter de m'expliquer.
Il existe en effet une troisième voie qui est défendue par tous ceux qui n'y sont pas hostiles car ils
pensent que cet enseignement serait propre à déniaiser les jeunes cerveaux si prompts à
l'enthousiasme, y compris religieux. Mais pas à n'importe quel prix et surtout pas en formalisant des
séances réservées stricto sensu à cet enseignement.
Les tenants de la première manière disent que plutôt qu'enseigner le fait religieux, il vaudrait mieux
enseigner la laïcité et la morale civique. Je leur pose cette question : comment enseigner la laïcité
sans aborder le problème des religions ? Le contraire est certes possible puisque les religions
ignorent ou combattent ce qui leur est extérieur, mais pas la laïcité qui est, précisément, le système
qui permet à tous de vivre sa foi ou sa mécréance dans les limites, on n'y insistera jamais assez,
posées par l'ordre républicain – la loi des hommes est supérieure aux lois des dieux qui ne peuvent
revendiquer la moindre universalité par rapport à des citoyens de toutes croyances ou qui en sont
dépourvus. Comment, en effet, expliquer aux jeunes gens que la laïcité a à la fois un immense
pouvoir d'accueil et est un rempart contre les menées politiques des religieux – vous noterez qu'ici
je préfère religieux à religion pour des raisons évidentes : les religieux vident de toute substance les
messages, souvent généreux, des fondateurs des religions ; ils font de la politique, ils cherchent des
moyens de domination, d'asservissement et de soumission, c'est là leur ambition première et leur
fonds de commerce. La laïcité a donc un volet offensif, l'accueil de tous au sein de la citoyenneté
républicaine, et un volet défensif : s'opposer aux ingérences importunes des doxas religieuses
portées par leurs cléricatures.
Et puis, si l'on considère l'aspect culturel, il est bien difficile de faire l'impasse sur ces monuments
du patrimoine mondial que sont les livres dits saints car ils ont été à l'origine de civilisations
prestigieuses quels qu'aient été leurs défauts. Que dire aussi de l'architecture, de la littérature, de la
musique etc. ? Doit-on, peut-on faire l'impasse sur notre passé et le passé du monde ? Je ne le crois
pas.
Alors que faire, comme disait l'autre ? Les réponses existent et elles ne sont pas de moi. Tout
d’abord veiller à ce que ces cours ne se transforment pas en catéchisme, i.e. veiller à ce que prêtres
et autres théologiens n'en soient pas les acteurs ni les parties prenantes – les professeurs y suffiront
pour autant qu'on les forme à cet exercice. Donc il faudra mettre en place une unité d'enseignement
propre à préparer les professeurs à cette tâche, surtout dans les petites classes. Pour le reste, il est
clair que l'enseignement de la philosophie, de la géographie, de l'histoire, mais aussi de la biologie
et plus généralement des sciences humaines comme des sciences dites dures, sont autant de vecteurs
pour aborder le problème, i.e. démystifier et démythifier les religions. Là est le vrai combat. Plutôt
que la crispation dévastatrice, le judo intellectuel – se servir des forces même de l'adversaire pour le
terrasser. Déconstruire la propagande religieuse en montrant l'ineptie même de ses dogmes, de ses
miracles, de ses mensonges. Montrer la religion et ses effets quand elle est au pouvoir – cf/ l'état
islamique, mais aussi la barbarie saoudienne – ou quand elle passe un « contrat » avec le pouvoir
politique considéré par elle, le plus souvent, comme le bras séculier dont elle ne peut se passer – cf/
l'inquisition ou le rôle quasi liturgique du roi de France, sans négiger non plus les exploits du
franquisme. Montrer en quoi le seul fait de laisser une religion établir ses propres tribunaux vire vite
au cauchemar absolu – cf/ la chasse aux sorcières, les bûchers et la « question ». Montrer en quoi
les religions sont des rapaces et des prédateurs nés - les exemples sont faciles à trouver, ils
foisonnent et crèvent les yeux. Montrer le conservatisme des religions opposées à tout progrès
sociétal mais aussi scientifique – il a fallu Wojtyła pour admettre que l’Église avait fait un bien
mauvais procès à Galilée et Bergoglio ne semble guère disposé à entériner les avancées de la
biologie. Etc.
Et pour conclure, je dirais que l'enseignement du fait religieux ne peut être nuisible que si on en fait
un outil de pénétration des religieux au sein de l'école de la république. Ils ont leurs écoles hélas
largement financée par nous, qu'ils s'y cantonnent. Que la République veille à ce que l'école
publique leur soit interdite d'accès si c'est pour y répandre leurs poisons et qu'elle veille à former et
encourager ses professeurs pour qu'ils ouvrent les yeux des endoctrinés et, plus généralement,
éclairent les élèves en les formant à l'esprit critique. Les Lumières, que l'on veut enterrer, doivent
reprendre du service, même après aggiornamento.
Gilles Poulet

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